﻿project nouvelles histoires extraordinaires by edgar allan poe

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title nouvelles histoires extraordinaires

author edgar allan poe

translator charles baudelaire

release date march ebook

language french

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edgar allan poe



traduction charles

table des matières











cŒur











































i

littérature de décadence —paroles vides que nous entendons souvent
tomber avec la sonorité un bâillement emphatique de la bouche de ces
sphinx sans énigme qui veillent devant les portes saintes de
esthétique classique À chaque fois que irréfutable oracle retentit
on peut affirmer il agit un ouvrage plus amusant que iliade
il est évidemment question un poëme ou un roman dont toutes les
parties sont habilement disposées pour la surprise dont le style est
magnifiquement orné où toutes les ressources du langage et de la
prosodie sont utilisées par une main impeccable lorsque entends
ronfler anathème —qui pour le dire en passant tombe généralement
sur quelque poëte préféré —je suis toujours saisi de envie de
répondre me prenez pour un barbare comme vous et me croyez
capable de me divertir aussi tristement que vous faites des
comparaisons grotesques agitent alors dans mon cerveau il me semble
que deux femmes me sont présentées une matrone rustique répugnante
de santé et de vertu sans allure et sans regard bref ne devant rien
à la simple nature autre une de ces beautés qui dominent et
oppriment le souvenir unissant à son charme profond et originel toute
éloquence de la toilette maîtresse de sa démarche consciente et
reine elle —une voix parlant comme un instrument bien accordé
et des regards chargés de pensée et en laissant couler que ce ils
veulent mon choix ne saurait être douteux et cependant il y a des
sphinx pédagogiques qui me reprocheraient de manquer à honneur
classique —mais pour laisser de côté les paraboles je crois il
est permis de demander à ces hommes sages ils comprennent bien
toute la vanité toute inutilité de leur sagesse le mot littérature
de décadence implique il y a une échelle de littératures une
vagissante une puérile une adolescente ce terme veux dire
suppose quelque chose de fatal et de providentiel comme un décret
inéluctable et il est tout à fait injuste de nous reprocher accomplir
la loi mystérieuse tout ce que je puis comprendre dans la parole
académique est il est honteux obéir à cette loi avec plaisir et
que nous sommes coupables de nous réjouir dans notre destinée —ce
soleil qui il y a quelques heures écrasait toutes choses de sa lumière
droite et blanche va bientôt inonder horizon occidental de couleurs
variées dans les jeux de ce soleil agonisant certains esprits
poétiques trouveront des délices nouvelles ils y découvriront des
colonnades éblouissantes des cascades de métal fondu des paradis de
feu une splendeur triste la volupté du regret toutes les magies du
rêve tous les souvenirs de opium et le coucher du soleil leur
apparaîtra en effet comme la merveilleuse allégorie une âme chargée de
vie qui descend derrière horizon avec une magnifique provision de
pensées et de rêves

mais ce à quoi les professeurs jurés ont pas pensé est que dans le
mouvement de la vie telle complication telle combinaison peut se
présenter tout à fait inattendue pour leur sagesse écoliers et alors
leur langue insuffisante se trouve en défaut comme dans le
cas —phénomène qui se multipliera avec des variantes —où une
nation commence par la décadence et débute par où les autres finissent

que parmi les immenses colonies du siècle présent des littératures
nouvelles se fassent il y produira des accidents
spirituels une nature déroutante pour esprit de école jeune et
vieille à la fois amérique bavarde et radote avec une volubilité
étonnante qui pourrait compter ses poëtes ils sont innombrables ses
ils encombrent les revues ses critiques croyez elle
possède des pédants qui valent bien les nôtres pour rappeler sans cesse
artiste à la beauté antique pour questionner un poëte ou un romancier
sur la moralité de son but et la qualité de ses intentions il y a
comme ici mais plus encore ici des littérateurs qui ne
savent pas orthographe une activité puérile inutile des
compilateurs à foison des ressasseurs des plagiaires de plagiats et
des critiques de critiques dans ce bouillonnement de médiocrités dans
ce monde épris des perfectionnements matériels —scandale un nouveau
genre qui fait comprendre la grandeur des peuples fainéants —dans cette
société avide étonnements amoureuse de la vie mais surtout une vie
pleine excitations un homme a paru qui a été grand par
sa subtilité métaphysique par la beauté sinistre ou ravissante de ses
conceptions par la rigueur de son analyse mais grand aussi et non
moins grand comme caricature —il faut que je explique avec quelque
soin car récemment un critique imprudent se servait pour dénigrer
edgar poe et pour infirmer la sincérité de mon admiration du mot
jongleur que avais moi appliqué au noble poëte presque comme un
éloge

du sein un monde goulu affamé de matérialités poe est élancé dans
les rêves Étouffé il était par atmosphère américaine il a écrit
en tête eureka « offre ce livre à ceux qui ont mis leur foi dans
les rêves comme dans les seules réalités » il fut donc une admirable
protestation il la fut et il la fit à sa manière in his own way
auteur qui dans le colloque entre monos et una lâche à torrents
son mépris et son dégoût sur la démocratie le progrès et la
civilisation cet auteur est le même qui pour enlever la crédulité
pour ravir la badauderie des siens a le plus énergiquement posé la
souveraineté humaine et le plus ingénieusement fabriqué les canards
les plus flatteurs pour orgueil de homme moderne pris sous ce
jour poe apparaît comme un ilote qui veut faire rougir son maître
enfin pour affirmer ma pensée une manière encore plus nette poe fut
toujours grand dans ses conceptions nobles mais encore
comme farceur




car il ne fut jamais dupe —je ne crois pas que le virginien qui a
tranquillement écrit en plein débordement démocratique « le peuple a
rien à faire avec les lois si ce est de leur obéir » ait jamais été
une victime de la sagesse moderne —et « le nez une populace est
son imagination est par ce nez on pourra toujours facilement la
conduire » —et cent autres passages où la raillerie pleut drue comme
mitraille mais cependant nonchalante et hautaine —les swedenborgiens
le félicitent de sa révélation magnétique semblables à ces naïfs
illuminés qui jadis surveillaient dans auteur du diable amoureux un
révélateur de leurs mystères ils le remercient pour les grandes vérités
il vient de proclamer —car ils ont découvert ô vérificateurs de ce
qui ne peut pas être vérifié que tout ce il a énoncé est absolument
vrai —bien que abord avouent ces braves gens ils aient eu le
soupçon que ce pouvait bien être une simple fiction poe répond que
pour son compte il en a jamais douté —faut encore citer ce petit
passage qui me saute aux yeux tout en feuilletant pour la centième fois
ses amusants marginalia qui sont comme la chambre secrète de son
esprit « énorme multiplication des livres dans toutes les branches de
connaissances est un des plus grands fléaux de cet âge car elle est
un des plus sérieux obstacles à acquisition de toute connaissance
positive » aristocrate de nature plus encore que de naissance le
virginien homme du sud le byron égaré dans un mauvais monde a
toujours gardé son impassibilité philosophique et soit il définisse
le nez de la populace soit il raille les fabricateurs de religions
soit il bafoue les bibliothèques il reste ce que fut et ce que sera
toujours le vrai poëte —une vérité habillée une manière bizarre un
paradoxe apparent qui ne veut pas être coudoyé par la foule et qui
court à extrême orient quand le feu artifice se tire au couchant

mais voici plus important que tout nous noterons que cet auteur
produit un siècle infatué de lui enfant une nation plus
infatuée elle aucune autre a vu clairement a
imperturbablement affirmé la méchanceté naturelle de homme il y a
dans homme dit une force mystérieuse dont la philosophie moderne
ne veut pas tenir compte et cependant sans cette force innommée sans
ce penchant primordial une foule actions humaines resteront
inexpliquées inexplicables ces actions ont attrait que parce
elles sont mauvaises dangereuses elles possèdent attirance du
gouffre cette force primitive irrésistible est la perversité
naturelle qui fait que homme est sans cesse et à la fois homicide et
suicide assassin et bourreau —car ajoute avec une subtilité
remarquablement satanique impossibilité de trouver un motif
raisonnable suffisant pour certaines actions mauvaises et périlleuses
pourrait nous conduire à les considérer comme le résultat des
suggestions du diable si expérience et histoire ne nous
enseignaient pas que dieu en tire souvent établissement de ordre et
le châtiment des coquins après être servi des mêmes coquins comme
de complices  tel est le mot qui se glisse je avoue dans mon esprit
comme un aussi perfide inévitable mais je ne veux pour
le présent tenir compte que de la grande vérité oubliée —la perversité
primordiale de homme —et ce est pas sans une certaine satisfaction
que je vois quelques épaves de antique sagesse nous revenir un pays
où on ne les attendait pas il est agréable que quelques explosions de
vieille vérité sautent ainsi au visage de tous ces complimenteurs de
humanité de tous ces dorloteurs et endormeurs qui répètent sur toutes
les variations possibles de ton « je suis né bon et vous aussi et nous
tous nous sommes nés bons » oubliant non feignant oublier ces
égalitaires à contresens que nous sommes tous nés marqués pour le mal

de quel mensonge pouvait être dupe celui qui parfois —douloureuse
nécessité des milieux —les ajustait si bien quel mépris pour la
philosophaillerie dans ses bons jours dans les jours où il était pour
ainsi dire illuminé ce poëte de qui plusieurs fictions semblent
faites à plaisir pour confirmer la prétendue omnipotence de homme a
voulu quelquefois se purger le jour où il écrivait « toute
certitude est dans les rêves » il refoulait son propre américanisme dans
la région des choses inférieures autres fois rentrant dans la vraie
voie des poëtes obéissant sans doute à inéluctable vérité qui nous
hante comme un démon il poussait les ardents soupirs de ange tombé
qui se souvient des cieux il envoyait ses regrets vers Âge or et
Éden perdu il pleurait toute cette magnificence de la nature se
recroquevillant devant la chaude haleine des fourneaux enfin il
jetait ces admirables pages colloque entre monos et una qui eussent
charmé et troublé impeccable de maistre

est lui qui a dit à propos du socialisme à époque où
avait pas encore un nom où ce nom du moins était pas tout à fait
vulgarisé « le monde est infesté actuellement par une nouvelle secte de
philosophes qui ne se sont pas encore reconnus comme formant une secte
et qui conséquemment ont pas adopté de nom ce sont les croyants à
toute vieillerie comme qui dirait prédicateurs en vieux le grand
prêtre dans est est charles fourier —dans ouest horace greely et
grands prêtres ils sont à bon escient le seul lien commun parmi la
secte est la crédulité —appelons cela démence et en parlons plus
demandez à un eux pourquoi il croit ceci ou cela et il est
consciencieux les ignorants le sont généralement il vous fera une
réponse analogue à celle que fit talleyrand quand on lui demanda
pourquoi il croyait à la bible « y crois dit abord parce que je
suis évêque autun et en second lieu parce que je y entends
absolument rien  » ce que ces philosophes appellent argument est
une manière à eux de nier ce qui est et expliquer ce qui est pas »

le progrès cette grande hérésie de la décrépitude ne pouvait pas non
plus lui échapper le lecteur verra en différents passages de quels
termes il se servait pour la caractériser on dirait vraiment à voir
ardeur il y dépense il avait à en venger comme un embarras
public comme un fléau de la rue combien eût ri de ce rire
méprisant du poëte qui ne grossit jamais la grappe des badauds il
était tombé comme cela est arrivé récemment sur cette phrase
mirifique qui fait rêver aux bouffonnes et volontaires absurdités des
paillasses et que ai trouvée se pavanant perfidement dans un journal
plus que grave le progrès incessant de la science a permis tout
récemment de retrouver le secret perdu et si longtemps cherché de … 
feu grégeois trempe du cuivre importe quoi disparu dont les
applications les plus réussies remontent à une époque barbare et
—voilà une phrase qui peut appeler une véritable
trouvaille une éclatante découverte même dans un siècle de progrès
incessants mais je crois que la momie allamistakeo aurait pas manqué
de demander avec le ton doux et discret de la supériorité si était
aussi grâce au progrès incessant —à la loi fatale irrésistible du
progrès —que ce fameux secret avait été perdu —aussi bien pour
laisser là le ton de la farce en un sujet qui contient autant de larmes
que de rire est pas une chose véritablement stupéfiante de voir
une nation plusieurs nations toute humanité bientôt dire à ses
sages à ses sorciers je vous aimerai et je vous ferai grands si vous
me persuadez que nous progressons sans le vouloir inévitablement —en
dormant débarrassez de la responsabilité voilez pour nous
humiliation des comparaisons sophistiquez histoire et vous pourrez
vous appeler les sages des sages est pas un sujet étonnement
que cette idée si simple éclate pas dans tous les cerveaux que le
progrès en tant que progrès il y ait perfectionne la douleur à la
proportion il raffine la volupté et que si épiderme des peuples
va se délicatisant ils ne poursuivent évidemment une italiam
fugientem une conquête à chaque minute perdue un progrès toujours
négateur de lui

mais ces illusions intéressées ailleurs tirent leur origine un
fond de perversité et de mensonge —météores des marécages —qui
poussent au dédain les âmes amoureuses du feu éternel comme edgar poe
et exaspèrent les intelligences obscures comme à qui une
sensibilité blessée et prompte à la révolte tient lieu de philosophie
que celui eût raison contre animal dépravé cela est
incontestable mais animal dépravé a le droit de lui reprocher
invoquer la simple nature la nature ne fait que des monstres et
toute la question est de entendre sur le mot sauvages nul
philosophe osera proposer pour modèles ces malheureuses hordes
pourries victimes des éléments pâture des bêtes aussi incapables de
fabriquer des armes que de concevoir idée un pouvoir spirituel et
suprême mais si on veut comparer homme moderne homme civilisé
avec homme sauvage ou plutôt une nation dite civilisée avec une
nation dite sauvage privée de toutes les ingénieuses
inventions qui dispensent individu héroïsme qui ne voit que tout
honneur est pour le sauvage par sa nature par nécessité même il est
encyclopédique tandis que homme civilisé se trouve confiné dans les
régions infiniment petites de la spécialité homme civilisé invente la
philosophie du progrès pour se consoler de son abdication et de sa
déchéance cependant que homme sauvage époux redouté et respecté
guerrier contraint à la bravoure personnelle poëte aux heures
mélancoliques où le soleil déclinant invite à chanter le passé et les
ancêtres rase de plus près la lisière de idéal quelle lacune
oserons lui reprocher il a le prêtre il a le sorcier et le
médecin que dis il a le dandy suprême incarnation de idée du
beau transportée dans la vie matérielle celui qui dicte la forme et
règle les manières ses vêtements ses parures ses armes son calumet
témoignent une faculté inventive qui nous a depuis longtemps désertés
comparerons nos yeux paresseux et nos oreilles assourdies à ces
yeux qui percent la brume à ces oreilles qui entendraient herbe qui
pousse  et la sauvagesse à âme simple et enfantine animal obéissant
et câlin se donnant tout entier et sachant il est que la moitié
une destinée la déclarerons inférieure à la dame américaine dont
bellegarigue rédacteur du moniteur de Épicerie a cru faire
éloge en disant elle était idéal de la femme entretenue cette
même femme dont les mœurs trop positives ont inspiré à edgar poe —lui
si galant si respectueux de la beauté —les tristes lignes suivantes
« ces immenses bourses semblables au concombre géant qui sont à la mode
parmi nos belles ont pas comme on le croit une origine parisienne
elles sont parfaitement indigènes pourquoi une pareille mode à paris
où une femme ne serre dans sa bourse que son argent mais la bourse
une américaine il faut que cette bourse soit assez vaste pour elle
y puisse enfermer tout son argent —plus toute son âme » —quant à la
religion je ne parlerai pas de vitzilipoutzli aussi légèrement que a
fait alfred de musset avoue sans honte que je préfère de beaucoup le
culte de teutatès à celui de mammon et le prêtre qui offre au cruel
extorqueur hosties humaines des victimes qui meurent honorablement
des victimes qui veulent mourir me paraît un être tout à fait doux et
humain comparé au financier qui immole les populations à son
intérêt propre de loin en loin ces choses sont encore entrevues et
ai trouvé une fois dans un article de barbey aurevilly une
exclamation de tristesse philosophique qui résume tout ce que je voulais
dire à ce sujet « peuples civilisés qui jetez sans cesse la pierre aux
sauvages bientôt vous ne mériterez même plus être idolâtres »

un pareil milieu —je ai déjà dit je ne puis résister au désir de le
répéter est guère fait pour les poëtes ce un esprit français
supposez le plus démocratique entend par un État ne trouverait pas de
place dans un esprit américain pour toute intelligence du vieux monde
un État politique a un centre de mouvement qui est son cerveau et son
soleil des souvenirs anciens et glorieux de longues annales poétiques
et militaires une aristocratie à qui la pauvreté fille des
révolutions ne peut ajouter un lustre paradoxal mais cela cette
cohue de vendeurs et acheteurs ce ce monstre sans tête ce
déporté derrière océan un État —je le veux bien si un vaste
cabaret où le consommateur afflue et traite affaires sur des tables
souillées au tintamarre des vilains propos peut être assimilé à un
salon à ce que nous appelions jadis un salon république de esprit
présidée par la beauté

il sera toujours difficile exercer noblement et fructueusement à la
fois état homme de lettres sans exposer à la diffamation à la
calomnie des impuissants à envie des riches —cette envie qui est
leur châtiment —aux vengeances de la médiocrité bourgeoise mais ce qui
est difficile dans une monarchie tempérée ou dans une république
régulière devient presque impraticable dans une espèce de capharnaüm
où chacun sergent de ville de opinion fait la police au profit de
ses vices—ou de ses vertus est tout un —où un poëte un romancier
un pays à esclaves est un écrivain détestable aux yeux un critique
abolitionniste —où on ne sait quel est le plus grand scandale —le
débraillé du cynisme ou imperturbabilité de hypocrisie biblique
brûler des nègres enchaînés coupables avoir senti leur joue noire
fourmiller du rouge de honneur jouer du revolver dans un parterre de
théâtre établir la polygamie dans les paradis de ouest que les
sauvages ce terme a air une injustice avaient pas encore
souillés de ces honteuses utopies afficher sur les murs sans doute
pour consacrer le principe de la liberté illimitée la guérison des
maladies de neuf mois tels sont des traits saillants
des illustrations morales du noble pays de franklin
inventeur de la morale de comptoir le héros un siècle voué à la
matière il est bon appeler sans cesse le regard sur ces merveilles de
brutalité en un temps où américanomanie est devenue presque une
passion de bon ton à ce point un archevêque a pu nous promettre sans
rire que la providence nous appellerait bientôt à jouir de cet idéal
transatlantique




un semblable milieu social engendre nécessairement des erreurs
littéraires correspondantes est contre ces erreurs que poe a réagi
aussi souvent il a pu et de toute sa force nous ne devons donc pas
nous étonner que les écrivains américains tout en reconnaissant sa
puissance singulière comme poëte et comme conteur aient toujours voulu
infirmer sa valeur comme critique dans un pays où idée utilité la
plus hostile du monde à idée de beauté prime et domine toutes choses
le parfait critique sera le plus honorable celui dont
les tendances et les désirs se rapprocheront le plus des tendances et
des désirs de son public —celui qui confondant les facultés et les
genres de production assignera à toutes un but unique —celui qui
cherchera dans un livre de poésie les moyens de perfectionner la
conscience naturellement il deviendra autant moins soucieux des
beautés réelles positives de la poésie il sera autant moins choqué
des imperfections et même des fautes dans exécution edgar poe au
contraire divisant le monde de esprit en intellect pur goûtet
sens moral appliquait la critique suivant que objet de son analyse
appartenait à une de ces trois divisions il était avant tout sensible
à la perfection du plan et à la correction de exécution démontant les
œuvres littéraires comme des pièces mécaniques défectueuses pour le
but elles voulaient atteindre notant soigneusement les vices de
fabrication et quand il passait au détail de à son expression
plastique au style en un mot épluchant sans omission les fautes de
prosodie les erreurs grammaticales et toute cette masse de scories
qui chez les écrivains non artistes souillent les meilleures
intentions et déforment les conceptions les plus nobles

pour lui imagination est la reine des facultés mais par ce mot il
entend quelque chose de plus grand que ce qui est entendu par le commun
des lecteurs imagination est pas la fantaisie elle est pas non
plus la sensibilité bien il soit difficile de concevoir un homme
imaginatif qui ne serait pas sensible imagination est une faculté
quasi divine qui perçoit tout abord en dehors des méthodes
philosophiques les rapports intimes et secrets des choses les
correspondances et les analogies les honneurs et les fonctions il
confère à cette faculté lui donnent une valeur telle du moins quand on
a bien compris la pensée de auteur un savant sans imagination
apparaît plus que comme un faux savant ou tout au moins comme un
savant incomplet

parmi les domaines littéraires où imagination peut obtenir les plus
curieux résultats peut récolter les trésors non pas les plus riches
les plus précieux ceux appartiennent à la poésie mais les plus
nombreux et les plus variés il en est un que poe affectionne
particulièrement est la nouvelle elle a sur le roman à vastes
proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à intensité de
effet cette lecture qui peut être accomplie tout une haleine
laisse dans esprit un souvenir bien plus puissant une lecture
brisée interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des
intérêts mondains unité impression la totalité effet est un
avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une
supériorité tout à fait particulière à ce point une nouvelle trop
courte est sans doute un défaut vaut encore mieux une nouvelle
trop longue artiste il est habile accommodera pas ses pensées
aux incidents mais ayant conçu délibérément à loisir un effet à
produire inventera les incidents combinera les événements les plus
propres à amener effet voulu si la première phrase est pas écrite
en vue de préparer cette impression finale est manquée dès le
début dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un
seul mot qui ne soit une intention qui ne tende directement ou
indirectement à parfaire le dessein prémédité

il est un point par lequel la nouvelle a une supériorité même sur le
poëme le rythme est nécessaire au développement de idée de beauté
qui est le but le plus grand et le plus noble du poëme or les
artifices du rythme sont un obstacle insurmontable à ce développement
minutieux de pensées et expressions qui a pour objet la vérité car
la vérité peut être souvent le but de la nouvelle et le raisonnement
le meilleur outil pour la construction une nouvelle parfaite est
pourquoi ce genre de composition qui est pas situé à une aussi grande
élévation que la poésie pure peut fournir des produits plus variés et
plus facilement appréciables pour le commun des lecteurs de plus
auteur une nouvelle a à sa disposition une multitude de tons de
nuances de langage le ton raisonneur le sarcastique humoristique
que répudie la poésie et qui sont comme des dissonances des outrages à
idée de beauté pure et est aussi ce qui fait que auteur qui
poursuit dans une nouvelle un simple but de beauté ne travaille à son
grand désavantage privé il est de instrument le plus utile le
rythme je sais que dans toutes les littératures des efforts ont été
faits souvent heureux pour créer des contes purement poétiques edgar
poe lui en a fait de mais ce sont des luttes et des
efforts qui ne servent à démontrer la force des vrais moyens adaptés
aux buts correspondants et je ne serais pas éloigné de croire que chez
quelques auteurs les plus grands on puisse choisir ces tentations
héroïques vinssent un désespoir




« genus irritabile vatum  que les poëtes nous servant du mot dans son
acception la plus large et comme comprenant tous les artistes soient
une race irritable cela est bien entendu mais le pourquoi ne me
semble pas aussi généralement compris un artiste est un artiste que
grâce à son sens exquis du beau —sens qui lui procure des jouissances
enivrantes mais qui en même temps implique enferme un sens également
exquis de toute difformité et de toute disproportion ainsi un tort une
injustice faite à un poëte qui est vraiment un poëte exaspère à un
degré qui apparaît à un jugement ordinaire en complète disproportion
avec injustice commise les poëtes voient injustice jamais là où
elle existe pas mais fort souvent là où des yeux non poétiques en
voient pas du tout ainsi la fameuse irritabilité poétique a pas de
rapport avec le tempérament compris dans le sens vulgaire mais avec
une clairvoyance plus ordinaire relative au faux et à injuste
cette clairvoyance est pas autre chose un corollaire de la vive
perception du vrai de la justice de la proportion en un mot du beau
mais il y a une chose bien claire est que homme qui est pas au
jugement du commun irritabilis est pas poëte du tout »

ainsi parle le poëte lui préparant une excellente et irréfutable
apologie pour tous ceux de sa race cette sensibilité poe la portait
dans les affaires littéraires et extrême importance il attachait
aux choses de la poésie induisait souvent en un ton où au jugement
des faibles la supériorité se faisait trop sentir ai déjà remarqué
je crois que plusieurs des préjugés il avait à combattre des idées
fausses des jugements vulgaires qui circulaient autour de lui ont
depuis longtemps infecté la presse française il ne sera donc pas
inutile de rendre compte sommairement de de ses plus
importantes opinions relatives à la composition poétique le
parallélisme de erreur en rendra application tout à fait facile

mais avant toutes choses je dois dire que la part étant faite au poëte
naturel à innéité poe en faisait une à la science au travail et à
analyse qui paraîtra exorbitante aux orgueilleux non érudits
il a dépensé des efforts considérables pour soumettre à sa
volonté le démon fugitif des minutes heureuses pour rappeler à son gré
ces sensations exquises ces appétitions spirituelles ces états de
santé poétique si rares et si précieux on pourrait vraiment les
considérer comme des grâces extérieures à homme et comme des
visitations mais aussi il a soumis inspiration à la méthode à
analyse la plus sévère le choix des moyens il y revient sans cesse
il insiste avec une éloquence savante sur appropriation du moyen à
effet sur usage de la rime sur le perfectionnement du refrain sur
adaptation du rythme au sentiment il affirmait que celui qui ne sait
pas saisir intangible est pas poëte que celui seul est poëte
qui est le maître de sa mémoire le souverain des mots le registre de
ses propres sentiments toujours prêt à se laisser feuilleter tout pour
le dénouement répète souvent un sonnet lui a besoin un
plan et la construction armature pour ainsi dire est la plus
importante garantie de la vie mystérieuse des œuvres de esprit

je recours naturellement à article intitulé the poetic principle
et y trouve dès le commencement une vigoureuse protestation contre
ce on pourrait appeler en matière de poésie hérésie de la
longueur ou de la dimension —la valeur absurde attribuée aux gros
poëmes « un long poëme existe pas ce on entend par un long poëme
est une parfaite contradiction de termes » en effet un poëme ne mérite
son titre autant il excite il enlève âme et la valeur
positive un poëme est en raison de cette excitation de cet
enlèvement de âme mais par nécessité psychologique toutes les
excitations sont fugitives et transitoires cet état singulier dans
lequel âme du lecteur a été pour ainsi dire tirée de force ne
durera certainement pas autant que la lecture de tel poëme qui dépasse
la ténacité enthousiasme dont la nature humaine est capable

voilà évidemment le poëme épique condamné car un ouvrage de cette
dimension ne peut être considéré comme poétique en tant on
sacrifie la condition vitale de toute œuvre art unité —je ne veux
pas parler de unité dans la conception mais de unité dans
impression de la totalité de effet comme je ai déjà dit quand
ai eu à comparer le roman avec la nouvelle le poëme épique nous
apparaît donc esthétiquement parlant comme un paradoxe il est
possible que les anciens âges aient produit des séries de poëmes
lyriques reliées postérieurement par les compilateurs en poëmes
épiques mais toute intention épique résulte évidemment un sens
imparfait de art le temps de ces anomalies artistiques est passé et
il est même fort douteux un long poëme ait jamais pu être vraiment
populaire dans toute la force du terme

il faut ajouter un poëme trop court celui qui ne fournit pas un
pabulum suffisant à excitation créée celui qui est pas égal à
appétit naturel du lecteur est aussi quelque
brillant et intense que soit effet il est pas durable la mémoire
ne le retient pas est comme un cachet qui posé trop légèrement et
trop à la hâte a pas eu le temps imposer son image à la cire

mais il est une autre hérésie qui grâce à hypocrisie à la lourdeur
et à la bassesse des esprits est bien plus redoutable et a des chances
de durée plus grandes —une erreur qui a la vie plus dure —je veux
parler de hérésie de enseignement laquelle comprend comme
corollaires inévitables hérésie de la passion de la vérité et de
la morale une foule de gens se figurent que le but de la poésie est
un enseignement quelconque elle doit tantôt fortifier la conscience
tantôt perfectionner les mœurs tantôt enfin démontrer quoi que ce
soit utile edgar poe prétend que les américains ont spécialement
patronné cette idée hétérodoxe hélas il est pas besoin aller
à boston pour rencontrer hérésie en question ici même elle nous
assiège et tous les jours elle bat en brèche la véritable poésie la
poésie pour peu on veuille descendre en soi interroger son
âme rappeler ses souvenirs enthousiasme a pas autre but
elle elle ne peut pas en avoir autre et aucun poëme ne sera
si grand si noble si véritablement digne du nom de poëme que celui
qui aura été écrit uniquement pour le plaisir écrire un poëme

je ne veux pas dire que la poésie ennoblisse pas les mœurs on me
comprenne bien —que son résultat final ne soit pas élever homme
du niveau des intérêts vulgaires ce serait évidemment une
absurdité je dis que si le poëte a poursuivi un but moral il a diminué
sa force poétique et il est pas imprudent de parier que son œuvre
sera mauvaise la poésie ne peut pas sous peine de mort ou de
défaillance assimiler à la science ou à la morale elle a pas la
vérité pour objet elle a les modes de démonstration de
vérité sont autres et sont ailleurs la vérité a rien à faire avec les
chansons tout ce qui fait le charme la grâce irrésistible une
chanson enlèverait à la vérité son autorité et son pouvoir froide
calme impassible humeur démonstrative repousse les diamants et les
fleurs de la muse elle est donc absolument inverse de humeur
poétique

intellect pur vise à la vérité le goût nous montre la beauté et le
sens moral nous enseigne le devoir il est vrai que le sens du milieu a
intimes connexions avec les deux extrêmes et il est séparé du sens
moral que par une si légère différence aristote a pas hésité à
ranger parmi les vertus de ses délicates opérations
aussi ce qui exaspère surtout homme de goût dans le spectacle du
vice est sa difformité sa disproportion le vice porte atteinte au
juste et au vrai révolte intellect et la conscience mais comme
outrage à harmonie comme dissonance il blessera plus
particulièrement certains esprits poétiques et je ne crois pas il
soit scandalisant de considérer toute infraction à la morale au beau
moral comme une espèce de faute contre le rythme et la prosodie
universels

est cet admirable cet immortel instinct du beau qui nous fait
considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu comme une
correspondance du ciel la soif insatiable de tout ce qui est au delà
et que révèle la vie est la preuve la plus vivante de notre
immortalité est à la fois par la poésie et à travers la poésie par
et à travers la musique que âme entrevoit les splendeurs situées
derrière le tombeau et quand un poëme exquis amène les larmes au bord
des yeux ces larmes ne sont pas la preuve un excès de jouissance
elles sont bien plutôt le témoignage une mélancolie irritée une
postulation des nerfs une nature exilée dans imparfait et qui
voudrait emparer immédiatement sur cette terre même un paradis
révélé

ainsi le principe de la poésie est strictement et simplement
aspiration humaine vers une beauté supérieure et la manifestation de
ce principe est dans un enthousiasme une excitation de
âme —enthousiasme tout à fait indépendant de la passion qui est
ivresse du cœur et de la vérité qui est la pâture de la raison car
la passion est naturelle trop naturelle pour ne pas introduire un ton
blessant discordant dans le domaine de la beauté pure trop familière
et trop violente pour ne pas scandaliser les purs désirs les gracieuses
mélancolies et les nobles désespoirs qui habitent les régions
surnaturelles de la poésie

cette extraordinaire élévation cette exquise délicatesse cet accent
immortalité edgar poe exige de la muse loin de le rendre moins
attentif aux pratiques exécution ont poussé à aiguiser sans cesse
son génie de praticien bien des gens de ceux surtout qui ont lu le
singulier poëme intitulé le corbeau seraient scandalisés si
analysais article où notre poëte a ingénument en apparence mais
avec une légère impertinence que je ne puis blâmer minutieusement
expliqué le mode de construction il a employé adaptation du
rythme le choix un refrain —le plus bref possible et le plus
susceptible applications variées et en même temps le plus
représentatif de mélancolie et de désespoir orné une rime la plus
sonore de toutes nevermore jamais plus —le choix un oiseau
capable imiter la voix humaine mais un oiseau —le corbeau —marqué
dans imagination populaire un caractère funeste et fatal —le choix
du ton le plus poétique de tous le ton mélancolique —du sentiment le
plus poétique amour pour une morte etc — « et je ne placerai pas
dit le héros de mon poëme dans un milieu pauvre parce que la
pauvreté est triviale et contraire à idée de beauté sa mélancolie
aura pour gîte une chambre magnifiquement et poétiquement meublée » le
lecteur surprendra dans plusieurs des nouvelles de poe des symptômes
curieux de ce goût immodéré pour les belles formes surtout pour les
belles formes singulières pour les milieux ornés et les somptuosités
orientales

ai dit que cet article me paraissait entaché une légère
impertinence les partisans de inspiration quand même ne manqueraient
pas y trouver un blasphème et une profanation mais je crois que est
pour eux que article a été spécialement écrit autant certains
écrivains affectent abandon visant au les yeux fermés
pleins de confiance dans le désordre et attendant que les caractères
jetés au plafond retombent en poëme sur le parquet autant edgar
poe un des hommes les plus inspirés que je connaisse —a mis
affectation à cacher la spontanéité à simuler le et la
délibération « je crois pouvoir me vanter—dit avec un orgueil
amusant et que je ne trouve pas de mauvais goût aucun point de ma
composition a été abandonné au hasard et que entière a
marché pas à pas vers son but avec la précision et la logique rigoureuse
un problème mathématique » il y a dis que les amateurs de
hasard les fatalistes de inspiration et les fanatiques du vers
blanc qui puissent trouver bizarres ces minuties il y a pas de
minuties en matière art

À propos de vers blancs ajouterai que poe attachait une importance
extrême à la rime et que dans analyse il a faite du plaisir
mathématique et musical que esprit tire de la rime il a apporté
autant de soin autant de subtilité que dans tous les sujets se
rapportant au métier poétique de même il avait démontré que le
refrain est susceptible applications infiniment variées il a aussi
cherché à rajeunir à redoubler le plaisir de la rime en y ajoutant cet
élément inattendu étrangeté qui est comme le condiment
indispensable de toute beauté il fait souvent un usage heureux des
répétitions du même vers ou de plusieurs vers retours obstinés de
phrases qui simulent les obsessions de la mélancolie ou de idée
fixe —du refrain pur et simple mais amené en situation de plusieurs
manières différentes —du qui joue indolence et la
distraction —des rimes redoublées et triplées et aussi un genre de
rime qui introduit dans la poésie moderne mais avec plus de précision
et intention les surprises du vers léonin

il est évident que la valeur de tous ces moyens ne peut être vérifiée
que par application et une traduction de poésies aussi voulues aussi
concentrées peut être un rêve caressant mais ne peut être un rêve
poe a fait peu de poésies il a quelquefois exprimé le regret de ne
pouvoir se livrer non pas plus souvent mais exclusivement à ce genre
de travail il considérait comme le plus noble mais sa poésie est
toujours un puissant effet ce est pas effusion ardente de byron
ce est pas la mélancolie molle harmonieuse distinguée de tennyson
pour lequel il avait ailleurs soit dit en passant une admiration
quasi fraternelle est quelque chose de profond et de miroitant comme
le rêve de mystérieux et de parfait comme le cristal je ai pas
besoin je présume ajouter que les critiques américains ont souvent
dénigré cette poésie tout récemment je trouvais dans un dictionnaire de
biographies américaines un article où elle était décrétée étrangeté
où on avouait il était à craindre que cette muse à la toilette
savante ne fît école dans le glorieux pays de la morale utile et où
enfin on regrettait que poe eût pas appliqué ses talents à
expression des vérités morales au lieu de les dépenser à la recherche
un idéal bizarre et de prodiguer dans ses vers une volupté
mystérieuse il est vrai mais sensuelle

nous connaissons cette loyale escrime les reproches que les mauvais
critiques font aux bons poëtes sont les mêmes dans tous les pays en
lisant cet article il me semblait lire la traduction un de ces
nombreux réquisitoires dressés par les critiques parisiens contre ceux
de nos poëtes qui sont le plus amoureux de perfection nos préférés sont
faciles à deviner et toute âme éprise de poésie pure me comprendra
quand je dirai que parmi notre race antipoétique victor hugo serait
moins admiré il était parfait et il a pu se faire pardonner tout
son génie lyrique en introduisant de force et brutalement dans sa
poésie ce edgar poe considérait comme hérésie moderne
capitale enseignement

b







dans examen des facultés et des penchants —des mobiles primordiaux de
âme humaine —les phrénologistes ont oublié de faire une part à une
tendance qui bien existant visiblement comme sentiment primitif
radical irréductible a été également omise par tous les moralistes qui
les ont précédés dans la parfaite infatuation de notre raison nous
avons tous omise nous avons permis que son existence échappât à notre
vue uniquement par manque de croyance de foi —que ce soit la foi dans
la révélation ou la foi dans la cabale idée ne nous en est jamais
venue simplement à cause de sa qualité surérogatoire nous avons pas
senti le besoin de constater cette impulsion —cette tendance nous ne
pouvions pas en concevoir la nécessité nous ne pouvions pas saisir la
notion de ce primum mobile et quand même elle se serait introduite
de force en nous nous aurions jamais pu comprendre quel rôle il
jouait dans économie des choses humaines temporelles ou éternelles
il est impossible de nier que la phrénologie et une bonne partie des
sciences métaphysiques ont été brassées a priori homme de la
métaphysique ou de la logique bien plutôt que homme de intelligence
et de observation prétend concevoir les desseins de dieu —lui dicter
des plans ayant ainsi approfondi à sa pleine satisfaction les
intentions de jéhovah après ces dites intentions il a bâti ses
innombrables et capricieux systèmes en matière de phrénologie par
exemple nous avons abord établi assez naturellement ailleurs
il était dans les desseins de la divinité que homme mangeât puis
nous avons assigné à homme un organe alimentivité et cet organe est
le fouet avec lequel dieu contraint homme à manger bon gré mal gré
en second lieu ayant décidé que était la volonté de dieu que homme
continuât son espèce nous avons découvert tout de suite un organe
amativité et ainsi ceux de la combativité de idéalité de la
causalité de la constructivité —bref tout organe représentant un
penchant un sentiment moral ou une faculté de la pure intelligence et
dans cet emménagement des principes de action humaine des
spurzheimistes à tort ou à raison en partie ou en totalité ont fait
que suivre en principe les traces de leurs devanciers déduisant et
établissant chaque chose après la destinée préconçue de homme et
prenant pour base les intentions de son créateur

il eût été plus sage il eût été plus sûr de baser notre classification
il nous faut absolument classifier sur les actes que homme
accomplit habituellement et ceux il accomplit occasionnellement
toujours occasionnellement plutôt que sur hypothèse que est la
divinité elle qui les lui fait accomplir si nous ne pouvons pas
comprendre dieu dans ses œuvres visibles comment donc le
comprendrions dans ses inconcevables pensées qui appellent ces
œuvres à la vie si nous ne pouvons le concevoir dans ses créatures
objectives comment le concevrons dans ses modes inconditionnels et
dans ses phases de création

induction a posteriori aurait conduit la phrénologie à admettre
comme principe primitif et inné de action humaine un je ne sais quoi
paradoxal que nous nommerons perversité faute un terme plus
caractéristique dans le sens que y attache est en réalité un
mobile sans motif un motif non motivé sous son influence nous
agissons sans but intelligible ou si cela apparaît comme une
contradiction dans les termes nous pouvons modifier la proposition
à dire que sous son influence nous agissons par la raison que
nous ne le devrions pas en théorie il ne peut pas y avoir de raison
plus déraisonnable mais en fait il y en a pas de plus forte pour
certains esprits dans de certaines conditions elle devient absolument
irrésistible ma vie est pas une chose plus certaine pour moi que
cette proposition la certitude du péché ou de erreur inclus dans un
acte quelconque est souvent unique force invincible qui nous pousse
et seule nous pousse à son accomplissement et cette tendance accablante
à faire le mal pour amour du mal admettra aucune analyse aucune
résolution en éléments ultérieurs est un mouvement radical
primitif —élémentaire on dira je y attends que si nous persistons
dans certains actes parce que nous sentons que nous ne devrions pas y
persister notre conduite est une modification de celle qui dérive
ordinairement de la combativité phrénologique mais un simple coup
suffira pour découvrir la fausseté de cette idée la combativité
phrénologique a pour cause existence la nécessité de la défense
personnelle elle est notre sauvegarde contre injustice son principe
regarde notre et ainsi en même temps elle se développe
nous sentons exalter en nous le désir du il suivrait de là
que le désir du devrait être simultanément excité avec tout
principe qui ne serait une modification de la combativité mais dans
le cas de ce je ne sais quoi que je définis perversité
le désir du est pas éveillé mais encore apparaît un
sentiment singulièrement contradictoire

tout homme en faisant appel à son propre cœur trouvera après tout
la meilleure réponse au sophisme dont il agit quiconque consultera
loyalement et interrogera soigneusement son âme osera pas nier
absolue radicalité du penchant en question il est pas moins
caractérisé incompréhensible il existe pas homme par exemple
qui à un certain moment ait été dévoré un ardent désir de torturer
son auditeur par des circonlocutions celui qui parle sait bien il
déplaît il a la meilleure intention de plaire il est habituellement
bref précis et clair le langage le plus laconique et le plus lumineux
agite et se débat sur sa langue ce est avec peine il se
contraint lui à lui refuser le passage il redoute et conjure la
mauvaise humeur de celui auquel il adresse cependant cette pensée le
frappe que par certaines incises et parenthèses il pourrait engendrer
cette colère cette simple pensée suffit le mouvement devient une
velléité la velléité se grossit en désir le désir se change en un
besoin irrésistible et le besoin se satisfait —au profond regret et à
la mortification du parleur et au mépris de toutes les conséquences

nous avons devant nous une tâche il nous faut accomplir rapidement
nous savons que tarder est notre ruine la plus importante crise de
notre vie réclame avec la voix impérative une trompette action et
énergie immédiates nous brûlons nous sommes consumés de impatience
de nous mettre à ouvrage un glorieux résultat met
toute notre âme en feu il faut il faut que cette besogne soit attaquée
—et cependant nous la renvoyons à demain —et pourquoi il
y a pas explication si ce est que nous sentons que cela est
pervers —servons du mot sans comprendre le principe demain
arrive et en même temps une plus impatiente anxiété de faire notre
devoir mais avec ce surcroît anxiété arrive aussi un désir ardent
anonyme de différer encore —désir positivement terrible parce que sa
nature est impénétrable plus le temps fuit plus le désir gagne de
force il y a plus une heure pour action cette heure est à nous
nous tremblons par la violence du conflit qui agite en nous —de la
bataille entre le positif et indéfini entre la substance et ombre
mais si la lutte en est venue à ce point est ombre qui
emporte —nous nous débattons en vain horloge sonne et est le
glas de notre bonheur est en même temps pour ombre qui nous a si
longtemps terrorisés le chant la diane du coq
victorieuse des fantômes elle envole —elle disparaît —nous sommes
libres la vieille énergie revient nous travaillerons maintenant
hélas il est trop tard

nous sommes sur le bord un précipice nous regardons dans
abîme —nous éprouvons du malaise et du vertige notre premier
mouvement est de reculer devant le danger inexplicablement nous
restons peu à peu notre malaise notre vertige notre horreur se
confondent dans un sentiment nuageux et indéfinissable graduellement
insensiblement ce nuage prend une forme comme la vapeur de la
bouteille où élevait le génie des mille et une nuits mais de
notre nuage sur le bord du précipice élève de plus en plus
palpable une forme mille fois plus terrible aucun génie aucun
démon des fables et cependant ce est une pensée mais une pensée
effroyable une pensée qui glace la moelle même de nos os et les
pénètre des féroces délices de son horreur est simplement cette idée
quelles seraient nos sensations durant le parcours une chute faite
une telle hauteur et cette chute —cet anéantissement
foudroyant —par la simple raison ils impliquent la plus affreuse la
plus odieuse de toutes les plus affreuses et de toutes les plus odieuses
images de mort et de souffrance qui se soient jamais présentées à notre
imagination —par cette simple raison nous les désirons alors plus
ardemment et parce que notre jugement nous éloigne violemment du bord
à cause de cela même nous nous en rapprochons plus impétueusement il
est pas dans la nature de passion plus diaboliquement impatiente que
celle un homme qui frissonnant sur arête un précipice rêve de
y jeter se permettre essayer de penser un instant seulement est
être inévitablement perdu car la réflexion nous commande de nous en
abstenir et est à cause de cela même dis que nous ne le
pouvons pas il y a pas là un bras ami pour nous arrêter ou si
nous sommes incapables un soudain effort pour nous rejeter loin de
abîme nous nous élançons nous sommes anéantis

examinons ces actions et autres analogues nous trouverons elles
résultent uniquement de esprit de perversité nous les perpétrons
simplement à cause que nous sentons que nous ne le devrions pas en
deçà ou au delà il y a pas de principe intelligible et nous
pourrions en vérité considérer cette perversité comme une instigation
directe de archidémon il était pas reconnu que parfois elle sert
à accomplissement du bien

si je vous en ai dit aussi long était pour répondre en quelque sorte
à votre question —pour vous expliquer pourquoi je suis ici —pour avoir
à vous montrer un semblant de cause quelconque qui motive ces fers que
je porte et cette cellule de condamné que habite si je avais pas
été si prolixe ou vous ne auriez pas du tout compris ou comme la
foule vous auriez cru fou maintenant vous percevrez facilement que
je suis une des victimes innombrables du démon de la perversité

il est impossible une action ait jamais été manigancée avec une plus
parfaite délibération pendant des semaines pendant des mois je
méditai sur les moyens assassinat je rejetai mille plans parce que
accomplissement de chacun impliquait une chance de révélation À la
longue lisant un jour quelques mémoires français je trouvai histoire
une maladie presque mortelle qui arriva à madame pilau par le fait
une chandelle accidentellement empoisonnée idée frappa soudainement
mon imagination je savais que ma victime avait habitude de lire dans
son lit je savais aussi que sa chambre était petite et mal aérée mais
je ai pas besoin de vous fatiguer de détails oiseux je ne vous
raconterai pas les ruses faciles à aide desquelles je substituai dans
le bougeoir de sa chambre à coucher une bougie de ma composition à
celle que y trouvai le matin on trouva homme mort dans son lit et
le verdict du coroner fut mort par la visitation de dieu

héritai de sa fortune et tout alla pour le mieux pendant plusieurs
années idée une révélation entra pas une seule fois dans ma
cervelle quant aux restes de la fatale bougie je les avais
anéantis je avais pas laissé ombre un fil qui pût servir à me
convaincre ou même me faire soupçonner du crime on ne saurait concevoir
quel magnifique sentiment de satisfaction élevait dans mon sein quand
je réfléchissais sur mon absolue sécurité pendant une longue période de
temps je accoutumai à me délecter dans ce sentiment il me donnait un
plus réel plaisir que tous les bénéfices purement matériels résultant de
mon crime mais à la longue arriva une époque à partir de laquelle le
sentiment de plaisir se transforma par une gradation presque
imperceptible en une pensée qui me harassait elle me harassait parce
elle me hantait À peine pouvais en délivrer pour un instant
est une chose tout à fait ordinaire que avoir les oreilles
fatiguées ou plutôt la mémoire obsédée par une espèce de tintouin par
le refrain une chanson vulgaire ou par quelques lambeaux insignifiants
opéra et la torture ne sera pas moindre si la chanson est bonne en
elle ou si air opéra est estimable est ainsi à la fin je
me surprenais sans cesse rêvant à ma sécurité et répétant cette phrase
à voix basse je suis sauvé 

un jour tout en flânant dans les rues je me surpris moi à
murmurer presque à haute voix ces syllabes accoutumées dans un accès
de pétulance je les exprimais sous cette forme nouvelle je suis
sauvé —je suis sauvé —oui —pourvu que je ne sois pas assez sot pour
confesser moi mon cas 

À peine avais prononcé ces paroles que je sentis un froid de glace
filtrer à mon cœur avais acquis quelque expérience de ces
accès de perversité dont je ai pas sans peine expliqué la singulière
nature et je me rappelais fort bien que dans aucun cas je avais su
résister à ces victorieuses attaques et maintenant cette suggestion
fortuite venant de moi —que je pourrais bien être assez sot pour
confesser le meurtre dont je étais rendu coupable —me confrontait
comme ombre même de celui que ai assassiné —et appelait vers la
mort

abord je fis un effort pour secouer ce cauchemar de mon âme je
marchai vigoureusement —plus vite —toujours plus vite —à la longue je
courus éprouvais un désir enivrant de crier de toute ma force chaque
flot successif de ma pensée accablait une nouvelle terreur car
hélas je comprenais bien trop bien que penser dans ma situation
était me perdre accélérai encore ma course je bondissais comme un
fou à travers les rues encombrées de monde À la longue la populace
prit alarme et courut après moi je sentis alors la consommation de
ma destinée si avais pu arracher la langue je eusse fait —mais
une voix rude résonna dans mes oreilles —une main plus rude encore
empoigna par épaule je me retournai ouvris la bouche pour
aspirer pendant un moment éprouvai toutes les angoisses de la
suffocation je devins aveugle sourd ivre et alors quelque démon
invisible pensai me frappa dans le dos avec sa large main le
secret si longtemps emprisonné élança de mon âme

on dit que je parlai que je énonçai mais avec une
énergie marquée et une ardente précipitation comme si je craignais
être interrompu avant avoir achevé les phrases brèves mais grosses
importance qui me livraient au bourreau et à enfer

ayant relaté tout ce qui était nécessaire pour la pleine conviction de
la justice je tombai terrassé évanoui

mais pourquoi en dirais plus je porte ces chaînes et
suis ici demain je serai libre mais où







relativement à la et pourtant histoire que
je vais coucher par écrit je attends ni ne sollicite la créance
vraiment je serais fou de y attendre dans un cas où mes sens
rejettent leur propre témoignage cependant je ne suis pas
fou —et je ne rêve pas mais demain je meurs et
je voudrais décharger mon âme mon dessein immédiat est de
placer devant le monde clairement succinctement et sans commentaires
une série de simples événements domestiques dans leurs conséquences
ces événements ont terrifié ont torturé ont
anéanti —cependant je essaierai pas de les élucider pour moi ils
ne ont guère présenté que de horreur —à beaucoup de personnes ils
paraîtront moins terribles que baroques plus tard il se
trouvera une intelligence qui réduira mon fantôme à état de lieu
commun —quelque intelligence plus calme plus logique et beaucoup
moins excitable que la mienne qui ne trouvera dans les circonstances
que je raconte avec terreur une succession ordinaire de causes et
effets

dès mon enfance étais noté pour la docilité et humanité de mon
caractère ma tendresse de cœur était même si remarquable elle avait
fait de moi le jouet de mes camarades étais particulièrement fou des
animaux et mes parents avaient permis de posséder une grande variété
de favoris je passais presque tout mon temps avec eux et je étais
jamais si heureux que quand je les nourrissais et les caressais cette
particularité de mon caractère accrut avec ma croissance et quand je
devins homme en fis une de mes principales sources de plaisirs pour
ceux qui ont voué une affection à un chien fidèle et sagace je ai pas
besoin expliquer la nature ou intensité des jouissances on peut
en tirer il y a dans amour désintéressé une bête dans ce sacrifice
elle quelque chose qui va directement au cœur de celui qui a eu
fréquemment occasion de vérifier la chétive amitié et la fidélité de
gaze de homme naturel

je me mariai de bonne heure et je fus heureux de trouver dans ma femme
une disposition sympathique à la mienne observant mon goût pour ces
favoris domestiques elle ne perdit aucune occasion de me procurer ceux
de espèce la plus agréable nous eûmes des oiseaux un poisson doré
un beau chien des lapins un petit singe et un chat

ce dernier était un animal remarquablement fort et beau entièrement
noir et une sagacité merveilleuse en parlant de son intelligence ma
femme qui au fond était pas peu pénétrée de superstition faisait de
fréquentes allusions à ancienne croyance populaire qui regardait tous
les chats noirs comme des sorcières déguisées ce est pas elle fût
toujours sérieuse sur ce point —et si je mentionne la chose est
simplement parce que cela me revient en ce moment même à la mémoire

pluton était le nom du chat —était mon préféré mon camarade moi
seul je le nourrissais et il me suivait dans la maison partout où
allais ce était même pas sans peine que je parvenais à empêcher
de me suivre dans les rues

notre amitié subsista ainsi plusieurs années durant lesquelles
ensemble de mon caractère et de mon tempérament —par opération du
démon intempérance je rougis de le confesser —subit une altération
radicalement mauvaise je devins de jour en jour plus morne plus
irritable plus insoucieux des sentiments des autres je me permis
employer un langage brutal à égard de ma femme À la longue je lui
infligeai même des violences personnelles mes pauvres favoris
naturellement durent ressentir le changement de mon caractère
je les négligeais mais je les maltraitais quant à
pluton toutefois avais encore pour lui une considération suffisante
qui empêchait de le malmener tandis que je éprouvais aucun scrupule
à maltraiter les lapins le singe et même le chien quand par hasard ou
par amitié ils se jetaient dans mon chemin mais mon mal envahissait
de plus en plus —car quel mal est comparable à alcool —et à la
longue pluton lui qui maintenant se faisait vieux et qui
naturellement devenait quelque peu maussade —pluton lui commença à
connaître les effets de mon méchant caractère

une nuit comme je rentrais au logis au sortir un de mes
repaires habituels des faubourgs je imaginai que le chat évitait ma
présence je le saisis —mais lui effrayé de ma violence il me fit à
la main une légère blessure avec les dents une fureur de démon empara
soudainement de moi je ne me connus plus mon âme originelle sembla
tout un coup envoler de mon corps et une méchanceté
hyperdiabolique saturée de gin pénétra chaque fibre de mon être je
tirai de la poche de mon gilet un canif je ouvris je saisis la
pauvre bête par la gorge et délibérément je fis sauter un de ses yeux
de son orbite je rougis je brûle je frissonne en écrivant cette
damnable atrocité

quand la raison me revint avec le matin —quand eus cuvé les vapeurs
de ma débauche nocturne éprouvai un sentiment moitié horreur
moitié de remords pour le crime dont je étais rendu coupable mais
était tout au plus un faible et équivoque sentiment et âme en
subit pas les atteintes je me replongeai dans les excès et bientôt je
noyai dans le vin tout le souvenir de mon action

cependant le chat guérit lentement orbite de perdu présentait
il est vrai un aspect effrayant mais il en parut plus souffrir
désormais il allait et venait dans la maison selon son habitude mais
comme je devais y attendre il fuyait avec une extrême terreur à mon
approche il me restait assez de mon ancien cœur pour me sentir abord
affligé de cette évidente antipathie de la part une créature qui jadis
avait tant aimé mais ce sentiment fit bientôt place à irritation
et alors apparut comme pour ma chute finale et irrévocable esprit de
de cet esprit la philosophie ne tient aucun compte
cependant aussi sûr que mon âme existe je crois que la perversité est
une des primitives impulsions du cœur humain —une des indivisibles
premières facultés ou sentiments qui donnent la direction au caractère
de homme qui ne est pas surpris cent fois commettant une action
sotte ou vile par la seule raison il savait devoir ne pas la
commettre avons pas une perpétuelle inclination malgré
excellence de notre jugement à violer ce qui est la loi simplement
parce que nous comprenons que est la loi cet esprit de perversité
dis vint causer ma déroute finale est ce désir ardent insondable
de âme de se torturer —de violenter sa propre nature —de
faire le mal pour amour du mal seul —qui me poussait à continuer et
finalement consommer le supplice que avais infligé à la bête
inoffensive un matin de je glissai un nœud coulant autour
de son cou et je le pendis à la branche un arbre —je le pendis avec
des larmes plein mes yeux —avec le plus amer remords dans le cœur —je
le pendis parce que je savais il avait aimé et parce que je
sentais il ne avait donné aucun sujet de colère —je le pendis
parce que je savais en faisant ainsi je commettais un péché —un
péché mortel qui compromettait mon âme immortelle au point de la
placer —si une telle chose était possible —même au delà de la
miséricorde infinie du dieu et

dans la nuit qui suivit le jour où fut commise cette action cruelle je
fus tiré de mon sommeil par le cri au feu les rideaux de mon lit
étaient en flammes toute la maison flambait ce ne fut pas sans une
grande difficulté que nous échappâmes à incendie —ma femme un
domestique et moi la destruction fut complète toute ma fortune fut
engloutie et je abandonnai dès lors au désespoir

je ne cherche pas à établir une liaison de cause à effet entre
atrocité et le désastre je suis de cette faiblesse mais je
rends compte une chaîne de faits —et je ne veux pas négliger un seul
anneau le jour qui suivit incendie je visitai les ruines les
murailles étaient tombées une seule exceptée et cette seule exception
se trouva être une cloison intérieure peu épaisse située à peu près au
milieu de la maison et contre laquelle appuyait le chevet de mon lit
la maçonnerie avait ici en grande partie résisté à action du
feu —fait que attribuai à ce elle avait été récemment remise à
neuf autour de ce mur une foule épaisse était rassemblée et plusieurs
personnes paraissaient en examiner une portion particulière avec une
minutieuse et vive attention les mots Étrange singulier et autres
semblables expressions excitèrent ma curiosité je approchai et je
vis semblable à un sculpté sur la surface blanche la figure
un gigantesque chat image était rendue avec une exactitude
vraiment merveilleuse il y avait une corde autour du cou de animal

tout abord en voyant cette apparition —car je ne pouvais guère
considérer cela que comme une apparition —mon étonnement et ma terreur
furent extrêmes mais enfin la réflexion vint à mon aide le chat je
en souvenais avait été pendu dans un jardin adjacent à la maison aux
cris alarme ce jardin avait été immédiatement envahi par la foule et
animal avait dû être détaché de arbre par un et jeté dans ma
chambre à travers une fenêtre ouverte cela avait été fait sans doute
dans le but de arracher au sommeil la chute des autres murailles
avait comprimé la victime de ma cruauté dans la substance du plâtre
fraîchement étendu la chaux de ce mur combinée avec les flammes et
ammoniaque du cadavre avait ainsi opéré image telle que je la
voyais

quoique je satisfisse ainsi lestement ma raison sinon tout à fait ma
conscience relativement au fait surprenant que je viens de raconter il
en fit pas moins sur mon imagination une impression profonde pendant
plusieurs mois je ne pus me débarrasser du fantôme du chat et durant
cette période un revint dans mon âme qui paraissait
être mais qui était pas le remords allai à déplorer la perte
de animal et à chercher autour de moi dans les bouges méprisables
que maintenant je fréquentais habituellement un autre favori de la même
espèce et une figure à peu près semblable pour le suppléer

une nuit comme étais assis à moitié stupéfié dans un repaire plus
infâme mon attention fut soudainement attirée vers un objet noir
reposant sur le haut un des immenses tonneaux de gin ou de rhum qui
composaient le principal ameublement de la salle depuis quelques
minutes je regardais fixement le haut de ce tonneau et ce qui me
surprenait maintenant était de avoir pas encore aperçu objet situé
dessus je en approchai et je le touchai avec ma main était un
chat noir —un chat —au moins aussi gros que pluton lui
ressemblant absolument excepté en un point pluton avait pas un poil
blanc sur tout le corps celui portait une éclaboussure large et
blanche mais une forme indécise qui couvrait presque toute la région
de la poitrine

À peine eus touché il se leva subitement ronronna fortement se
frotta contre ma main et parut enchanté de mon attention était donc
là la vraie créature dont étais en quête offris tout de suite au
propriétaire de le lui acheter mais cet homme ne le revendiqua pas —ne
le connaissait pas— ne avait jamais vu auparavant

je continuai mes caresses et quand je me préparai à retourner chez
moi animal se montra disposé à accompagner je lui permis de le
faire me baissant de temps à autre et le caressant en marchant quand
il fut arrivé à la maison il y trouva comme chez lui et devint tout
de suite le grand ami de ma femme

pour ma part je sentis bientôt élever en moi une antipathie contre
lui était justement le contraire de ce que avais espéré mais —je
ne sais ni comment ni pourquoi cela eut lieu —son évidente tendresse
pour moi me dégoûtait presque et me fatiguait par de lents degrés ces
sentiments de dégoût et ennui élevèrent à amertume de la
haine évitais la créature une certaine sensation de honte et le
souvenir de mon premier acte de cruauté empêchèrent de la maltraiter
pendant quelques semaines je abstins de battre le chat ou de le
malmener violemment mais graduellement —insensiblement en vins à
le considérer avec une indicible horreur et à fuir silencieusement son
odieuse présence comme le souffle une peste

ce qui ajouta sans doute à ma haine contre animal fut la découverte
que je fis le matin après avoir amené à la maison que comme pluton
lui aussi avait été privé un de ses yeux cette circonstance
toutefois ne fit que le rendre plus cher à ma femme qui comme je ai
déjà dit possédait à un haut degré cette tendresse de sentiment qui
jadis avait été mon trait caractéristique et la source fréquente de mes
plaisirs les plus simples et les plus purs

néanmoins affection du chat pour moi paraissait accroître en raison
de mon aversion contre lui il suivait mes pas avec une opiniâtreté
il serait difficile de faire comprendre au lecteur chaque fois que
je asseyais il se blottissait sous ma chaise ou il sautait sur mes
genoux me couvrant de ses affreuses caresses si je me levais pour
marcher il se fourrait dans mes jambes et me jetait presque par terre
ou bien enfonçant ses griffes longues et aiguës dans mes habits
grimpait de cette manière à ma poitrine dans ces moments
quoique je désirasse le tuer un bon coup en étais empêché en
partie par le souvenir de mon premier crime mais principalement —je
dois le confesser tout de suite —par une véritable terreur de la
bête

cette terreur était pas positivement la terreur un mal physique —et
cependant je serais fort en peine de la définir autrement je suis
presque honteux avouer —oui même dans cette cellule de malfaiteur
je suis presque honteux avouer que la terreur et horreur que
inspirait animal avaient été accrues par une des plus parfaites
chimères il fût possible de concevoir ma femme avait appelé mon
attention plus une fois sur le caractère de la tache blanche dont ai
parlé et qui constituait unique différence visible entre étrange
bête et celle que avais tuée le lecteur se rappellera sans doute que
cette marque quoique grande était primitivement indéfinie dans sa
forme mais lentement par degrés —par des degrés imperceptibles et
que ma raison efforça longtemps de considérer comme imaginaires —elle
avait à la longue pris une rigoureuse netteté de contours elle était
maintenant image un objet que je frémis de nommer —et était là
surtout ce qui me faisait prendre le monstre en horreur et en dégoût et
aurait poussé à en délivrer si je avais osé était
maintenant dis image une hideuse une sinistre
chose image du —oh lugubre et terrible machine machine
horreur et de crime agonie et de mort

et maintenant étais en vérité misérable au delà de la misère
possible de humanité une bête brute —dont avais avec mépris
détruit le frère une bête brute engendrer pour moi —pour moi
homme façonné à image du dieu —une si grande et si
intolérable infortune hélas je ne connaissais plus la béatitude du
repos ni le jour ni la nuit durant le jour la créature ne me laissait
pas seul un moment et pendant la nuit à chaque instant quand je
sortais de mes rêves pleins une intraduisible angoisse était pour
sentir la tiède haleine de la chose sur mon visage et son immense
poids —incarnation un cauchemar que étais impuissant à
secouer —éternellement posé sur mon cœur

sous la pression de pareils tourments le peu de bon qui restait en moi
succomba de mauvaises pensées devinrent mes seules intimes —les plus
sombres et les plus mauvaises de toutes les pensées la tristesse de mon
humeur habituelle accrut à la haine de toutes choses et de toute
humanité cependant ma femme qui ne se plaignait jamais hélas était
mon ordinaire la plus patiente victime des soudaines
fréquentes et indomptables éruptions une furie à laquelle je
abandonnai dès lors aveuglément

un jour elle accompagna pour quelque besogne domestique dans la cave
du vieux bâtiment où notre pauvreté nous contraignait habiter le chat
me suivit sur les marches roides de escalier et ayant presque
culbuté la tête la première exaspéra à la folie levant une
hache et oubliant dans ma rage la peur puérile qui jusque avait
retenu ma main adressai à animal un coup qui eût été mortel il
avait porté comme je le voulais mais ce coup fut arrêté par la main de
ma femme cette intervention aiguillonna à une rage plus que
démoniaque je débarrassai mon bras de son étreinte et lui enfonçai ma
hache dans le crâne elle tomba morte sur la place sans pousser un
gémissement

cet horrible meurtre accompli je me mis immédiatement et
en mesure de cacher le corps je compris que je ne
pouvais pas le faire disparaître de la maison soit de jour soit de
nuit sans courir le danger être observé par les voisins plusieurs
projets traversèrent mon esprit un moment eus idée de couper le
cadavre par petits morceaux et de les détruire par le feu puis je
résolus de creuser une fosse dans le sol de la cave puis je pensai à
le jeter dans le puits de la cour —puis à emballer dans une caisse
comme marchandise avec les formes usitées et à charger un
commissionnaire de le porter hors de la maison finalement je arrêtai
à un expédient que je considérai comme le meilleur de tous je me
déterminai à le murer dans la cave —comme les moines du moyen âge
muraient dit leurs victimes

la cave était fort bien disposée pour un pareil dessein les murs
étaient construits négligemment et avaient été récemment enduits dans
toute leur étendue un gros plâtre que humidité de atmosphère avait
empêché de durcir de plus dans un des murs il y avait une saillie
causée par une fausse cheminée ou espèce âtre qui avait été comblée
et maçonnée dans le même genre que le reste de la cave je ne doutais
pas il ne me fût facile de déplacer les briques à cet endroit y
introduire le corps et de murer le tout de la même manière de sorte
aucun œil y pût rien découvrir de suspect

et je ne fus pas déçu dans mon calcul À aide une pince je délogeai
les briques et ayant soigneusement appliqué le corps
contre le mur intérieur je le soutins dans cette position à ce
que eusse rétabli sans trop de peine toute la maçonnerie dans son
état primitif étant procuré du mortier du sable et du poil avec
toutes les précautions imaginables je préparai un crépi qui ne pouvait
pas être distingué de ancien et en recouvris le
nouveau briquetage quand eus fini je vis avec satisfaction que tout
était pour le mieux le mur ne présentait pas la plus légère trace de
dérangement enlevai tous les gravats avec le plus grand soin
épluchai pour ainsi dire le sol je regardai triomphalement autour de
moi et me dis à moi ici au moins ma peine aura pas été
perdue

mon premier mouvement fut de chercher la bête qui avait été la cause
un si grand malheur car à la fin avais résolu fermement de la
mettre à mort si avais pu la rencontrer dans ce moment sa destinée
était claire mais il paraît que artificieux animal avait été alarmé
par la violence de ma récente colère et il prenait soin de ne pas se
montrer dans état actuel de mon humeur il est impossible de décrire
ou imaginer la profonde la béate sensation de soulagement que
absence de la détestable créature détermina dans mon cœur elle ne se
présenta pas de toute la nuit et ainsi ce fut la première bonne
nuit —depuis son introduction dans la maison —que je dormis solidement
et tranquillement oui je dormis avec le poids de ce meurtre sur
âme

le second et le troisième jour écoulèrent et cependant mon bourreau
ne vint pas une fois encore je respirai comme un homme libre le
monstre dans sa terreur avait vidé les lieux pour toujours je ne le
verrais donc plus jamais mon bonheur était suprême la criminalité de
ma ténébreuse action ne inquiétait que fort peu on avait bien fait
une espèce enquête mais elle était satisfaite à bon marché une
perquisition avait même été ordonnée —mais naturellement on ne pouvait
rien découvrir je regardais ma félicité à venir comme assurée

le quatrième jour depuis assassinat une troupe agents de police
vint à la maison et procéda de nouveau à une
rigoureuse investigation des lieux confiant néanmoins dans
impénétrabilité de la cachette je éprouvai aucun embarras les
officiers me firent les accompagner dans leur recherche ils ne
laissèrent pas un coin pas un angle inexploré À la fin pour la
troisième ou quatrième fois ils descendirent dans la cave pas un
muscle en moi ne tressaillit mon cœur battait paisiblement comme
celui un homme qui dort dans innocence arpentais la cave un
bout à autre je croisais mes bras sur ma poitrine et me promenais çà
et là avec aisance la police était pleinement satisfaite et se
préparait à décamper la jubilation de mon cœur était trop forte pour
être réprimée je brûlais de dire au moins un mot rien un mot en
manière de triomphe et de rendre deux fois plus convaincue leur
conviction de mon innocence

—gentlemen —dis à la fin —comme leur troupe remontait
escalier —je suis enchanté avoir apaisé vos soupçons je vous
souhaite à tous une bonne santé et un peu plus de courtoisie soit dit
en passant gentlemen voilà—voilà une maison singulièrement bien bâtie
dans mon désir enragé de dire quelque chose un air délibéré je
savais à peine ce que je débitais —je puis dire que est une maison
admirablement bien construite ces murs —est que vous partez
gentlemen —ces murs sont solidement maçonnés

et ici par une bravade frénétique je frappai fortement avec une canne
que avais à la main juste sur la partie du briquetage derrière
laquelle se tenait le cadavre de épouse de mon cœur

ah au moins dieu me protège et me délivre des griffes de
archidémon —À peine écho de mes coups était tombé dans le
silence une voix me répondit du fond de la tombe —une plainte
abord voilée et entrecoupée comme le sanglotement un enfant puis
bientôt enflant en un cri prolongé sonore et continu tout à fait
anormal et antihumain —un hurlement —un glapissement moitié horreur
et moitié triomphe —comme il en peut monter seulement de
enfer —affreuse harmonie jaillissant à la fois de la gorge des damnés
dans leurs tortures et des démons exultant dans la damnation

vous dire mes pensées ce serait folie je me sentis défaillir et je
chancelai contre le mur opposé pendant un moment les officiers placés
sur les marches restèrent immobiles stupéfiés par la terreur un
instant après une douzaine de bras robustes acharnaient sur le mur
il tomba tout une pièce le corps déjà grandement délabré et souillé
de sang grumelé se tenait droit devant les yeux des spectateurs sur sa
tête avec la gueule rouge dilatée et unique flamboyant était
perchée la hideuse bête dont astuce avait induit à assassinat et
dont la voix révélatrice avait livré au bourreau avais muré le
monstre dans la tombe






en dira que dira cette affreuse 
ce spectre qui marche dans mon chemin 
chamberlayne pharronida 


il me soit permis pour le moment de appeler william wilson la
page vierge étalée devant moi ne doit pas être souillée par mon
véritable nom ce nom a été que trop souvent un objet de mépris et
horreur —une abomination pour ma famille est que les vents
indignés ont pas ébruité jusque dans les plus lointaines régions du
globe son incomparable infamie oh de tous les proscrits le proscrit
le plus abandonné es pas mort à ce monde à jamais à ses
honneurs à ses fleurs à ses aspirations dorées —et un nuage épais
lugubre illimité est pas éternellement suspendu entre tes
espérances et le ciel

je ne voudrais pas quand même je le pourrais enfermer dans
ces pages le souvenir de mes dernières années ineffable misère et
irrémissible crime cette période récente de ma vie a soudainement
comporté une hauteur de turpitude dont je veux simplement déterminer
origine est là pour le moment mon seul but les hommes en général
deviennent vils par degrés mais moi toute vertu est détachée de moi
en une minute un seul coup comme un manteau une perversité
relativement ordinaire ai passé par une enjambée de géant à des
énormités plus héliogabaliques de raconter tout au
long quel hasard quel unique accident a amené cette malédiction la
mort approche et ombre qui la devance a jeté une influence
adoucissante sur mon cœur je soupire en passant à travers la sombre
vallée après la allais dire la pitié—de mes semblables
je voudrais leur persuader que ai été en quelque sorte esclave de
circonstances qui défiaient tout contrôle humain je désirerais ils
découvrissent pour moi dans les détails que je vais leur donner
quelque petite oasis de fatalité dans un saharah erreur je voudrais
ils accordassent —ce ils ne peuvent pas se refuser à
accorder —que bien que ce monde ait connu de grandes tentations
jamais homme a été ici tenté de cette façon —et certainement
a jamais succombé de cette façon est donc pour cela il a
jamais connu les mêmes souffrances en vérité ai pas vécu dans un
rêve est que je ne meurs pas victime de horreur et du mystère des
plus étranges de toutes les visions sublunaires

je suis le descendant une race qui est distinguée en tout temps par
un tempérament imaginatif et facilement excitable et ma première
enfance prouva que avais pleinement hérité du caractère de famille
quand avançai en âge ce caractère se dessina plus fortement il
devint pour mille raisons une cause inquiétude sérieuse pour mes
amis et de préjudice positif pour je devins volontaire
adonné aux plus sauvages caprices je fus la proie des plus indomptables
passions mes parents qui étaient un esprit faible et que
tourmentaient des défauts constitutionnels de même nature ne pouvaient
pas faire pour arrêter les tendances mauvaises qui me
distinguaient il y eut de leur côté quelques tentatives faibles mal
dirigées qui échouèrent complètement et qui tournèrent pour moi en
triomphe complet À partir de ce moment ma voix fut une loi domestique
et à un âge où peu enfants ont quitté leurs lisières je fus
abandonné à mon libre arbitre et devins le maître de toutes mes
actions —excepté de nom

mes premières impressions de la vie écolier sont liées à une vaste et
extravagante maison du style Élisabeth dans un sombre village
angleterre décoré de nombreux arbres gigantesques et noueux et dont
toutes les maisons étaient excessivement anciennes en vérité était
un lieu semblable à un rêve et bien fait pour charmer esprit que cette
vénérable vieille ville en ce moment même je sens en imagination le
frisson rafraîchissant de ses avenues profondément ombreuses je respire
émanation de ses mille taillis et je tressaille encore avec une
indéfinissable volupté à la note profonde et sourde de la cloche
déchirant à chaque heure de son rugissement soudain et morose la
quiétude de atmosphère brune dans laquelle enfonçait et endormait
le clocher gothique tout dentelé

je trouve autant de plaisir il est donné en éprouver
maintenant à appesantir sur ces minutieux souvenirs de école et de
ses rêveries plongé dans le malheur comme je le suis —malheur hélas
qui est que trop réel —on me pardonnera de chercher un soulagement
bien léger et bien court dans ces puérils et divagants détails
ailleurs quoique absolument vulgaires et risibles en ils
prennent dans mon imagination une importance circonstancielle à cause
de leur intime connexion avec les lieux et époque où je distingue
maintenant les premiers avertissements ambigus de la destinée qui
depuis lors a si profondément enveloppé de son ombre donc
me souvenir

la maison je ai dit était vieille et irrégulière les terrains
étaient vastes et un haut et solide mur de briques couronné une
couche de mortier et de verre cassé en faisait le circuit ce rempart
digne une prison formait la limite de notre domaine nos regards
allaient au delà que trois fois par semaine —une fois chaque samedi
dans quand accompagnés de deux maîtres étude on nous
permettait de faire de courtes promenades en commun à travers la
campagne voisine et deux fois le dimanche quand nous allions avec la
régularité des troupes à la parade assister aux offices du soir et du
matin dans unique église du village le principal de notre école était
pasteur de cette église avec quel profond sentiment admiration et de
perplexité avais coutume de le contempler de notre banc relégué dans
la tribune quand il montait en chaire un pas solennel et lent ce
personnage vénérable avec ce visage si modeste et si bénin avec une
robe si bien lustrée et si cléricalement ondoyante avec une perruque si
minutieusement poudrée si roide et si vaste pouvait être le même
homme qui tout à heure avec un visage aigre et dans des vêtements
souillés de tabac faisait exécuter férule en main les lois
draconiennes de école oh gigantesque paradoxe dont la monstruosité
exclut toute solution

dans un angle du mur massif rechignait une porte plus massive encore
solidement fermée garnie de verrous et surmontée un buisson de
ferrailles denticulées quels sentiments profonds de crainte elle
inspirait elle ne ouvrait jamais que pour les trois sorties et
rentrées périodiques dont ai déjà parlé alors dans chaque craquement
de ses gonds puissants nous trouvions une plénitude de mystère —tout un
monde observations solennelles ou de méditations plus solennelles
encore

le vaste enclos était une forme irrégulière et divisé en plusieurs
parties dont trois ou quatre des plus grandes constituaient la cour de
récréation elle était aplanie et recouverte un sable menu et rude je
me rappelle bien elle ne contenait ni arbres ni bancs ni quoi que ce
soit analogue naturellement elle était située derrière la maison
devant la façade étendait un petit parterre planté de buis et
autres arbustes mais nous ne traversions cette oasis sacrée que dans
de bien rares occasions telles que la première arrivée à école ou le
départ définitif ou quand un ami un parent nous ayant fait
appeler nous prenions joyeusement notre course vers le logis paternel
aux vacances de noël ou de la

mais la maison —quelle curieuse vieille bâtisse cela faisait —pour
moi quel véritable palais enchantements il y avait réellement pas
de fin à ses détours —à ses incompréhensibles subdivisions il était
difficile à importe quel moment donné de dire avec certitude si on
se trouvait au premier ou au second étage une pièce à autre on
était toujours sûr de trouver trois ou quatre marches à monter ou à
descendre puis les subdivisions latérales étaient innombrables
inconcevables tournaient et retournaient si bien sur que
nos idées les plus exactes relativement à ensemble du bâtiment
étaient pas de celles à travers lesquelles nous
envisageons infini durant les cinq ans de ma résidence je ai
jamais été capable de déterminer avec précision dans quelle localité
lointaine était situé le petit dortoir qui était assigné en commun
avec ou vingt autres écoliers

la salle études était la plus vaste de toute la maison—et même du
monde entier du moins je ne pouvais empêcher de la voir ainsi elle
était et lugubrement basse avec des fenêtres
en ogive et un plafond en chêne dans un angle éloigné où émanait la
terreur était une enceinte carrée de huit ou dix pieds représentant le
sanctum de notre principal le révérend docteur bransby durant les
heures étude était une solide construction avec une porte massive
plutôt que de ouvrir en absence du dominie nous aurions tous
préféré mourir de la peine forte et dure À deux autres angles étaient
deux autres loges analogues objets une vénération beaucoup moins
grande il est vrai mais toutefois une terreur assez considérable
une la chaire du maître humanités autre du maître anglais et
de mathématiques Éparpillés à travers la salle innombrables bancs et
des pupitres effroyablement chargés de livres maculés par les doigts
se croisaient dans une irrégularité sans fin —noirs anciens ravagés
par le temps et si bien cicatrisés de lettres initiales de noms
entiers de figures grotesques et autres nombreux du
couteau ils avaient entièrement perdu le peu de forme originelle qui
leur avait été réparti dans les jours À une extrémité de
la salle se trouvait un énorme seau plein eau et à autre une
horloge une dimension prodigieuse

enfermé dans les murs massifs de cette vénérable école je passai
toutefois sans ennui et sans dégoût les années du troisième lustre de ma
vie le cerveau fécond de enfance exige pas un monde extérieur
incidents pour occuper ou amuser et la monotonie en apparence
lugubre de école abondait en excitations plus intenses que toutes
celles que ma jeunesse plus mûre a demandées à la volupté ou ma
virilité au crime toutefois je dois croire que mon premier
développement intellectuel fut en grande partie peu ordinaire et même
déréglé en général les événements de existence enfantine ne laissent
pas sur humanité arrivée à âge mûr une impression bien définie
tout est ombre grise débile et irrégulier souvenir fouillis confus de
faibles plaisirs et de peines fantasmagoriques pour moi il en est pas
ainsi il faut que aie senti dans mon enfance avec énergie un
homme fait tout ce que je trouve encore frappé sur ma
mémoire en lignes aussi vivantes aussi profondes et aussi durables que
les exergues des médailles carthaginoises

et cependant dans le fait —au point de vue ordinaire du monde il
y avait là peu de choses pour le souvenir le réveil du matin ordre
du coucher les leçons à apprendre les récitations les
périodiques et les promenades la cour de récréation avec ses querelles
ses ses intrigues —tout cela par une magie psychique
disparue contenait en soi un débordement de sensations un monde riche
incidents un univers émotions variées et excitations des plus
passionnées et des plus enivrantes oh le bon temps que ce siècle de
fer 

en réalité ma nature ardente enthousiaste impérieuse fit bientôt de
moi un caractère marqué parmi mes camarades et peu à peu tout
naturellement me donna un ascendant sur tous ceux qui étaient guère
plus âgés que moi —sur tous un seul excepté était un élève qui
sans aucune parenté avec moi portait le même nom de baptême et le même
nom de famille —circonstance peu remarquable en soi —car le mien
malgré la noblesse de mon origine était une de ces appellations
vulgaires qui semblent avoir été de temps immémorial par droit de
prescription la propriété commune de la foule dans ce récit je me
suis donc donné le nom de william wilson —nom fictif qui est pas
du vrai mon homonyme seul parmi ceux qui selon la langue
de école composaient notre classe osait rivaliser avec moi dans
les études de école —dans les jeux et les disputes de la
récréation —refuser une créance aveugle à mes assertions et une
soumission complète à ma volonté —en somme contrarier ma dictature
dans tous les cas possibles si jamais il y eut sur la terre un
despotisme suprême et sans réserve est le despotisme un enfant de
génie sur les âmes moins énergiques de ses camarades

la rébellion de wilson était pour moi la source du plus grand embarras
autant plus en dépit de la bravade avec laquelle je me faisais un
devoir de le traiter publiquement lui et ses prétentions je sentais au
fond que je le craignais et je ne pouvais empêcher de considérer
égalité il maintenait si facilement de moi comme la
preuve une vraie supériorité —puisque était de ma part un effort
perpétuel pour être pas dominé cependant cette supériorité ou
plutôt cette égalité était vraiment reconnue que par moi seul nos
camarades par un inexplicable aveuglement ne paraissaient même pas la
soupçonner et vraiment sa rivalité sa résistance et particulièrement
son impertinente et hargneuse intervention dans tous mes desseins ne
visaient pas au delà une intention privée il paraissait également
dépourvu de ambition qui me poussait à dominer et de énergie
passionnée qui en donnait les moyens on aurait pu le croire dans
cette rivalité dirigé uniquement par un désir fantasque de me
contrecarrer de étonner de me mortifier bien il y eût des cas où
je ne pouvais empêcher de remarquer avec un sentiment confus
ébahissement humiliation et de colère il mêlait à ses outrages
à ses impertinences et à ses contradictions de certains airs
affectuosité les plus intempestifs et assurément les plus
déplaisants du monde je ne pouvais me rendre compte une si étrange
conduite en la supposant le résultat une parfaite suffisance se
permettant le ton vulgaire du patronage et de la protection

était ce dernier trait dans la conduite de wilson qui
joint à notre homonymie et au fait purement accidentel de notre entrée
simultanée à école répandit parmi nos condisciples des classes
supérieures opinion que nous étions frères habituellement ils ne
enquièrent pas avec beaucoup exactitude des affaires des plus
jeunes ai déjà dit ou aurais dû dire que wilson était pas même
au degré le plus éloigné apparenté avec ma famille mais assurément si
nous avions été frères nous aurions été jumeaux car après avoir
quitté la maison du docteur bransby ai appris par hasard que mon
homonyme était né le janvier —et est là une coïncidence assez
remarquable car ce jour est précisément celui de ma naissance

il peut paraître étrange en dépit de la continuelle anxiété que me
causait la rivalité de wilson et son insupportable esprit de
contradiction je ne fusse pas porté à le haïr absolument nous avions
à coup sûr presque tous les jours une querelle dans laquelle
accordant publiquement la palme de la victoire il efforçait en
quelque façon de me faire sentir que était lui qui avait méritée
cependant un sentiment orgueil de ma part et de la sienne une
véritable dignité nous maintenaient toujours dans des termes de stricte
convenance pendant il y avait des points assez nombreux de
conformité dans nos caractères pour éveiller en moi un sentiment que
notre situation respective empêchait seule de mûrir en amitié
il est difficile en vérité de définir ou même de décrire mes vrais
sentiments à son égard ils formaient un amalgame bigarré et
hétérogène —une animosité pétulante qui était pas encore de la haine
de estime encore plus de respect beaucoup de crainte et une immense
et inquiète curiosité il est superflu ajouter pour le moraliste que
wilson et moi nous étions les plus inséparables des camarades

ce fut sans doute anomalie et ambiguïté de nos relations qui
coulèrent toutes mes attaques contre lui—et franches ou dissimulées
elles étaient nombreuses —dans le moule de ironie et de la charge la
bouffonnerie ne fait pas excellentes blessures plutôt en
une hostilité plus sérieuse et plus déterminée mais mes efforts sur ce
point obtenaient pas régulièrement un parfait triomphe même quand mes
plans étaient le plus ingénieusement machinés car mon homonyme avait
dans son caractère beaucoup de cette austérité pleine de réserve et de
calme qui tout en jouissant de la morsure de ses propres railleries
ne montre jamais le talon achille et se dérobe absolument au ridicule
je ne pouvais trouver en lui un seul point vulnérable et était
dans un détail physique qui venant une infirmité
constitutionnelle aurait été épargné par tout antagoniste moins acharné
à ses fins que je ne étais —mon rival avait une faiblesse dans
appareil vocal qui empêchait de jamais élever la voix
un chuchotement je ne manquais pas de tirer de cette
imperfection tout le pauvre avantage qui était en mon pouvoir

les représailles de wilson étaient de plus une sorte et il avait
particulièrement un genre de malice qui me troublait outre mesure
comment eut dans le principe la sagacité de découvrir une chose
aussi minime pouvait me vexer est une question que je ai jamais pu
résoudre mais une fois il eut découvert il pratiqua opiniâtrement
cette torture je étais toujours senti de aversion pour mon
malheureux nom de famille si inélégant et pour mon prénom si trivial
sinon tout à fait plébéien ces syllabes étaient un poison pour mes
oreilles et quand le jour même de mon arrivée un second william
wilson se présenta dans école je lui en voulus de porter ce nom et
je me dégoûtai doublement du nom parce un étranger le portait —un
étranger qui serait cause que je entendrais prononcer deux fois plus
souvent —qui serait constamment en ma présence et dont les affaires
dans le ordinaire des choses de collège seraient souvent et
inévitablement en raison de cette détestable coïncidence confondues
avec les miennes

le sentiment irritation créé par cet incident devint plus vif à chaque
circonstance qui tendait à mettre en lumière toute ressemblance morale
ou physique entre mon rival et moi je avais pas encore découvert ce
fait de parité dans notre âge mais je voyais que nous
étions de la même taille et je apercevais que nous avions même une
singulière ressemblance dans notre physionomie générale et dans nos
traits étais également exaspéré par le bruit qui courait sur notre
parenté et qui avait généralement crédit dans les classes
supérieures —en un mot rien ne pouvait plus sérieusement me troubler
quoique je cachasse avec le plus grand soin tout symptôme de ce
trouble une allusion quelconque à une similitude entre nous
relative à esprit à la personne ou à la naissance mais vraiment je
avais aucune raison de croire que cette similitude à exception du
fait de la parenté et de tout ce que savait voir wilson lui eût
jamais été un sujet de commentaires ou même remarquée par nos camarades
de classe que lui il observât sous toutes ses faces et avec
autant attention que moi cela était clair mais il eût pu
découvrir dans de pareilles circonstances une mine si riche de
contrariétés je ne peux attribuer comme je ai déjà dit à sa
pénétration plus ordinaire

il me donnait la réplique avec une parfaite imitation de
moi —gestes et paroles —et il jouait admirablement son rôle mon
costume était chose facile à copier ma démarche et mon allure générale
il se les était appropriées sans difficulté en dépit de son défaut
constitutionnel ma voix elle ne lui avait pas échappé
naturellement il essayait pas les tons élevés mais la clef était
identique et sa voix pourvu il parlât bas devenait le parfait
écho de la mienne 

À quel point ce curieux portrait car je puis ne pas appeler
proprement une caricature me tourmentait je entreprendrai pas de le
dire je avais une consolation était que imitation à ce
il me semblait était remarquée que par moi seul et que avais
simplement à endurer les sourires mystérieux et étrangement sarcastiques
de mon homonyme satisfait avoir produit sur mon cœur effet voulu
il semblait épanouir en secret sur la piqûre il avait infligée et
se montrer singulièrement dédaigneux des applaudissements publics que le
succès de son ingéniosité lui aurait si facilement conquis comment nos
camarades ne devinaient pas son dessein en voyaient pas la
mise en œuvre et ne partageaient pas sa joie moqueuse ce fut
pendant plusieurs mois inquiétude une énigme insoluble pour moi
la lenteur graduée de son imitation la rendit moins
voyante ou plutôt devais ma sécurité à air de maîtrise que
prenait si bien le copiste qui dédaignait la lettre —tout ce que les
esprits obtus peuvent saisir dans une peinture —et ne donnait que le
parfait esprit de original pour ma plus grande admiration et mon plus
grand chagrin personnel

ai déjà parlé plusieurs fois de air navrant de protection il
avait pris de moi et de sa fréquente et officieuse
intervention dans mes volontés cette intervention prenait souvent le
caractère déplaisant un avis avis qui était pas donné ouvertement
mais suggéré —insinué je le recevais avec une répugnance qui prenait
de la force à mesure que je prenais de âge cependant à cette époque
déjà lointaine je veux lui rendre cette stricte justice de reconnaître
que je ne me rappelle pas un seul cas où les suggestions de mon rival
aient participé à ce caractère erreur et de folie si naturel dans son
âge généralement dénué de maturité et expérience —que son sens
moral sinon ses talents et sa prudence mondaine était beaucoup plus
fin que le mien et que je serais un homme meilleur et
conséquemment plus heureux si avais rejeté moins souvent les conseils
inclus dans ces chuchotements significatifs qui ne inspiraient alors
une haine si cordiale et un mépris si amer

aussi je devins à la longue excessivement rebelle à son odieuse
surveillance et je détestai chaque jour plus ouvertement ce que je
considérais comme une intolérable arrogance ai dit que dans les
premières années de notre camaraderie mes sentiments de lui
auraient facilement tourné en amitié mais pendant les derniers mois de
mon séjour à école quoique importunité de ses façons habituelles
fût sans doute bien diminuée mes sentiments dans une proportion
presque semblable avaient incliné vers la haine positive dans une
certaine circonstance il le vit bien je présume et dès lors il
évita ou affecta de éviter

ce fut à peu près vers la même époque si ai bonne mémoire que dans
une altercation violente que eus avec lui où il avait perdu de sa
réserve habituelle et parlait et agissait avec un presque
étranger à sa nature je découvris ou imaginai découvrir dans son
accent dans son air dans sa physionomie générale quelque chose qui
abord me fit tressaillir puis intéressa profondément en apportant
à mon esprit des visions obscures de ma première enfance —des souvenirs
étranges confus pressés un temps où ma mémoire était pas encore
née je ne saurais mieux définir la sensation qui oppressait en
disant il était difficile de me débarrasser de idée que avais
déjà connu être placé devant moi à une époque —dans un
passé même extrêmement reculé cette illusion toutefois évanouit aussi
rapidement elle était venue et je en tiens note que pour marquer
le jour du dernier entretien que eus avec mon singulier homonyme

la vieille et vaste maison dans ses innombrables subdivisions
comprenait plusieurs grandes chambres qui communiquaient entre elles et
servaient de dortoirs au plus grand nombre des élèves il y avait
néanmoins comme cela devait arriver nécessairement dans un bâtiment
aussi malencontreusement dessiné une foule de coins et de recoins —les
rognures et les bouts de la construction et ingéniosité économique du
docteur bransby les avait également transformés en dortoirs mais comme
ce étaient que de simples cabinets ils ne pouvaient servir à un
seul individu une de ces petites chambres était occupée par wilson

une nuit vers la fin de ma cinquième année à école et immédiatement
après altercation dont ai parlé profitant de ce que tout le monde
était plongé dans le sommeil je me levai de mon lit et une lampe à la
main je me glissai à travers un labyrinthe étroits passages de ma
chambre à coucher vers celle de mon rival avais longuement machiné à
ses dépens une de ces méchantes charges une de ces malices dans
lesquelles avais si complètement échoué alors avais idée de
mettre dès lors mon plan à exécution et je résolus de lui faire sentir
toute la force de la méchanceté dont étais rempli arrivai à
son cabinet entrai sans faire de bruit laissant ma lampe à la porte
avec un dessus avançai un pas et écoutai le bruit de
sa respiration paisible certain il était bien endormi je retournai
à la porte je pris ma lampe et je approchai de nouveau du lit les
rideaux étaient fermés je les ouvris doucement et lentement pour
exécution de mon projet mais une lumière vive tomba en plein sur le
dormeur et en même temps mes yeux arrêtèrent sur sa physionomie je
regardai —et un engourdissement une sensation de glace pénétrèrent
instantanément tout mon être mon cœur palpita mes genoux vacillèrent
toute mon âme fut prise une horreur intolérable et inexplicable je
respirai convulsivement abaissai la lampe encore plus près de sa
face Étaient —étaient bien là les traits de william wilson je
voyais bien que étaient les siens mais je tremblais comme pris un
accès de fièvre en imaginant que ce étaient pas les siens y
avait donc en eux qui pût me confondre à ce point je le
contemplais —et ma cervelle tournait sous action de mille pensées
incohérentes il ne apparaissait pas ainsi —non certes il ne
apparaissait pas tel aux heures actives où il était éveillé le
même nom les mêmes traits entrés le même jour à école et puis
cette hargneuse et inexplicable imitation de ma démarche de ma voix de
mon costume et de mes manières Était en vérité dans les limites du
possible humain que ce que je voyais maintenant fût le simple
résultat de cette habitude imitation sarcastique frappé effroi
pris de frisson éteignis ma lampe je sortis silencieusement de la
chambre et quittai une bonne fois enceinte de cette vieille école
pour y jamais revenir

après un laps de quelques mois que je passai chez mes parents dans la
pure fainéantise je fus placé au collège eton ce court intervalle
avait été suffisant pour affaiblir en moi le souvenir des événements de
école bransby ou au moins pour opérer un changement notable dans la
nature des sentiments que ces souvenirs inspiraient la réalité le
côté tragique du drame existait plus je trouvais maintenant quelques
motifs pour douter du témoignage de mes sens et je me rappelais
rarement aventure sans admirer où peut aller la crédulité
humaine et sans sourire de la force prodigieuse imagination que je
tenais de ma famille or la vie que je menais à eton était guère de
nature à diminuer cette espèce de scepticisme le tourbillon de folie où
je me plongeai immédiatement et sans réflexion balaya tout excepté
écume de mes heures passées absorba un seul coup toute impression
solide et sérieuse et ne laissa absolument dans mon souvenir que les
étourderies de mon existence précédente

je ai pas intention toutefois de tracer ici le cours de mes
misérables dérèglements —dérèglements qui défiaient toute loi et
éludaient toute surveillance trois années de folie dépensées sans
profit avaient pu me donner que des habitudes de vice enracinées et
avaient accru une manière presque anormale mon développement physique
un jour après une semaine entière de dissipation abrutissante
invitai une société étudiants des plus dissolus à une orgie secrète
dans ma chambre nous nous réunîmes à une heure avancée de la nuit car
notre débauche devait se prolonger religieusement au matin le vin
coulait librement et autres séductions plus dangereuses
avaient pas été négligées si bien que comme aube pâlissait le ciel
à orient notre délire et nos extravagances étaient à leur apogée
furieusement enflammé par les cartes et par ivresse je obstinais à
porter un toast étrangement indécent quand mon attention fut
soudainement distraite par une porte on entrebâilla vivement et par
la voix précipitée un domestique il me dit une personne qui avait
air fort pressée demandait à me parler dans le vestibule

singulièrement excité par le vin cette interruption inattendue me causa
plus de plaisir que de surprise je me précipitai en chancelant et en
quelques pas je fus dans le vestibule de la maison dans cette salle
basse et étroite il y avait aucune lampe et elle ne recevait autre
lumière que celle de aube excessivement faible qui se glissait à
travers la fenêtre cintrée en mettant le pied sur le seuil je
distinguai la personne un jeune homme de ma taille à peu près et
vêtu une robe de chambre de casimir blanc coupée à la nouvelle mode
comme celle que je portais en ce moment cette faible lueur me permit de
voir tout cela mais les traits de la face je ne pus les distinguer À
peine fus entré il se précipita vers moi et me saisissant par le
bras avec un geste impératif impatience me chuchota à oreille ces
mots william wilson

en une seconde je fus dégrisé

il y avait dans la manière de étranger dans le tremblement nerveux de
son doigt il tenait levé entre mes yeux et la lumière quelque chose
qui me remplit un complet étonnement mais ce était pas là ce qui
avait si violemment ému était importance la solennité
admonition contenue dans cette parole singulière basse sifflante
et tout le caractère le ton la clef de ces quelques
syllabes simples familières et toutefois mystérieusement
chuchotées qui vinrent avec mille souvenirs accumulés des jours
passés abattre sur mon âme comme une décharge de pile voltaïque
avant que eusse pu recouvrer mes sens il avait disparu

quoique cet événement eût à coup sûr produit un effet sur mon
imagination déréglée cependant cet effet si vif alla bientôt
évanouissant pendant plusieurs semaines à la vérité tantôt je me
livrai à investigation la plus sérieuse tantôt je restai enveloppé
un nuage de méditation morbide je essayai pas de me dissimuler
identité du singulier individu qui immisçait si opiniâtrement dans
mes affaires et me fatiguait de ses conseils officieux mais qui était
mais était ce wilson —et où venait —et quel était son but sur
aucun de ces points je ne pus me satisfaire —je constatai seulement
relativement à lui un accident soudain dans sa famille lui avait
fait quitter école du docteur bransby dans du jour où je
étais enfui mais après un certain temps je cessai y rêver et mon
attention fut tout absorbée par un départ projeté pour oxford en
vins bientôt —la vanité prodigue de mes parents me permettant de mener
un train coûteux et de me livrer à mon gré au luxe déjà si cher à mon
cœur —à rivaliser en prodigalités avec les plus superbes héritiers des
plus riches comtés de la

encouragé au vice par de pareils moyens ma nature éclata avec une
ardeur double et dans le fol enivrement de mes débauches je foulai
aux pieds les vulgaires entraves de la décence mais il serait absurde
de appesantir sur le détail de mes extravagances il suffira de dire
que je dépassai hérode en dissipations et que donnant un nom à une
multitude de folies nouvelles ajoutai un copieux appendice au long
catalogue des vices qui régnaient alors dans université la plus
dissolue de europe

il paraîtra difficile à croire que je fusse tellement déchu du rang de
gentilhomme que je cherchasse à me familiariser avec les artifices les
plus vils du joueur de profession et devenu un adepte de cette science
misérable que je la pratiquasse habituellement comme moyen accroître
mon revenu déjà énorme aux dépens de ceux de mes camarades dont
esprit était le plus faible et cependant tel était le fait et
énormité même de cet attentat contre tous les sentiments de dignité et
honneur était évidemment la principale sinon la seule raison de mon
impunité qui donc parmi mes camarades les plus dépravés aurait pas
contredit le plus clair témoignage de ses sens plutôt que de soupçonner
une pareille conduite le joyeux le franc le généreux william
wilson —le plus noble et le plus libéral compagnon oxford —celui
dont les folies disaient ses parasites étaient que les folies une
jeunesse et une imagination sans frein —dont les erreurs étaient
que inimitables caprices —les vices les plus noirs une insoucieuse
et superbe extravagance

avais déjà rempli deux années de cette joyeuse façon quand arriva à
université un jeune homme de fraîche noblesse —un nommé
glendinning —riche disait la voix publique comme hérodès atticus et
à qui sa richesse avait pas coûté plus de peine je découvris bien
vite il était une intelligence faible et naturellement je le
marquai comme une excellente victime de mes talents je engageai
fréquemment à jouer et appliquai avec la ruse habituelle du joueur
à lui laisser gagner des sommes considérables pour enlacer plus
efficacement dans mes filets enfin mon plan étant bien mûri je me
rencontrai avec lui —dans intention bien arrêtée en finir —chez un
de nos camarades preston également lié avec nous deux mais
qui —je dois lui rendre cette justice avait pas le moindre soupçon
de mon dessein pour donner à tout cela une meilleure couleur avais
eu soin inviter une société de huit ou dix personnes et je étais
particulièrement appliqué à ce que introduction des cartes parût tout
à fait accidentelle et eût lieu que sur la proposition de la dupe que
avais en vue pour abréger en un sujet aussi vil je ne négligeai
aucune des basses finesses si banalement pratiquées en pareille
occasion que est merveille il y ait toujours des gens assez sots
pour en être les victimes

nous avions prolongé notre veillée assez avant dans la nuit quand
opérai enfin de manière à prendre glendinning pour mon unique
adversaire le jeu était mon jeu favori écarté les autres personnes
de la société intéressées par les proportions grandioses de notre jeu
avaient laissé leurs cartes et faisaient galerie autour de nous notre
parvenu que avais adroitement poussé dans la première partie de la
soirée à boire richement mêlait donnait et jouait une manière
étrangement nerveuse dans laquelle son ivresse pensais était pour
quelque chose mais elle expliquait pas entièrement en de
temps il était devenu mon débiteur pour une forte somme quand ayant
avalé une longue rasade oporto il fit juste ce que avais froidement
prévu —il proposa de doubler notre enjeu déjà fort extravagant avec
une heureuse affectation de résistance et seulement après que mon refus
réitéré eût entraîné à des paroles aigres qui donnèrent à mon
consentement apparence une pique finalement je exécutai le
résultat fut ce il devait être la proie était complètement
empêtrée dans mes filets en moins une heure il avait quadruplé sa
dette depuis quelque temps sa physionomie avait perdu le teint fleuri
que lui prêtait le vin mais alors je aperçus avec étonnement elle
était arrivée à une pâleur vraiment terrible je dis avec étonnement
car avais pris sur glendinning de soigneuses informations on me
avait représenté comme immensément riche et les sommes il avait
perdues ici quoique réellement fortes ne pouvaient pas —je le
supposais du moins —le tracasser encore moins
affecter une manière aussi violente idée qui se présenta le plus
naturellement à mon esprit fut il était bouleversé par le vin il
venait de boire et dans le but de sauvegarder mon caractère aux yeux de
mes camarades plutôt que par un motif de désintéressement allais
insister péremptoirement pour interrompre le jeu quand quelques mots
prononcés à côté de moi parmi les personnes présentes et une
exclamation de glendinning qui témoignait du plus complet désespoir me
firent comprendre que avais opéré sa ruine totale dans des conditions
qui avaient fait de lui un objet de pitié pour tous et auraient
protégé même contre les mauvais offices un démon

quelle conduite eussé adoptée dans cette circonstance il me serait
difficile de le dire la déplorable situation de ma dupe avait jeté sur
tout le monde un air de gêne et de tristesse et il régna un silence
profond de quelques minutes pendant lequel je sentais en dépit de moi
mes joues fourmiller sous les regards brûlants de mépris et de reproche
que adressaient les moins endurcis de la société avouerai même que
mon cœur se trouva momentanément déchargé un intolérable poids
angoisse par la soudaine et extraordinaire interruption qui suivit
les lourds battants de la porte de la chambre ouvrirent tout grands
un seul coup avec une impétuosité si vigoureuse et si violente que
toutes les bougies éteignirent comme par enchantement mais la lumière
mourante me permit apercevoir un étranger était introduit —un
homme de ma taille à peu près et étroitement enveloppé un manteau
cependant les ténèbres étaient maintenant complètes et nous pouvions
seulement sentir il se tenait au milieu de nous avant aucun de
nous fût revenu de excessif étonnement où nous avait tous jetés cette
violence nous entendîmes la voix de intrus

—gentlemen —dit une voix mais distincte une
voix inoubliable qui pénétra la moelle de mes os —gentlemen je ne
cherche pas à excuser ma conduite parce en me conduisant ainsi je
ne fais accomplir un devoir vous êtes sans doute pas au fait du
vrai caractère de la personne qui a gagné cette nuit une somme énorme à
écarté à lord glendinning je vais donc vous proposer un moyen
expéditif et décisif pour vous procurer ces
renseignements examinez je vous prie tout à votre aise la doublure
du parement de sa manche gauche et les quelques petits paquets que on
trouvera dans les poches passablement vastes de sa robe de chambre
brodée

pendant il parlait le silence était si profond on aurait entendu
tomber une épingle sur le tapis quand il eut fini il partit tout un
coup aussi brusquement il était entré puis décrire décrirai
mes sensations faut dire que je sentis toutes les horreurs du damné
avais certainement peu de temps pour la réflexion plusieurs bras
empoignèrent rudement et on se procura immédiatement de la lumière
une perquisition suivit dans la doublure de ma manche on trouva toutes
les figures essentielles de écarté et dans les poches de ma robe de
chambre un certain nombre de jeux de cartes exactement semblables à ceux
dont nous nous servions dans nos réunions à exception que les miennes
étaient de celles on appelle proprement arrondies les honneurs
étant convexes sur les petits côtés et les basses
cartes imperceptiblement convexes sur les grands grâce à cette
disposition la dupe qui coupe comme habitude dans la longueur du
paquet coupe invariablement de manière à donner un honneur à son
adversaire tandis que le grec en coupant dans la largeur ne donnera
jamais à sa victime rien elle puisse marquer à son avantage

une tempête indignation aurait moins affecté que le silence
méprisant et le calme sarcastique qui accueillirent cette découverte

—monsieur wilson —dit notre hôte en se baissant pour ramasser sous
ses pieds un magnifique manteau doublé une fourrure
précieuse —monsieur wilson ceci est à vous le temps était froid et
en quittant ma chambre avais jeté mon vêtement du matin un
manteau que ôtai en arrivant sur le théâtre du jeu je
présume —ajouta en regardant les plis du vêtement avec un sourire
amer il est bien superflu de chercher ici de nouvelles preuves de
votre vraiment nous en avons assez espère que vous
comprendrez la nécessité de quitter oxford —en tout cas de sortir à
instant de chez moi

avili humilié ainsi à la boue il est probable que eusse châtié
ce langage insultant par une violence personnelle immédiate si toute
mon attention avait pas été en ce moment arrêtée par un fait de la
nature la plus surprenante le manteau que avais apporté était une
fourrure supérieure une rareté et un prix extravagant il est
inutile de le dire la coupe était une coupe de fantaisie de mon
invention car dans ces matières frivoles étais difficile et je
poussais les rages du dandysme à absurde donc quand preston
me tendit celui il avait ramassé par terre auprès de la porte de la
chambre ce fut avec un étonnement voisin de la terreur que je aperçus
que avais déjà le mien sur mon bras où je avais sans doute placé
sans y penser et que celui il me présentait en était exacte
contrefaçon dans tous ses plus minutieux détails être singulier qui
avait si désastreusement dévoilé était je me le rappelais bien
enveloppé un manteau et aucun des individus présents excepté moi
en avait apporté avec lui je conservai quelque présence esprit je
pris celui que offrait preston je le plaçai sans on y prît garde
sur le mien je sortis de la chambre avec un défi et une menace dans le
regard et le matin même avant le point du jour je enfuis
précipitamment oxford vers le continent dans une vraie agonie
horreur et de honte

je fuyais en vain ma destinée maudite a poursuivi triomphante et
me prouvant que son mystérieux pouvoir avait fait alors que de
commencer À peine eus mis le pied dans paris que eus une preuve
nouvelle du détestable intérêt que le wilson prenait à mes affaires les
années écoulèrent et je eus point de répit misérable —À rome
avec quelle importune obséquiosité avec quelle tendresse de spectre il
interposa entre moi et mon ambition —et à vienne —et à berlin —et à
moscou donc ne trouvai pas quelque amère raison de le maudire du
fond de mon cœur frappé une panique je pris enfin la fuite devant
son impénétrable tyrannie comme devant une peste et au bout du
monde ai fui ai fui en vain

et toujours et toujours interrogeant secrètement mon âme je répétais
mes questions qui est où vient —et quel est son
dessein —mais je ne trouvais pas de réponses et analysais alors avec
un soin minutieux les formes la méthode et les traits caractéristiques
de son insolente surveillance mais là encore je ne trouvais pas
qui pût servir de base à une conjecture était vraiment
une chose remarquable que dans les cas nombreux où il avait récemment
traversé mon chemin il ne eût jamais fait que pour dérouter des plans
ou déranger des opérations qui ils avaient réussi auraient abouti
à une amère déconvenue pauvre justification en vérité que
celle pour une autorité si impérieusement usurpée pauvre indemnité
pour ces droits naturels de libre arbitre si opiniâtrement si
insolemment déniés

avais aussi été forcé de remarquer que mon bourreau depuis un fort
long espace de temps tout en exerçant scrupuleusement et avec une
dextérité miraculeuse cette manie de toilette identique à la mienne
était toujours arrangé à chaque fois il posait son intervention
dans ma volonté de manière que je ne pusse voir les traits de sa face
quoi que pût être ce damné wilson certes un pareil mystère était le
comble de affectation et de la sottise pouvait avoir supposé un
instant que dans mon donneur avis à eton —dans le destructeur de mon
honneur à oxford —dans celui qui avait contrecarré mon ambition à rome
ma vengeance à paris mon amour passionné à naples en Égypte ce il
appelait à tort ma cupidité —que dans cet être mon grand ennemi et mon
mauvais génie je ne reconnaîtrais pas le william wilson de mes années
de collège homonyme le camarade le rival —le rival exécré et
redouté de la maison bransby —impossible —mais courir à la
terrible scène finale du drame

alors je étais soumis lâchement à son impérieuse domination le
sentiment de profond respect avec lequel je étais accoutumé à
considérer le caractère élevé la sagesse majestueuse omniprésence et
omnipotence apparentes de wilson joint à je ne sais quelle sensation
de terreur que inspiraient certains autres traits de sa nature et
certains privilèges avait créé en moi idée de mon entière faiblesse
et de mon impuissance et avaient conseillé une soumission sans
réserve quoique pleine amertume et de répugnance à son arbitraire
dictature mais depuis ces derniers temps je étais entièrement
adonné au vin et son influence exaspérante sur mon tempérament
héréditaire me rendait de plus en plus impatient de tout contrôle je
commençai à murmurer —à hésiter —à résister et fut simplement mon
imagination qui induisit à croire que opiniâtreté de mon bourreau
diminuerait en raison de ma propre fermeté il est possible mais en
tout cas je commençais à sentir inspiration une espérance ardente
et je finis par nourrir dans le secret de mes pensées la sombre et
désespérée résolution de affranchir de cet esclavage

était à rome pendant le carnaval de … étais à un bal masqué
dans le palais du duc di broglio de naples avais fait abus du vin
encore plus que de coutume et atmosphère étouffante des salons
encombrés irritait insupportablement la difficulté de me frayer un
passage à travers la cohue ne contribua pas peu à exaspérer mon humeur
car je cherchais avec anxiété je ne dirai pas pour quel indigne motif
la jeune la joyeuse la belle épouse du vieux et extravagant di
broglio avec une confiance passablement imprudente elle avait confié
le secret du costume elle devait porter et comme je venais de
apercevoir au loin avais hâte arriver à elle en ce moment
je sentis une main qui se posa doucement sur mon épaule —et puis cet
inoubliable ce profond ce maudit chuchotement dans mon oreille

pris une rage frénétique je me tournai brusquement vers celui qui
avait ainsi troublé et je le saisis violemment au collet il portait
comme je y attendais un costume absolument semblable au mien un
manteau espagnol de velours bleu et autour de la taille une ceinture
cramoisie où se rattachait une rapière un masque de soie noire
recouvrait entièrement sa face

—misérable écriai une voix enrouée par la rage et chaque
syllabe qui échappait était comme un aliment pour le feu de ma
colère —misérable imposteur scélérat maudit tu ne me suivras plus à
la piste —tu ne me harcèleras pas à la mort ou je
embroche sur place

et je ouvris un chemin de la salle de bal vers une petite antichambre
attenante le traînant irrésistiblement avec moi

en entrant je le jetai furieusement loin de moi il alla chanceler
contre le mur je fermai la porte en jurant et lui ordonnai de
dégainer il hésita une seconde puis avec un léger soupir il tira
silencieusement son épée et se mit en garde

le combat ne fut certes pas long étais exaspéré par les plus ardentes
excitations de tout genre et je me sentais dans un seul bras énergie
et la puissance une multitude en quelques secondes je acculai par
la force du poignet contre la boiserie et là le tenant à ma
discrétion je lui plongeai à plusieurs reprises et coup sur coup mon
épée dans la poitrine avec une férocité de brute

en ce moment un toucha à la serrure de la porte je me hâtai de
prévenir une invasion importune et je retournai immédiatement vers mon
adversaire mourant mais quelle langue humaine peut rendre suffisamment
cet étonnement cette horreur qui emparèrent de moi au spectacle que
virent alors mes yeux le court instant pendant lequel je étais
détourné avait suffi pour produire en apparence un changement matériel
dans les dispositions locales à autre bout de la chambre une vaste
glace —dans mon trouble cela apparut abord ainsi —se dressait là
où je en avais pas vu trace auparavant et comme je marchais frappé
de terreur vers ce miroir ma propre image mais avec une face pâle et
barbouillée de sang avança à ma rencontre un pas faible et
vacillant

est ainsi que la chose apparut dis mais telle elle était pas
était mon adversaire était wilson qui se tenait devant moi dans
son agonie son masque et son manteau gisaient sur le parquet là où il
les avait jetés pas un fil dans son vêtement —pas une ligne dans toute
sa figure si caractérisée et si singulière —qui ne fût mien —qui ne
fût mienne était absolu dans identité

était wilson mais wilson ne chuchotant plus ses paroles maintenant
si bien que aurais pu croire que était moi qui parlais quand il
me dit

—tu as vaincu et je succombe mais dorénavant tu es mort aussi —mort
au monde au ciel et à espérance en moi tu existais —et vois dans ma
mort vois par cette image qui est la tienne comme tu es radicalement
assassiné toi 






ce grand malheur de ne pouvoir être seul 
la bruyère


on a dit judicieusement un certain livre allemand es loesst sich
nicht lesen —il ne se laisse pas lire il y a des secrets qui ne
veulent pas être dits des hommes meurent la nuit dans leurs lits
tordant les mains des spectres qui les confessent et les regardant
pitoyablement dans les yeux —des hommes meurent avec le désespoir dans
le cœur et des convulsions dans le gosier à cause de horreur des
mystères qui ne veulent pas être révélés quelquefois hélas la
conscience humaine supporte un fardeau une si lourde horreur elle
ne peut en décharger que dans le tombeau ainsi essence du crime
reste inexpliquée

il y a pas longtemps sur la fin un soir automne étais assis
devant la grande fenêtre cintrée du café d … à londres pendant
quelques mois avais été malade mais étais alors convalescent et
la force me revenant je me trouvais dans une de ces heureuses
dispositions qui sont précisément le contraire de ennui —dispositions
où appétence morale est merveilleusement aiguisée quand la taie qui
recouvrait la vision spirituelle est arrachée achlys hê prin epêen —où
esprit électrisé dépasse aussi prodigieusement sa puissance
journalière que la raison ardente et naïve de leibnitz emporte sur la
folle et molle rhétorique de gorgias respirer seulement était une
jouissance et je tirais un plaisir positif même de plusieurs sources
de peine chaque chose inspirait un intérêt calme
mais plein de curiosité un cigare à la bouche un journal sur mes
genoux je étais amusé pendant la plus grande partie de
tantôt à regarder attentivement les annonces tantôt à observer la
société mêlée du salon tantôt à regarder dans la rue à travers les
vitres voilées par la fumée

cette rue est une des principales artères de la ville et elle avait été
pleine de monde toute la journée mais à la tombée de la nuit la foule
accrut de minute en minute et quand tous les réverbères furent
allumés deux courants de population écoulaient épais et continus
devant la porte je ne étais jamais senti dans une situation semblable
à celle où je me trouvais en ce moment particulier de la soirée et ce
tumultueux océan de têtes humaines me remplissait une délicieuse
émotion toute nouvelle À la longue je ne fis plus aucune attention aux
choses qui se passaient dans hôtel et absorbai dans la
contemplation de la scène du dehors

mes observations prirent abord un tour abstrait et généralisateur je
regardais les passants par masses et ma pensée ne les considérait que
dans leurs rapports collectifs bientôt cependant je descendis au
détail et examinai avec un intérêt minutieux les innombrables
variétés de figure de toilette air de démarche de visage et
expression physionomique

le plus grand nombre de ceux qui passaient avaient un maintien convaincu
et propre aux affaires et ne semblaient occupés à se frayer un
chemin à travers la foule ils fronçaient les sourcils et roulaient les
yeux vivement quand ils étaient bousculés par quelques passants
voisins ils ne montraient aucun symptôme impatience mais rajustaient
leurs vêtements et se dépêchaient autres une classe fort nombreuse
encore étaient inquiets dans leurs mouvements avaient le sang à la
figure se parlaient à et gesticulaient comme ils se
sentaient seuls par le fait même de la multitude innombrable qui les
entourait quand ils étaient arrêtés dans leur marche ces
cessaient tout à coup de marmotter mais redoublaient leurs
gesticulations et attendaient avec un sourire distrait et exagéré le
passage des personnes qui leur faisaient obstacle ils étaient
poussés ils saluaient abondamment les pousseurs et paraissaient
accablés de confusion —dans ces deux vastes classes hommes au delà
de ce que je viens de noter il y avait rien de bien caractéristique
leurs vêtements appartenaient à cet ordre qui est exactement défini par
le terme décent étaient indubitablement des gentilshommes des
marchands des attorneys des fournisseurs des agioteurs —les
eupatrides et ordinaire banal de la société —hommes de loisir et
hommes activement engagés dans des affaires personnelles et les
conduisant sous leur propre responsabilité ils excitèrent pas chez
moi une attention

la race des commis sautait aux yeux et là je distinguai deux divisions
remarquables il y avait les petits commis des maisons à
esbrouffe —jeunes messieurs serrés dans leurs habits les bottes
brillantes les cheveux pommadés et la lèvre insolente en mettant de
côté un certain je ne sais quoi de fringant dans les manières on
pourrait définir genre calicot faute un meilleur mot le genre de
ces individus me parut un exact de ce qui avait été la
perfection du bon ton douze ou mois auparavant ils portaient
les grâces de rebut de la gentry —et cela je crois implique la
meilleure définition de cette classe

quant à la classe des premiers commis de maisons solides ou des steady
old fellows il était impossible de y méprendre on les reconnaissait
à leurs habits et pantalons noirs ou bruns une tournure confortable
à leurs cravates et à leurs gilets blancs à leurs larges souliers
apparence solide avec des bas épais ou des guêtres ils avaient tous
la tête légèrement chauve et oreille droite accoutumée dès longtemps
à tenir la plume avait contracté un singulier tic écartement
observai ils ôtaient ou remettaient toujours leurs chapeaux avec
les deux mains et ils portaient des montres avec de courtes chaînes
or un modèle solide et ancien leur affectation était la
respectabilité —si toutefois il peut y avoir une affectation aussi
honorable

il y avait bon nombre de ces individus une apparence brillante que je
reconnus facilement pour appartenir à la race des filous de la haute
pègre dont toutes les grandes villes sont infestées étudiai
cette espèce de gentry et je trouvai difficile de
comprendre comment ils pouvaient être pris pour des gentlemen par les
gentlemen exagération de leurs manchettes avec un air de
franchise excessive devait les trahir du premier coup

les joueurs de profession —et en découvris un grand nombre —étaient
encore plus aisément reconnaissables ils portaient toutes les espèces
de toilettes depuis celle du parfait maquereau joueur de gobelets
au gilet de velours à la cravate de fantaisie aux chaînes de cuivre
doré aux boutons de filigrane à la toilette cléricale si
scrupuleusement simple que rien était moins propre à éveiller le
soupçon tous cependant se distinguaient par un teint cuit et basané
par je ne sais quel obscurcissement vaporeux de par la
compression et la pâleur de la lèvre il y avait en outre deux autres
traits qui me les faisaient toujours deviner —un ton bas et réservé
dans la conversation et une disposition plus ordinaire du pouce à
étendre à faire angle droit avec les doigts en
compagnie de ces fripons ai observé quelques hommes qui différaient
un peu par leurs habitudes cependant étaient toujours des oiseaux de
même plumage on peut les définir des gentlemen qui vivent de leur
esprit ils se divisent pour dévorer le public en deux bataillons —le
genre dandy et le genre militaire dans la première classe les
caractères principaux sont longs cheveux et sourires et dans la
seconde longues redingotes et froncements de sourcils

en descendant échelle de ce on appelle gentility je trouvai des
sujets de méditation plus noirs et plus profonds je vis des colporteurs
juifs avec des yeux de faucon étincelants dans des physionomies dont le
reste était abjecte humilité de hardis mendiants de profession
bousculant des pauvres un meilleur titre que le désespoir seul avait
jetés dans les ombres de la nuit pour implorer la charité des invalides
tout faibles et pareils à des spectres sur qui la mort avait placé une
main sûre et qui clopinaient et vacillaient à travers la foule
regardant chacun au visage avec des yeux pleins de prières comme en
quête de quelque consolation fortuite de quelque espérance perdue de
modestes jeunes filles qui revenaient un labeur prolongé vers un
sombre logis et reculaient plus éplorées indignées devant les
œillades des drôles dont elles ne pouvaient même pas éviter le contact
direct des prostituées de toute sorte et de tout
âge incontestable beauté dans la primeur de sa féminéité faisant
rêver de la statue de lucien dont la surface était de marbre de paros
et intérieur rempli ordures —la lépreuse en haillons dégoûtante et
absolument déchue —la vieille sorcière ridée peinte plâtrée chargée
de bijouterie faisant un dernier effort vers la jeunesse —la pure
enfant à la forme non mûre mais déjà façonnée par une longue
camaraderie aux épouvantables coquetteries de son commerce et brûlant
de ambition dévorante être rangée au niveau de ses aînées dans le
vice des ivrognes innombrables et indescriptibles ceux déguenillés
chancelants désarticulés avec le visage meurtri et les yeux
ternes —ceux avec leurs vêtements entiers mais sales une crânerie
légèrement vacillante de grosses lèvres sensuelles des faces
rubicondes et sincères autres vêtus étoffes qui jadis avaient été
bonnes et qui maintenant encore étaient scrupuleusement brossées —des
hommes qui marchaient un pas plus ferme et plus élastique que nature
mais dont les physionomies étaient terriblement pâles les yeux
atrocement effarés et rouges et qui tout en allant à grands pas à
travers la foule agrippaient avec des doigts tremblants tous les objets
qui se trouvaient à leur portée et puis des pâtissiers des
commissionnaires des porteurs de charbon des ramoneurs des joueurs
orgue des montreurs de singes des marchands de chansons ceux qui
vendaient avec ceux qui chantaient des artisans déguenillés et des
travailleurs de toutes sortes épuisés à la peine —et tous pleins une
activité bruyante et désordonnée qui affligeait oreille par ses
discordances et apportait à une sensation douloureuse

À mesure que la nuit devenait plus profonde intérêt de la scène
approfondissait aussi pour moi car le caractère général
de la foule était altéré ses traits les plus nobles effaçant avec la
retraite graduelle de la partie la plus sage de la population et les
plus grossiers venant plus vigoureusement en relief à mesure que
heure plus avancée tirait chaque espèce infamie de sa tanière mais
les rayons des becs de gaz faibles abord quand ils luttaient avec le
jour mourant avaient maintenant pris le dessus et jetaient sur toutes
choses une lumière étincelante et agitée tout était noir mais
éclatant—comme cette ébène à laquelle on a comparé le style de
tertullien

les étranges effets de la lumière me forcèrent à examiner les figures
des individus et bien que la rapidité avec laquelle ce monde de
lumière fuyait devant la fenêtre empêchât de jeter plus un coup
sur chaque visage il me semblait toutefois que grâce à ma
singulière disposition morale je pouvais souvent lire dans ce bref
intervalle un coup histoire de longues années

le front collé à la vitre étais ainsi occupé à examiner la foule
quand soudainement apparut une physionomie celle un vieux homme
décrépit de à ans —une physionomie qui tout
abord arrêta et absorba toute mon attention en raison de absolue
idiosyncrasie de son expression alors je avais jamais rien vu
qui ressemblât à cette expression même à un degré je me
rappelle bien que ma première pensée en le voyant fut que retzch il
avait contemplé aurait grandement préféré aux figures dans
lesquelles il a essayé incarner le démon comme je tâchais durant le
court instant de mon premier coup de former une analyse
quelconque du sentiment général qui était communiqué je sentis
élever confusément et paradoxalement dans mon esprit les idées de
vaste intelligence de circonspection de lésinerie de cupidité de
de méchanceté de soif sanguinaire de triomphe
allégresse excessive terreur intense et suprême désespoir je me
sentis singulièrement éveillé saisi fasciné —quelle étrange histoire
me dis à moi est écrite dans cette poitrine —il me vint alors
un désir ardent de ne pas perdre homme de vue en savoir plus long
sur lui je mis précipitamment mon paletot je saisis mon chapeau et ma
canne je me jetai dans la rue et me poussai à travers la foule dans la
direction que je lui avais vu prendre car il avait déjà disparu avec
un peu de difficulté je parvins enfin à le découvrir je approchai de
lui et le suivis de mais avec de grandes précautions de
manière à ne pas attirer son attention

je pouvais maintenant étudier commodément sa personne il était de
petite taille et en apparence ses habits
étaient sales et déchirés mais comme il passait de temps à autre dans
le feu éclatant un candélabre je aperçus que son linge quoique
sale était une belle qualité et si mes yeux ne ont pas abusé à
travers une déchirure du manteau évidemment acheté occasion dont il
était soigneusement enveloppé entrevis la lueur un diamant et un
poignard ces observations surexcitèrent ma curiosité et je résolus de
suivre inconnu partout où il lui plairait aller

il faisait maintenant tout à fait nuit et un brouillard humide et épais
abattait sur la ville qui bientôt se résolut en une pluie lourde et
continue ce changement de temps eut un effet bizarre sur la foule qui
fut agitée tout entière un nouveau mouvement et se déroba sous un
monde de parapluies ondulation le coudoiement le brouhaha
devinrent dix fois plus forts pour ma part je ne inquiétai pas
beaucoup de la pluie avais encore dans le sang une vieille fièvre
aux aguets pour qui humidité était une dangereuse volupté je nouai
un mouchoir autour de ma bouche et je tins bon pendant une
le vieux homme se fraya son chemin avec difficulté à travers la grande
artère et je marchais presque sur ses talons dans la crainte de le
perdre de vue comme il ne tournait jamais la tête pour regarder
derrière lui il ne fit pas attention à moi bientôt il se jeta dans une
rue traversière qui bien que remplie de monde était pas aussi
encombrée que la principale il venait de quitter ici il se fit un
changement évident dans son allure il marcha plus lentement avec moins
de décision que tout à heure —avec plus hésitation il traversa et
retraversa la rue fréquemment sans but apparent et la foule était si
épaisse à chaque nouveau mouvement étais obligé de le suivre de
était une rue étroite et longue et la promenade il y
fit dura près une heure pendant laquelle la multitude des passants se
réduisit graduellement à la quantité de gens on voit ordinairement à
broadway près du parc vers midi —tant est grande la différence entre
une foule de londres et celle de la cité américaine la plus populeuse
un second crochet nous jeta sur une place brillamment éclairée et
débordante de vie la première manière de inconnu reparut son
menton tomba sur sa poitrine et ses yeux roulèrent étrangement sous ses
sourcils froncés dans tous les sens vers tous ceux qui
enveloppaient il pressa le pas régulièrement sans interruption je
aperçus toutefois avec surprise quand il eut fait le tour de la
place il retournait sur ses pas je fus encore bien plus étonné de
lui voir recommencer la même promenade plusieurs fois —une fois comme
il tournait avec un mouvement brusque je faillis être découvert

À cet exercice il dépensa encore une heure à la fin de laquelle nous
fûmes beaucoup moins empêchés par les passants au commencement la
pluie tombait dru air devenait froid et chacun rentrait chez soi
avec un geste impatience homme errant passa dans une rue obscure
comparativement déserte tout le long de celle un quart de mille à
peu près il courut avec une agilité que je aurais jamais soupçonnée
dans un être aussi vieux —une agilité telle que eus beaucoup de peine
à le suivre en quelques minutes nous débouchâmes sur un vaste et
tumultueux bazar inconnu avait air parfaitement au courant des
localités et il reprit une fois encore son allure primitive se frayant
un chemin çà et là sans but parmi la foule des acheteurs et des
vendeurs

pendant une heure et demie à peu près que nous passâmes dans cet
endroit il me fallut beaucoup de prudence pour ne pas le perdre de vue
sans attirer son attention par bonheur je portais des claques en
caoutchouc et je pouvais aller et venir sans faire le moindre bruit il
ne aperçut pas un seul instant il était épié il entrait
successivement dans toutes les boutiques ne marchandait rien ne disait
pas un mot et jetait sur tous les objets un regard fixe effaré vide
étais maintenant prodigieusement étonné de sa conduite et je pris la
ferme résolution de ne pas le quitter avant avoir satisfait en quelque
façon ma curiosité à son égard

une horloge au timbre éclatant sonna onze heures et tout le monde
désertait le bazar en grande hâte un boutiquier en fermant un volet
coudoya le vieux homme et à instant même je vis un violent frisson
parcourir tout son corps il se précipita dans la rue regarda un
instant avec anxiété autour de lui puis fila avec une incroyable
vélocité à travers plusieurs ruelles tortueuses et désertes à ce
que nous aboutîmes de nouveau à la grande rue où nous étions
partis —la rue de hôtel d … cependant elle avait plus le même
aspect elle était toujours brillante de gaz mais la pluie tombait
furieusement et on apercevait que de rares passants inconnu
pâlit il fit quelques pas un air morne dans avenue naguère
populeuse puis avec un profond soupir il tourna dans la direction de
la rivière et se plongeant à travers un labyrinthe de chemins
détournés arriva enfin devant un des principaux théâtres on était au
moment de le fermer et le public écoulait par les portes je vis le
vieux homme ouvrir la bouche comme pour respirer et se jeter parmi la
foule mais il me sembla que angoisse profonde de sa physionomie était
en quelque sorte calmée sa tête tomba de nouveau sur sa poitrine il
apparut tel que je avais vu la première fois je remarquai il se
dirigeait maintenant du même côté que la plus grande partie du
public —mais en somme il était impossible de rien comprendre à sa
bizarre obstination

pendant il marchait le public se disséminait son malaise et ses
premières hésitations le reprirent pendant quelque temps il suivit de
un groupe de dix ou douze tapageurs peu à peu un à un le
nombre éclaircit et se réduisit à trois individus qui restèrent
ensemble dans une ruelle étroite obscure et peu fréquentée inconnu
fit une pause et pendant un moment parut se perdre dans ses réflexions
puis avec une agitation il enfila rapidement une route
qui nous conduisit à extrémité de la ville dans des régions bien
différentes de celles que nous avions traversées à présent
était le quartier le plus malsain de londres où chaque chose porte
affreuse empreinte de la plus déplorable pauvreté et du vice
incurable À la lueur accidentelle un sombre réverbère on apercevait
des maisons de bois hautes antiques vermoulues menaçant ruine et
dans de si nombreuses et si capricieuses directions à peine
pouvait deviner au milieu elles apparence un passage les pavés
étaient éparpillés à aventure repoussés de leurs alvéoles par le
gazon victorieux une horrible saleté croupissait dans les ruisseaux
obstrués toute atmosphère regorgeait de désolation cependant comme
nous avancions les bruits de la vie humaine se ravivèrent clairement et
par degrés et enfin de vastes bandes hommes les plus infâmes parmi
la populace de londres se montrèrent oscillantes çà et là le vieux
homme sentit de nouveau palpiter ses esprits comme une lampe qui est
près de son agonie une fois encore il élança en avant un pas
élastique tout à coup nous tournâmes un coin une lumière flamboyante
éclata à notre vue et nous nous trouvâmes devant un des énormes temples
suburbains de intempérance —un des palais du démon gin

était presque le point du jour mais une foule de misérables ivrognes
se pressaient encore en dedans et en dehors de la fastueuse porte
presque avec un cri de joie le vieux homme se fraya un passage au
milieu reprit sa physionomie primitive et se mit à arpenter la cohue
dans tous les sens sans but apparent toutefois il y avait pas
longtemps il se livrait à cet exercice quand un grand mouvement dans
les portes témoigna que hôte allait les fermer en raison de heure
ce que observai sur la physionomie du singulier être que épiais si
opiniâtrement fut quelque chose de plus intense que le désespoir
cependant il hésita pas dans sa carrière mais avec une énergie
folle il revint tout à coup sur ses pas au cœur du puissant londres
il courut vite et longtemps et toujours je le suivais avec un
effroyable étonnement résolu à ne pas lâcher une recherche dans
laquelle éprouvais un intérêt qui absorbait tout entier le soleil
se leva pendant que nous poursuivions notre course et quand nous eûmes
une fois encore atteint le rendez commercial de la populeuse cité
la rue de hôtel d … celle présentait un aspect activité et de
mouvement humains presque égal à ce que avais vu dans la soirée
précédente et là encore au milieu de la confusion toujours croissante
longtemps je persistai dans ma poursuite de inconnu mais comme
ordinaire il allait et venait et de la journée entière il ne sortit
pas du tourbillon de cette rue et comme les ombres du second soir
approchaient je me sentais brisé à la mort et arrêtant tout
droit devant homme errant je le regardai intrépidement en face il ne
fit pas attention à moi mais reprit sa solennelle promenade pendant
que renonçant à le poursuivre je restais absorbé dans cette
contemplation

—ce vieux homme —me dis à la longue —est le type et le génie du
crime profond il refuse être seul il est homme des foules  il
serait vain de le suivre car je apprendrai rien de plus de lui ni de
ses actions le pire cœur du monde est un livre plus rebutant que le
hortulus animae et est une des grandes
miséricordes de dieu que es loesst sich nicht lesen il ne se
laisse pas lire




cŒur


vrai —je suis épouvantablement nerveux —je ai toujours
été mais pourquoi prétendez que je suis fou la maladie a aiguisé
mes sens —elle ne les a pas détruits —elle ne les a pas émoussés plus
que tous les autres avais le sens de ouïe ai entendu
toutes choses du ciel et de la terre ai entendu bien des choses de
enfer comment donc suis fou attention et observez avec quelle
santé —avec quel calme je puis vous raconter toute histoire

il est impossible de dire comment idée entra primitivement dans ma
cervelle mais une fois conçue elle me hanta nuit et jour objet il
y en avait pas la passion y était pour rien aimais le vieux
bonhomme il ne avait jamais fait de mal il ne avait jamais
insulté de son or je avais aucune envie je crois que était son
œil oui était cela un de ses yeux ressemblait à celui un
vautour —un œil bleu pâle avec une taie dessus chaque fois que cet
œil tombait sur moi mon sang se glaçait et ainsi lentement —par
degrés —je me mis en tête arracher la vie du vieillard et par ce
moyen de me délivrer de à tout jamais

maintenant voici le hic vous me croyez fou les fous ne savent rien de
rien mais si vous aviez vu si vous aviez vu avec quelle sagesse je
procédai —avec quelle précaution—avec quelle prévoyance —avec quelle
dissimulation je me mis à je ne fus jamais plus aimable pour
le vieux que pendant la semaine entière qui précéda le meurtre et
chaque nuit vers minuit je tournais le loquet de sa porte et je
ouvrais —oh si doucement et alors quand je avais sûrement
entrebâillée pour ma tête introduisais une lanterne sourde bien
fermée bien fermée ne laissant filtrer aucune lumière puis je passais
la tête oh vous auriez ri de voir avec quelle adresse je passais ma
tête je la mouvais lentement —très —de manière à ne
pas troubler le sommeil du vieillard il me fallait bien une heure pour
introduire toute ma tête à travers ouverture assez avant pour le voir
couché sur son lit ah un fou aurait été aussi prudent —et alors
quand ma tête était bien dans la chambre ouvrais la lanterne avec
précaution —oh avec quelle précaution avec quelle précaution —car la
charnière criait —je ouvrais juste pour un filet imperceptible de
lumière tombât sur de vautour et cela je ai fait pendant sept
longues nuits —chaque nuit juste à minuit —mais je trouvai toujours
fermé —et ainsi il me fut impossible accomplir car
ce était pas le vieux homme qui me vexait mais son mauvais œil et
chaque matin quand le jour paraissait entrais hardiment dans sa
chambre je lui parlais courageusement appelant par son nom un ton
cordial et informant comment il avait passé la nuit ainsi vous voyez
il eût été un vieillard bien profond en vérité il avait soupçonné
que chaque nuit juste à minuit je examinais pendant son sommeil

la huitième nuit je mis encore plus de précaution à ouvrir la porte la
petite aiguille une montre se meut plus vite que ne faisait ma main
jamais avant cette nuit je avais senti toute étendue de mes
facultés —de ma sagacité je pouvais à peine contenir mes sensations de
triomphe penser que étais là ouvrant la porte petit à petit et
il ne rêvait même pas de mes actions ou de mes pensées secrètes À
cette idée je lâchai un petit rire et entendit car il
remua soudainement sur son lit comme il se réveillait maintenant
vous croyez que je me retirai —mais non sa chambre était
aussi noire que de la poix tant les ténèbres étaient épaisses —car les
volets étaient soigneusement fermés de crainte des voleurs —et
sachant il ne pouvait pas voir entrebâillement de la porte je
continuai à la pousser davantage toujours davantage

avais passé ma tête et étais au moment ouvrir la lanterne quand
mon pouce glissa sur la fermeture de et le vieux homme se
dressa sur son lit criant —qui est là

je restai complètement immobile et ne dis rien pendant une heure
entière je ne remuai pas un muscle et pendant tout ce temps je ne
entendis pas se recoucher il était toujours sur son séant aux
écoutes —juste comme avais fait pendant des nuits entières écoutant
les dans le mur

mais voilà que entendis un faible gémissement et je reconnus que
était le gémissement une terreur mortelle ce était pas un
gémissement de douleur ou de chagrin —oh non était le bruit sourd
et étouffé qui élève du fond une âme surchargée effroi je
connaissais bien ce bruit bien des nuits à minuit juste pendant que
le monde entier dormait il avait jailli de mon propre sein creusant
avec son terrible écho les terreurs qui me travaillaient je dis que je
le connaissais bien je savais ce éprouvait le vieux homme et
avais pitié de lui quoique eusse le rire dans le cœur je savais
il était resté éveillé depuis le premier petit bruit quand il
était retourné dans son lit ses craintes avaient toujours été
grossissant il avait tâché de se persuader elles étaient sans cause
mais il avait pas pu il était dit à lui —ce est rien que
le vent dans la cheminée —ce est une souris qui traverse le
parquet —ou est simplement un grillon qui a poussé son cri —oui il
est efforcé de se fortifier avec ces hypothèses mais tout cela a été
vain tout a été vain parce que la mort qui approchait avait passé
devant lui avec sa grande ombre noire et elle avait ainsi enveloppé
sa victime et était influence funèbre de ombre inaperçue qui lui
faisait sentir il ne vît et entendît rien —qui lui faisait
sentir la présence de ma tête dans la chambre

quand eus attendu un long temps sans entendre se
recoucher je me résolus à entrouvrir un peu la lanterne —mais si peu
si peu que rien je ouvris donc —si furtivement si furtivement que
vous ne sauriez imaginer à ce enfin un seul rayon pâle comme
un fil araignée élançât de la fente et abattît sur de
vautour

il était ouvert —tout grand ouvert —et entrai en fureur aussitôt que
je eus regardé je le vis avec une parfaite netteté —tout entier un
bleu terne et recouvert un voile hideux qui glaçait la moelle dans mes
os mais je ne pouvais voir que cela de la face ou de la personne du
vieillard car avais dirigé le rayon comme par instinct précisément
sur la place maudite

et maintenant ne vous ai pas dit que ce que vous preniez pour de la
folie est une hyperacuité des sens —maintenant je vous le dis un
bruit sourd étouffé fréquent vint à mes oreilles semblable à celui
que fait une montre enveloppée dans du coton ce je le
reconnus bien aussi était le battement du cœur du vieux il accrut
ma fureur comme le battement du tambour exaspère le courage du soldat

mais je me contins encore et je restai sans bouger je respirais à
peine je tenais la lanterne immobile je appliquais à maintenir le
rayon droit sur en même temps la charge infernale du cœur
battait plus fort elle devenait de plus en plus précipitée et à chaque
instant de plus en plus haute la terreur du vieillard devait être
extrême ce battement dis devenait de plus en plus fort à chaque
minute —me suivez bien je vous ai dit que étais nerveux je le
suis en effet et maintenant au plein cœur de la nuit parmi le
silence redoutable de cette vieille maison un si étrange bruit jeta en
moi une terreur irrésistible pendant quelques minutes encore je me
contins et restai calme mais le battement devenait toujours plus fort
toujours plus fort je croyais que le cœur allait crever et voilà
une nouvelle angoisse empara de moi —le bruit pouvait être entendu
par un voisin heure du vieillard était venue avec un grand hurlement
ouvris brusquement la lanterne et élançai dans la chambre il ne
poussa un cri —un seul en un instant je le précipitai sur le
parquet et je renversai sur lui tout le poids écrasant du lit alors je
souris avec bonheur voyant ma besogne fort avancée mais pendant
quelques minutes le cœur battit avec un son voilé cela toutefois ne
me tourmenta pas on ne pouvait entendre à travers le mur À la
longue il cessa le vieux était mort je relevai le lit et examinai
le corps oui il était roide roide mort je plaçai ma main sur le
cœur et y maintins plusieurs minutes aucune pulsation il était
roide mort son œil désormais ne me tourmenterait plus

si vous persistez à me croire fou cette croyance évanouira quand je
vous décrirai les sages précautions que employai pour dissimuler le
cadavre la nuit avançait et je travaillai vivement mais en silence
je coupai la tête puis les bras puis les jambes

puis arrachai trois planches du parquet de la chambre et je déposai
le tout entre les voliges puis je replaçai les feuilles si habilement
si adroitement aucun œil humain—pas même le sien aurait pu y
découvrir quelque chose de louche il y avait rien à laver —pas une
souillure —pas une tache de sang avais été trop bien avisé pour
cela un baquet avait tout absorbé —ha ha

quand eus fini tous ces travaux il était quatre heures —il faisait
toujours aussi noir à minuit pendant que le timbre sonnait heure
on frappa à la porte de la rue je descendis pour ouvrir avec un cœur
léger —car avais à craindre maintenant trois hommes entrèrent
qui se présentèrent avec une parfaite suavité comme officiers de
police un cri avait été entendu par un voisin pendant la nuit cela
avait éveillé le soupçon de quelque mauvais coup une dénonciation avait
été transmise au bureau de police et ces messieurs les officiers
avaient été envoyés pour visiter les lieux

je souris —car avais à craindre je souhaitai la bienvenue à ces
gentlemen —le cri dis était moi qui avais poussé dans un rêve
le vieux bonhomme ajoutai était en voyage dans le pays je promenai
mes visiteurs par toute la maison je les invitai à chercher à bien
chercher À la fin je les conduisis dans sa chambre je leur montrai
ses trésors en parfaite sûreté parfaitement en ordre dans
enthousiasme de ma confiance apportai des sièges dans la chambre
et les priai de y reposer de leur fatigue tandis que moi avec
la folle audace un triomphe parfait installai ma propre chaise sur
endroit même qui recouvrait le corps de la victime

les officiers étaient satisfaits mes manières les avaient convaincus
je me sentais singulièrement à aise ils assirent et ils causèrent
de choses familières auxquelles je répondis gaiement mais au bout de
peu de temps je sentis que je devenais pâle et je souhaitai leur
départ ma tête me faisait mal et il me semblait que les oreilles me
tintaient mais ils restaient toujours assis et toujours ils causaient
le tintement devint plus distinct —il persista et devint encore plus
distinct je bavardai plus abondamment pour me débarrasser de cette
sensation mais elle tint bon et prit un caractère tout à fait
décidé —tant à la fin je découvris que le bruit était pas dans mes
oreilles

sans doute je devins alors —mais je bavardais encore plus
couramment et en haussant la voix le son augmentait toujours —et que
pouvais faire était un bruit sourd étouffé fréquent
ressemblant beaucoup à ce que ferait une montre enveloppée dans du
coton je respirai laborieusement —les officiels entendaient pas
encore je causai plus vite —avec plus de véhémence mais le bruit
croissait incessamment —je me levai et je disputai sur des niaiseries
dans un diapason et avec une violente gesticulation mais le
bruit montait montait toujours —pourquoi ne voulaient pas en
aller arpentai çà et là le plancher lourdement et à grands pas
comme exaspéré par les observations de mes contradicteurs —mais le
bruit croissait régulièrement Ô dieu que pouvais faire
écumais —je battais la campagne—je jurais agitais la chaise sur
laquelle étais assis et je la faisais crier sur le parquet mais le
bruit dominait toujours et croissait indéfiniment il devenait plus
fort —plus fort —toujours plus fort et toujours les hommes causaient
plaisantaient et souriaient Était possible ils entendissent
pas dieu —non non ils entendaient —ils
soupçonnaient —ils savaient —ils se faisaient un amusement de mon
effroi —je le crus et je le crois encore mais importe quoi était
plus tolérable que cette dérision je ne pouvais pas supporter plus
longtemps ces hypocrites sourires je sentis il fallait crier ou
mourir —et maintenant encore entendez —écoutez plus
haut —plus haut —toujours plus haut toujours plus haut 

misérables écriai —ne dissimulez pas plus longtemps avoue la
chose —arrachez ces planches est là est là — est le battement
de son affreux cœur






dicebant mihi sodales si sepulchrum amicoe visitarem curas meas
aliquaritulum fore levatas 



le malheur est divers la misère sur terre est multiforme dominant le
vaste horizon comme ses couleurs sont aussi
variées —aussi distinctes et toutefois aussi intimement fondues
dominant le vaste horizon comme comment un exemple de
beauté ai pu tirer un type de laideur du signe alliance et de paix
une similitude de la douleur mais comme en éthique le mal est la
conséquence du bien de même dans la réalité est de la joie est
né le chagrin soit que le souvenir du bonheur passé fasse angoisse
soit que les agonies qui sont tirent leur origine des
extases qui peuvent avoir été

ai à raconter une histoire dont essence est pleine horreur je la
supprimerais volontiers si elle était pas une chronique de sensations
plutôt que de faits

mon nom de baptême est egaeus mon nom de famille je le tairai il y
a pas de château dans le pays plus chargé de gloire et années que mon
mélancolique et vieux manoir héréditaire dès longtemps on appelait
notre famille une race de visionnaires et le fait est que dans
plusieurs détails frappants —dans le caractère de notre maison
seigneuriale —dans les fresques du grand salon —dans les tapisseries
des chambres à coucher —dans les ciselures des piliers de la salle
armes —mais plus spécialement dans la galerie des vieux
tableaux —dans la physionomie de la bibliothèque —et enfin dans la
nature toute particulière du contenu de cette bibliothèque —il y a
surabondamment de quoi justifier cette croyance

le souvenir de mes premières années est lié intimement à cette salle et
à ses volumes —dont je ne dirai plus rien est là que mourut ma mère
est là que je suis né mais il serait bien oiseux de dire que je ai
pas vécu auparavant —que âme a pas une existence antérieure vous
le niez —ne disputons pas sur cette matière je suis convaincu et ne
cherche point à convaincre il y a ailleurs une ressouvenance de
formes aériennes yeux intellectuels et parlants —de sons mélodieux
mais mélancoliques une ressouvenance qui ne veut pas en aller une
sorte de mémoire semblable à une ombre —vague variable indéfinie
vacillante et de cette ombre essentielle il me sera impossible de me
défaire tant que luira le soleil de ma raison

est dans cette chambre que je suis né Émergeant ainsi au milieu de la
longue nuit qui semblait être mais qui était pas la
pour tomber tout un coup dans un pays féerique —dans un palais de
fantaisie —dans les étranges domaines de la pensée et de érudition
monastiques —il est pas singulier que aie contemplé autour de moi
avec un œil effrayé et ardent —que aie dépensé mon enfance dans les
livres et prodigué ma jeunesse en rêveries mais ce qui est
singulier —les années ayant marché et le midi de ma virilité ayant
trouvé vivant encore dans le manoir de mes ancêtres —ce qui est
étrange est cette stagnation qui tomba sur les sources de ma
vie est cette complète interversion qui opéra dans le caractère de
mes pensées les plus ordinaires les réalités du monde affectaient
comme des visions et seulement comme des visions pendant que les idées
folles du pays des songes devenaient en revanche non la pâture de mon
existence de tous les jours mais positivement mon unique et entière
existence



bérénice et moi nous étions cousins et nous grandîmes ensemble dans le
manoir paternel mais nous grandîmes différemment —moi maladif et
enseveli dans ma mélancolie —elle agile gracieuse et débordante
énergie à elle le vagabondage sur la colline —à moi les études du
cloître moi vivant dans mon propre cœur et me dévouant corps et
âme à la plus intense et à la plus pénible méditation —elle errant
insoucieuse à travers la vie sans penser aux ombres de son chemin ou à
la fuite silencieuse des heures au noir plumage bérénice invoque
son nom —bérénice —et des ruines grises de ma mémoire se dressent à ce
son mille souvenirs tumultueux ah son image est là vivante devant moi
comme dans les premiers jours de son allégresse et de sa joie oh
magnifique et pourtant fantastique beauté oh sylphe parmi les bocages
arnheim oh naïade parmi ses fontaines et puis —et puis tout est
mystère et terreur une histoire qui ne veut pas être racontée un
mal —un mal fatal abattit sur sa constitution comme le simoun et
même pendant que je la contemplais esprit de métamorphose passait sur
elle et enlevait pénétrant son esprit ses habitudes son caractère
et de la manière la plus subtile et la plus terrible perturbant même
son identité hélas le destructeur venait et en allait —mais la
victime —la vraie bérénice est devenue je ne connaissais pas
celle ou du moins je ne la reconnaissais plus comme bérénice

parmi la nombreuse série de maladies amenées par cette fatale et
principale attaque qui opéra une si horrible révolution dans être
physique et moral de ma cousine il faut mentionner comme la plus
affligeante et la plus opiniâtre une espèce épilepsie qui souvent se
terminait en catalepsie —catalepsie ressemblant parfaitement à la mort
et dont elle se réveillait dans quelques cas une manière tout à fait
brusque et soudaine en même temps mon propre mal —car on a dit que
je ne pouvais pas appeler un autre nom —mon propre mal grandissait
rapidement et ses symptômes aggravant par un usage immodéré de
opium il prit finalement le caractère une monomanie une forme
nouvelle et extraordinaire heure en heure de minute en minute il
gagnait de énergie et à la longue il usurpa sur moi la plus
singulière et la plus incompréhensible domination cette monomanie il
faut que je me serve de ce terme consistait dans une irritabilité
morbide des facultés de esprit que la langue philosophique comprend
dans le mot facultés attention il est plus que probable que je ne
suis pas compris mais je crains en vérité il ne me soit absolument
impossible de donner au commun des lecteurs une idée exacte de cette
nerveuse intensité intérêt avec laquelle dans mon cas la faculté
méditative —pour éviter la langue technique appliquait et se
plongeait dans la contemplation des objets les plus vulgaires du monde

réfléchir infatigablement de longues heures attention rivée à quelque
citation puérile sur la marge ou dans le texte un livre —rester
absorbé la plus grande partie une journée été dans une ombre
bizarre allongeant obliquement sur la tapisserie ou sur le
plancher oublier une nuit entière à surveiller la flamme droite
une lampe ou les braises du foyer —rêver des jours entiers sur le
parfum une fleur —répéter une manière monotone quelque mot
vulgaire à ce que le son à force être répété cessât de
présenter à esprit une idée quelconque —perdre tout sentiment de
mouvement ou existence physique dans un repos absolu obstinément
prolongé —telles étaient des plus communes et des moins
pernicieuses aberrations de mes facultés mentales aberrations qui sans
doute ne sont pas absolument sans exemple mais qui défient certainement
toute explication et toute analyse

encore je veux être bien compris anormale intense et morbide
attention ainsi excitée par des objets frivoles en est une
nature qui ne doit pas être confondue avec ce penchant à la rêverie
commun à toute humanité et auquel se livrent surtout les personnes
une imagination ardente elle était pas comme on
pourrait le supposer abord un terme excessif et une exagération de ce
penchant mais encore elle en était originairement et essentiellement
distincte dans un de ces cas le rêveur homme imaginatif étant
intéressé par un objet généralement non frivole perd peu à peu son
objet de vue à travers une immensité de déductions et de suggestions qui
en jaillit si bien à la fin une de ces songeries souvent remplies
de volupté il trouve incitamentum ou cause première de ses
réflexions entièrement évanoui et oublié dans mon cas le point de
départ était invariablement frivole quoique revêtant à travers le
milieu de ma vision maladive une importance imaginaire et de
réfraction je faisais peu de déductions —si toutefois en faisais et
dans ce cas elles retournaient opiniâtrement à objet principe comme à
un centre les méditations étaient jamais agréables et à la fin de
la rêverie la cause première bien loin être hors de vue avait
atteint cet intérêt surnaturellement exagéré qui était le trait dominant
de mon mal en un mot la faculté de esprit plus particulièrement
excitée en moi était comme je ai dit la faculté de attention
tandis que chez le rêveur ordinaire est celle de la méditation

mes livres à cette époque ils ne servaient pas positivement à
irriter le mal participaient largement on doit le comprendre par leur
nature imaginative et irrationnelle des qualités caractéristiques du
mal je me rappelle fort bien entre autres le traité du noble
italien coelius secundus curio de amplitudine beati regni dei le
grand ouvrage de saint augustin la cité de dieu et le de carne
christi de tertullien de qui inintelligible pensée mortuus est
dei filius credibile est quia ineptum est et sepultus resurrexit
certum est quia impossibile est —absorba exclusivement tout mon temps
pendant plusieurs semaines une laborieuse et infructueuse
investigation

on jugera sans doute que dérangée de son équilibre par des choses
insignifiantes ma raison avait quelque ressemblance avec cette roche
marine dont parle ptolémée héphestion qui résistait immuablement à
toutes les attaques des hommes et à la fureur plus terrible des eaux et
des vents et qui tremblait seulement au toucher de la fleur nommée
asphodèle À un penseur inattentif il paraîtra tout simple et hors de
doute que la terrible altération produite dans la condition morale de
bérénice par sa déplorable maladie dût me fournir maint sujet exercer
cette intense et anormale méditation dont ai eu quelque peine à
expliquer la nature eh bien il en était absolument rien dans les
intervalles lucides de mon infirmité son malheur me causait il est
vrai du chagrin cette ruine totale de sa belle et douce vie me
touchait profondément le cœur je méditais fréquemment et amèrement sur
les voies mystérieuses et étonnantes par lesquelles une si étrange et si
soudaine révolution avait pu se produire mais ces réflexions ne
participaient pas de idiosyncrasie de mon mal et étaient telles
elles se seraient offertes dans des circonstances analogues à la
masse ordinaire des hommes quant à ma maladie fidèle à son caractère
propre elle se faisait une pâture des changements moins importants
mais plus saisissants qui se manifestaient dans le système physique
de bérénice —dans la singulière et effrayante distorsion de son
identité personnelle

dans les jours les plus brillants de son incomparable beauté
je ne avais jamais aimée dans étrange anomalie de mon
existence les sentiments ne me sont jamais venus du cœur et mes
passions sont toujours venues de esprit À travers les blancheurs du
crépuscule —à midi parmi les ombres treillissées de la forêt —et la
nuit dans le silence de ma bibliothèque —elle avait traversé mes yeux
et je avais vue —non comme la bérénice vivante et respirante mais
comme la bérénice un songe non comme un être de la terre un être
charnel mais comme abstraction un tel être non comme une chose à
admirer mais à analyser non comme un objet amour mais comme le
thème une méditation aussi abstruse irrégulière et
maintenant —maintenant je frissonnais en sa présence je pâlissais à
son approche cependant tout en me lamentant amèrement sur sa
déplorable condition de déchéance je me rappelai elle avait
longtemps aimé et dans un mauvais moment je lui parlai de mariage

enfin époque fixée pour nos noces approchait quand dans une
hiver —dans une de ces journées intempestivement chaudes
calmes et brumeuses qui sont les nourrices de la belle halcyone —je
assis me croyant seul dans le cabinet de la bibliothèque mais en
levant les yeux je vis bérénice debout devant moi

fut mon imagination surexcitée —ou influence brumeuse de
atmosphère —ou le crépuscule incertain de la chambre —ou le vêtement
obscur qui enveloppait sa taille —qui lui prêta ce contour si tremblant
et si indéfini je ne pourrais le dire avait grandi
depuis sa maladie elle ne dit pas un mot et moi pour rien au monde
je aurais prononcé une syllabe un frisson de glace parcourut mon
corps une sensation insupportable angoisse oppressait une
dévorante curiosité pénétrait mon âme et me renversant dans le
fauteuil je restai quelque temps sans souffle et sans mouvement les
yeux cloués sur sa personne hélas son amaigrissement était excessif
et pas un vestige de être primitif avait survécu et ne était
réfugié dans un seul contour À la fin mes regards tombèrent ardemment
sur sa figure

le front était haut et singulièrement placide et les
cheveux autrefois un noir de jais le recouvraient en partie et
ombrageaient les tempes creuses innombrables boucles actuellement
un blond ardent dont le caractère fantastique jurait cruellement avec
la mélancolie dominante de sa physionomie les yeux étaient sans vie et
sans éclat en apparence sans pupilles et involontairement je détournai
ma vue de leur fixité vitreuse pour contempler les lèvres amincies et
recroquevillées elles ouvrirent et dans un sourire singulièrement
significatif les dents de la nouvelle bérénice se révélèrent lentement
à ma vue plût à dieu que je ne les eusse jamais regardées ou que les
ayant regardées je fusse mort



une porte en se fermant me troubla et levant les yeux je vis que ma
cousine avait quitté la chambre mais la chambre dérangée de mon
cerveau le spectre blanc et terrible de ses dents ne avait pas
quittée et en voulait pas sortir pas une piqûre sur leur
surface —pas une nuance dans leur émail —pas une pointe sur leurs
arêtes que ce passager sourire ait suffi à imprimer dans ma mémoire
je les vis même alors plus distinctement que je ne les avais vues
tout à heure —les dents —les dents —elles étaient là —et puis
là —et partout —visibles palpables devant moi longues étroites et
excessivement blanches avec les lèvres pâles se tordant autour
affreusement distendues comme elles étaient naguère alors arriva la
pleine furie de ma monomanie et je luttai en vain contre son
irrésistible et étrange influence dans le nombre infini des objets du
monde extérieur je avais de pensées que pour les dents éprouvais à
leur endroit un désir frénétique tous les autres sujets tous les
intérêts divers furent absorbés dans cette unique contemplation
elles—elles seules —étaient présentes à de mon esprit et leur
individualité exclusive devint essence de ma vie intellectuelle je
les regardais dans tous les jours je les tournais dans tous les sens
étudiais leur caractère observais leurs marques particulières je
méditais sur leur conformation je réfléchissais à altération de leur
nature je frissonnais en leur attribuant dans mon imagination une
faculté de sensation et de sentiment et même sans le secours des
lèvres une puissance expression morale on a fort bien dit de
mademoiselle sallé que tous ses pas étaient des sentiments et de
bérénice je croyais plus sérieusement que toutes les dents étaient des
idées des idées —ah voilà la pensée absurde qui a perdu des
idées —ah voilà donc pourquoi je les convoitais si follement je
sentais que leur possession pouvait seule me rendre la paix et rétablir
ma raison

et le soir descendit ainsi sur moi —et les ténèbres vinrent
installèrent et puis en allèrent —et un jour nouveau parut —et
les brumes une seconde nuit amoncelèrent autour de moi —et toujours
je restais immobile dans cette chambre solitaire —toujours assis
toujours enseveli dans ma méditation —et toujours le fantôme des
dents maintenait son influence terrible au point avec la plus
vivante et la plus hideuse netteté il flottait çà et là à travers la
lumière et les ombres changeantes de la chambre enfin au milieu de mes
rêves éclata un grand cri horreur et épouvante auquel succéda
après une pause un bruit de voix désolées entrecoupées par de sourds
gémissements de douleur ou de deuil je me levai et ouvrant une des
portes de la bibliothèque je trouvai dans antichambre une domestique
tout en larmes qui me dit que bérénice existait plus elle avait été
prise épilepsie dans la matinée et maintenant à la tombée de la
nuit la fosse attendait sa future habitante et tous les préparatifs de
ensevelissement étaient terminés



le cœur plein angoisse et oppressé par la crainte je me dirigeai
avec répugnance vers la chambre à coucher de la défunte la chambre
était vaste et et à chaque pas je me heurtais contre les
préparatifs de la sépulture les rideaux du lit me dit un domestique
étaient fermés sur la bière et dans cette bière ajouta à voix
basse gisait tout ce qui restait de bérénice

qui donc me demanda si je ne voulais pas voir le corps —je ne vis
remuer les lèvres de personne cependant la question avait été bien
faite et écho des dernières syllabes traînait encore dans la chambre
il était impossible de refuser et avec un sentiment oppression je
me traînai à côté du lit je soulevai doucement les sombres draperies
des courtines mais en les laissant retomber elles descendirent sur
mes épaules et me séparant du monde vivant elles enfermèrent dans
la plus étroite communion avec la défunte

toute atmosphère de la chambre sentait la mort mais air particulier
de la bière me faisait mal et je imaginais une odeur délétère
exhalait déjà du cadavre aurais donné des mondes pour échapper
pour fuir la pernicieuse influence de la mortalité pour respirer une
fois encore air pur des cieux éternels mais je avais plus la
puissance de bouger mes genoux vacillaient sous moi et avais pris
racine dans le sol regardant fixement le cadavre rigide étendu tout de
son long dans la bière ouverte

dieu du ciel est possible mon cerveau est égaré ou le doigt
de la défunte a remué dans la toile blanche qui enfermait
frissonnant une inexprimable crainte je levai lentement les yeux pour
voir la physionomie du cadavre on avait mis un bandeau autour des
mâchoires mais je ne sais comment il était dénoué les lèvres
livides se tordaient en une espèce de sourire et à travers leur cadre
mélancolique les dents de bérénice blanches luisantes terribles me
regardaient encore avec une trop vivante réalité je arrachai
convulsivement du lit et sans prononcer un mot je élançai comme un
maniaque hors de cette chambre de mystère horreur et de mort



je me retrouvai dans la bibliothèque étais assis étais seul il me
semblait que je sortais un rêve confus et agité je aperçus il
était minuit et avais bien pris mes précautions pour que bérénice fût
enterrée après le coucher du soleil mais je ai pas gardé une
intelligence bien positive ni bien définie de ce qui est passé durant
ce lugubre intervalle cependant ma mémoire était pleine
horreur —horreur autant plus horrible elle était plus
vague une terreur que son ambiguïté rendait plus terrible était
comme une page effrayante du registre de mon existence écrite tout
entière avec des souvenirs obscurs hideux et inintelligibles je
efforçai de les déchiffrer mais en vain de temps à autre cependant
semblable à âme un son envolé un cri grêle et perçant —une voix de
femme —semblait tinter dans mes oreilles avais accompli quelque
chose —mais était donc je adressais à moi la question à
haute voix et les échos de la chambre me chuchotaient en manière de
réponse était donc 

sur la table à côté de moi brûlait une lampe et auprès était une
petite boîte ébène ce était pas une boîte un style remarquable
et je avais déjà vue fréquemment car elle appartenait au médecin de
la famille mais comment était venue là sur ma table et
pourquoi frissonnai en la regardant étaient là des choses qui ne
valaient pas la peine y prendre garde mais mes yeux tombèrent à la
fin sur les pages ouvertes un livre et sur une phrase soulignée
étaient les mots singuliers mais fort simples du poëte ebn zaiat
dicebant mihi sodales si sepulchrum amicae visitarem curas meas
aliquantulum fore levatas où vient donc en les lisant mes
cheveux se dressèrent sur ma tête et que mon sang se glaça dans mes
veines

on frappa un léger coup à la porte de la bibliothèque et pâle comme un
habitant de la tombe un domestique entra sur la pointe du pied ses
regards étaient égarés par la terreur et il me parla une voix
tremblante étranglée que me dit entendis quelques
phrases par il me raconta ce me semble un cri effroyable
avait troublé le silence de la nuit —que tous les domestiques étaient
réunis on avait cherché dans la direction du son —et enfin sa voix
basse devint distincte à faire frémir quand il me parla une violation
de sépulture un corps défiguré dépouillé de son linceul mais
respirant encore —palpitant encore encore vivant

il regarda mes vêtements ils étaient grumeleux de boue et de sang sans
dire un mot il me prit doucement par la main elle portait des
stigmates ongles humains il dirigea mon attention vers un objet placé
contre le mur je le regardai quelques minutes était une bêche avec
un cri je me jetai sur la table et me saisis de la boîte ébène mais
je eus pas la force de ouvrir et dans mon tremblement elle
échappa des mains tomba lourdement et se brisa en morceaux et il
en échappa roulant avec un vacarme de ferraille quelques instruments
de chirurgie dentaire et avec eux petites choses blanches
semblables à de ivoire qui éparpillèrent çà et là sur le plancher






son cœur est un luth suspendu
sitôt on le touche il résonne



pendant toute une journée automne journée fuligineuse sombre et
muette où les nuages pesaient lourds et bas dans le ciel avais
traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et
enfin comme les ombres du soir approchaient je me trouvai en vue de la
mélancolique maison usher je ne sais comment cela se fit —mais au
premier coup que je jetai sur le bâtiment un sentiment
insupportable tristesse pénétra mon âme je dis insupportable car
cette tristesse était nullement tempérée par une parcelle de ce
sentiment dont essence poétique fait presque une volupté et dont
âme est généralement saisie en face des images naturelles les plus
sombres de la désolation et de la terreur je regardais le tableau placé
devant moi et rien à voir la maison et la perspective
caractéristique de ce domaine —les murs qui avaient froid —les
fenêtres semblables à des yeux distraits —quelques bouquets de joncs
vigoureux —quelques troncs arbres blancs et dépéris éprouvais cet
entier affaissement âme qui parmi les sensations terrestres ne peut
se mieux comparer à du mangeur opium —à son
navrant retour à la vie journalière —à horrible et lente retraite du
voile était une glace au cœur un abattement un malaise —une
irrémédiable tristesse de pensée aucun aiguillon de imagination ne
pouvait raviver ni pousser au grand était donc —je arrêtai pour y
penser était donc ce je ne sais quoi qui énervait ainsi en
contemplant la maison usher était un mystère tout à fait insoluble
et je ne pouvais pas lutter contre les pensées ténébreuses qui
amoncelaient sur moi pendant que y réfléchissais je fus forcé de me
rejeter dans cette conclusion peu satisfaisante il existe des
combinaisons objets naturels qui ont la puissance de nous
affecter de cette sorte et que analyse de cette puissance gît dans
des considérations où nous perdrions pied il était possible
pensais une simple différence dans arrangement des matériaux de
la décoration des détails du tableau suffît pour modifier pour
annihiler cette puissance impression douloureuse et
agissant après cette idée je conduisis mon cheval vers le bord
escarpé un noir et lugubre étang qui miroir immobile étalait
devant le bâtiment et je regardai—mais avec un frisson plus pénétrant
encore que la première fois—les images répercutées et renversées des
joncs grisâtres des troncs arbres sinistres et des fenêtres
semblables à des yeux sans pensée

était néanmoins dans cet habitacle de mélancolie que je me proposais
de séjourner pendant quelques semaines son propriétaire roderick
usher avait été un de mes bons camarades enfance mais plusieurs
années étaient écoulées depuis notre dernière entrevue une lettre
cependant était parvenue récemment dans une partie lointaine du
pays —une lettre de lui —dont la tournure follement pressante
admettait pas autre réponse que ma présence même écriture portait
la trace une agitation nerveuse auteur de cette lettre me parlait
une maladie physique aiguë une affection mentale qui
oppressait —et un ardent désir de me voir comme étant son meilleur
et véritablement son seul ami —espérant trouver dans la joie de ma
société quelque soulagement à son mal était le ton dans lequel toutes
ces choses et bien autres encore étaient dites était cette
ouverture un cœur suppliant qui ne me permettaient pas hésitation
en conséquence obéis immédiatement à ce que je considérais toutefois
comme une invitation des plus singulières

quoique dans notre enfance nous eussions été camarades intimes en
réalité je ne savais pourtant que fort peu de chose de mon ami une
réserve excessive avait toujours été dans ses habitudes je savais
toutefois il appartenait à une famille qui était
distinguée depuis un temps immémorial par une sensibilité particulière
de tempérament cette sensibilité était déployée à travers les âges
dans de nombreux ouvrages un art supérieur et était manifestée de
vieille date par les actes répétés une charité aussi large que
discrète ainsi que par un amour passionné pour les difficultés plutôt
que pour les beautés orthodoxes toujours si facilement
reconnaissables de la science musicale avais appris aussi ce fait
que la souche de la race usher si glorieusement
ancienne elle fût avait jamais à aucune époque poussé de branche
durable en autres termes que la famille entière ne était perpétuée
en ligne directe à quelques exceptions près et
était cette absence —pensai tout en rêvant au
parfait accord entre le caractère des lieux et le caractère proverbial
de la race et en réfléchissant à influence que dans une longue suite
de siècles un pouvait avoir exercée sur autre était
cette absence de branche collatérale et de transmission constante de
père en fils du patrimoine et du nom qui avaient à la longue si bien
identifié les deux que le nom primitif du domaine était fondu dans la
bizarre et équivoque appellation de maison usher —appellation usitée
parmi les paysans et qui semblait dans leur esprit enfermer la
famille et habitation de famille

ai dit que le seul effet de mon expérience quelque peu
puérile avoir regardé dans étang —avait été de
rendre plus profonde ma première et si singulière impression je ne dois
pas douter que la conscience de ma superstition croissante—pourquoi ne
la définirais pas ainsi ait principalement contribué à accélérer
cet accroissement telle est je le savais de vieille date la loi
paradoxale de tous les sentiments qui ont la terreur pour base et ce
fut unique raison qui fit que quand mes yeux laissant
image dans étang se relevèrent vers la maison elle une
étrange idée me poussa dans esprit —une idée si ridicule en vérité
que si en fais mention est seulement pour montrer la force vive
des sensations qui oppressaient mon imagination avait si bien
travaillé que je croyais réellement autour de habitation et du
domaine planait une atmosphère qui lui était particulière ainsi aux
environs les plus proches —une atmosphère qui avait pas affinité
avec air du ciel mais qui exhalait des arbres dépéris des
murailles grisâtres et de étang silencieux —une vapeur mystérieuse et
pestilentielle à peine visible lourde paresseuse et une couleur
plombée

je secouai de mon esprit ce qui ne pouvait être un rêve et
examinai avec plus attention aspect réel du bâtiment son
caractère dominant semblait être celui une excessive antiquité la
décoloration produite par les siècles était grande de menues fongosités
recouvraient toute la face extérieure et la tapissaient à partir du
toit comme une fine étoffe curieusement brodée mais tout cela
impliquait aucune détérioration extraordinaire aucune partie de la
maçonnerie était tombée et il semblait il y eût une contradiction
étrange entre la consistance générale intacte de toutes ses parties et
état particulier des pierres émiettées qui me rappelaient
complètement la spécieuse intégrité de ces vieilles boiseries on a
laissées longtemps pourrir dans quelque cave oubliée loin du souffle de
air extérieur À part cet indice un vaste délabrement édifice ne
donnait aucun symptôme de fragilité un observateur
minutieux aurait découvert une fissure à peine visible qui partant
du toit de la façade se frayait une route en zigzag à travers le mur et
allait se perdre dans les eaux funestes de étang

tout en remarquant ces détails je suivis à cheval une courte chaussée
qui me menait à la maison un valet de chambre prit mon cheval et
entrai sous la voûte gothique du vestibule un domestique au pas
furtif me conduisit en silence à travers maint passage obscur et
compliqué vers le cabinet de son maître bien des choses que je
rencontrai dans cette promenade contribuèrent je ne sais comment à
renforcer les sensations vagues dont ai déjà parlé les objets qui
entouraient—les sculptures des plafonds les sombres tapisseries des
murs la noirceur ébène des parquets et les fantasmagoriques trophées
armoriaux qui bruissaient ébranlés par ma marche précipitée étaient
choses bien connues de moi mon enfance avait été accoutumée à des
spectacles analogues —et quoique je les reconnusse sans hésitation
pour des choses qui étaient familières admirais quelles pensées
insolites ces images ordinaires évoquaient en moi sur un des
escaliers je rencontrai le médecin de la famille sa physionomie à ce
il me sembla portait une expression mêlée de malignité basse et de
perplexité il me croisa précipitamment et passa le domestique ouvrit
alors une porte et introduisit en présence de son maître

la chambre dans laquelle je me trouvai était et
les fenêtres longues étroites et à une telle distance du noir
plancher de chêne il était absolument impossible y atteindre de
faibles rayons une lumière cramoisie se frayaient un chemin à travers
les carreaux treillissés et rendaient suffisamment distincts les
principaux objets environnants néanmoins efforçait en vain
atteindre les angles lointains de la chambre ou les enfoncements du
plafond arrondi en voûte et sculpté de sombres draperies tapissaient
les murs ameublement général était extravagant incommode antique et
délabré une masse de livres et instruments de musique gisait
éparpillée çà et là mais ne suffisait pas à donner une vitalité
quelconque au tableau je sentais que je respirais une atmosphère de
chagrin un air de mélancolie âpre profonde incurable planait sur
tout et pénétrait tout

À mon entrée usher se leva un canapé sur lequel il était couché tout
de son long et accueillit avec une chaleureuse vivacité qui
ressemblait fort —telle fut du moins ma première pensée —à une
cordialité emphatique —à effort un homme du monde ennuyé qui obéit
à une circonstance néanmoins un coup jeté sur sa physionomie me
convainquit de sa parfaite sincérité nous nous assîmes et pendant
quelques moments comme il restait muet je le contemplai avec un
sentiment moitié de pitié et moitié effroi À coup sûr jamais homme
avait aussi terriblement changé et en aussi peu de temps que
roderick usher ce était avec peine que je pouvais consentir à
admettre identité de homme placé en face de moi avec le compagnon de
mes premières années le caractère de sa physionomie avait toujours été
remarquable un teint cadavéreux —un œil large liquide et lumineux au
delà de toute comparaison —des lèvres un peu minces et mais
une courbe merveilleusement belle —un nez un moule hébraïque
mais une ampleur de narines qui accorde rarement avec
une pareille forme —un menton un modèle charmant mais qui par un
manque de saillie trahissait un manque énergie morale —des cheveux
une douceur et une ténuité plus arachnéennes —tous ces traits
auxquels il faut ajouter un développement frontal excessif lui
faisaient une physionomie il était pas facile oublier mais
actuellement dans la simple exagération du caractère de cette figure et
de expression elle présentait habituellement il y avait un tel
changement que je doutais de homme à qui je parlais la pâleur
maintenant spectrale de la peau et éclat maintenant miraculeux de
me saisissaient particulièrement et épouvantaient puis il
avait laissé croître indéfiniment ses cheveux sans en apercevoir et
comme cet étrange tourbillon aranéeux flottait plutôt il ne tombait
autour de sa face je ne pouvais même avec de la bonne volonté trouver
dans leur étonnant style arabesque rien qui rappelât la simple humanité

je fus tout abord frappé une certaine incohérence une
inconsistance dans les manières de mon ami —et je découvris bientôt que
cela provenait un effort incessant aussi faible que puéril pour
maîtriser une trépidation habituelle —une excessive agitation nerveuse
je attendais bien à quelque chose dans ce genre et y avais été
préparé par sa lettre mais aussi par le souvenir de
certains traits de son enfance et par des conclusions déduites de sa
singulière conformation physique et de son tempérament son action était
alternativement vive et indolente sa voix passait rapidement une
indécision tremblante —quand les esprits vitaux semblaient entièrement
absents —à cette espèce de brièveté énergique —à cette énonciation
abrupte solide pausée et sonnant le creux —à ce parler guttural et
rude parfaitement balancé et modulé on peut observer chez le
parfait ivrogne ou incorrigible mangeur opium pendant les périodes
de leur plus intense excitation

ce fut dans ce ton il parla de objet de ma visite de son ardent
désir de me voir et de la consolation il attendait de moi il
étendit assez longuement et expliqua à sa manière sur le caractère
de sa maladie était disait un mal de famille un mal
constitutionnel un mal pour lequel il désespérait de trouver un
remède —une simple affection nerveuse —ajouta
immédiatement —dont sans doute il serait bientôt délivré elle se
manifestait par une foule de sensations extranaturelles
pendant il me les décrivait intéressèrent et me confondirent il
se peut cependant que les termes et le ton de son débit y aient été pour
beaucoup il souffrait vivement une acuité morbide des sens les
aliments les plus simples étaient pour lui les seuls tolérables il ne
pouvait porter en fait de vêtement que certains tissus toutes les
odeurs de fleurs le suffoquaient une lumière même faible lui
torturait les yeux et il y avait que quelques sons particuliers
ceux des instruments à cordes qui ne lui inspirassent pas
horreur

je vis il était esclave subjugué une espèce de terreur tout à
fait anormale —je mourrai —dit —il faut que je meure de cette
déplorable folie est ainsi ainsi et non pas autrement que je
périrai je redoute les événements à venir non en mais dans
leurs résultats je frissonne à la pensée un incident quelconque du
genre le plus vulgaire qui peut opérer sur cette intolérable agitation
de mon âme je ai vraiment pas horreur du danger excepté dans son
effet positif —la terreur dans cet état énervation —état
pitoyable —je sens que tôt ou tard le moment viendra où la vie et la
raison abandonneront à la fois dans quelque lutte inégale avec le
sinistre fantôme

appris aussi par intervalles et par des confidences hachées des
et des une autre particularité de sa situation
morale il était dominé par certaines impressions superstitieuses
relatives au manoir il habitait et où il avait pas osé sortir
depuis plusieurs années —relatives à une influence dont il traduisait
la force supposée en des termes trop ténébreux pour être rapportés
ici —une influence que quelques particularités dans la forme même et
dans la matière du manoir héréditaire avaient par usage de la
souffrance disait imprimée sur son esprit —un effet que le
physique des murs gris des tourelles et de étang noirâtre où se
mirait tout le bâtiment avait à la longue créé sur le moral de son
existence

il admettait toutefois mais non sans hésitation une bonne part de
la mélancolie singulière dont il était affligé pouvait être attribuée à
une origine plus naturelle et beaucoup plus positive —à la maladie
cruelle et déjà ancienne —enfin à la mort évidemment prochaine une
sœur tendrement aimée —sa seule société depuis de longues années —sa
dernière et sa seule parente sur la terre —sa mort —dit avec une
amertume que je oublierai jamais —me laissera —moi le frêle et le
désespéré —dernier de antique race des usher —pendant il parlait
lady madeline est ainsi elle se nommait —passa lentement dans
une partie reculée de la chambre et disparut sans avoir pris garde à ma
présence je la regardai avec un immense étonnement où se mêlait
quelque terreur mais il me sembla impossible de me rendre compte de mes
sentiments une sensation de stupeur oppressait pendant que mes yeux
suivaient ses pas qui éloignaient lorsque enfin une porte se fut
fermée sur elle mon regard chercha instinctivement et curieusement la
physionomie de son frère —mais il avait plongé sa face dans ses mains
et je pus voir seulement une pâleur plus ordinaire était
répandue sur les doigts amaigris à travers lesquels filtrait une pluie
de larmes passionnées

la maladie de lady madeline avait longtemps bafoué la science de ses
médecins une apathie fixe un épuisement graduel de sa personne et des
crises fréquentes quoique passagères un caractère presque
cataleptique en étaient les diagnostics jusque
elle avait bravement porté le poids de la maladie et ne était pas
encore résignée à se mettre au lit mais sur la fin du soir de mon
arrivée au château elle cédait—comme son frère me le dit dans la nuit
avec une inexprimable agitation —à la puissance écrasante du fléau et
appris que le coup que avais jeté sur elle serait
probablement le dernier —que je ne verrais plus la dame vivante du
moins

pendant les quelques jours qui suivirent son nom ne fut prononcé ni par
usher ni par moi et durant cette période je épuisai en efforts pour
alléger la mélancolie de mon ami nous peignîmes et nous lûmes ensemble
ou bien écoutais comme dans un rêve ses étranges improvisations sur
son éloquente guitare et ainsi à mesure une intimité de plus en
plus étroite ouvrait plus familièrement les profondeurs de son âme je
reconnaissais plus amèrement la vanité de tous mes efforts pour ramener
un esprit où la nuit comme une propriété qui lui aurait été
inhérente déversait sur tous les objets de univers physique et moral
une irradiation incessante de ténèbres

je garderai toujours le souvenir de maintes heures solennelles que ai
passées seul avec le maître de la maison usher mais essaierais
vainement de définir le caractère exact des études ou des occupations
dans lesquelles il entraînait ou me montrait le chemin une idéalité
ardente excessive morbide projetait sur toutes choses sa lumière
sulfureuse ses longues et funèbres improvisations résonneront
éternellement dans mes oreilles entre autres choses je me rappelle
douloureusement une certaine paraphrase singulière —une perversion de
air déjà fort étrange de la dernière valse de von weber quant aux
peintures que couvait sa laborieuse fantaisie et qui arrivaient touche
par touche à un vague qui me donnait le frisson un frisson autant
plus pénétrant que je frissonnais sans savoir pourquoi —quant à ces
peintures si vivantes pour moi que ai encore leurs images dans mes
yeux essaierais vainement en extraire un échantillon suffisant
qui pût tenir dans le compas de la parole écrite par absolue
simplicité par la nudité de ses dessins il arrêtait il subjuguait
attention si jamais mortel peignit une idée ce mortel fut roderick
usher pour moi du moins —dans les circonstances qui
entouraient —il élevait des pures abstractions que
hypocondriaque ingéniait à jeter sur sa toile une terreur intense
irrésistible dont je ai jamais senti ombre dans la contemplation
des rêveries de fuseli lui éclatantes sans doute mais encore trop
concrètes

il est une des conceptions fantasmagoriques de mon ami où esprit
abstraction avait pas une part aussi exclusive et qui peut être
esquissée quoique faiblement par la parole était un petit tableau
représentant intérieur une cave ou un souterrain immensément long
rectangulaire avec des murs bas polis blancs sans aucun ornement
sans aucune interruption certains détails accessoires de la composition
servaient à faire comprendre que cette galerie se trouvait à une
profondeur excessive de la surface de la terre on
apercevait aucune issue dans son immense parcours on ne distinguait
aucune torche aucune source artificielle de lumière et cependant une
effusion de rayons intenses roulait de un à autre bout et baignait
le tout une splendeur fantastique et incompréhensible

ai dit un mot de état morbide du nerf acoustique qui rendait pour le
malheureux toute musique intolérable excepté certains effets des
instruments à cordes étaient les étroites limites dans
lesquelles il avait confiné son talent sur la guitare qui avaient en
grande partie imposé à ses compositions leur caractère fantastique
mais quant à la brûlante facilité de ses improvisations on ne pouvait
en rendre compte de la même manière il fallait évidemment elles
fussent et elles étaient en effet dans les notes aussi bien que dans
les paroles de ses étranges fantaisies —car il accompagnait souvent sa
musique de paroles improvisées et rimées —le résultat de cet intense
recueillement et de cette concentration des forces mentales qui ne se
manifestent comme je ai déjà dit que dans les cas particuliers de la
plus haute excitation artificielle une de ces rapsodies je me suis
rappelé facilement les paroles impressionna plus
fortement quand il me la montra parce que dans le sens intérieur et
mystérieux de je découvris pour la première fois usher
avait pleine conscience de son état il sentait que sa sublime
raison chancelait sur son trône ces vers qui avaient pour titre le
palais hanté étaient à de chose près tels que je les cite

i

dans la plus verte de nos vallées 
par les bons anges habitée 
autrefois un beau et majestueux palais 
—un rayonnant palais—dressait son front 
était dans le domaine du monarque pensée 
était là il élevait 
jamais séraphin ne déploya son aile
sur un édifice à moitié aussi beau 



des bannières blondes superbes dorées 
À son dôme flottaient et ondulaient 
 était —tout cela était dans le vieux 
dans le temps 
et à chaque douce brise qui se jouait
dans ces suaves journées 
le long des remparts chevelus et pâles 
échappait un parfum ailé 



les voyageurs dans cette heureuse vallée 
À travers deux fenêtres lumineuses voyaient
des esprits qui se mouvaient harmonieusement
au commandement un luth bien accordé 
tout autour un trône où siégeant
—un vrai porphyrogénète celui —
dans un apparat digne de sa gloire 
apparaissait le maître du royaume 



et tout étincelante de nacre et de rubis
Était la porte du beau palais 
par laquelle coulait à flots à flots à flots 
et pétillait incessamment
une troupe Échos dont agréable fonction
Était simplement de chanter 
avec des accents une exquise beauté 
esprit et la sagesse de leur roi 

v

mais des êtres de malheur en robes de deuil 
ont assailli la haute autorité du monarque 
—ah pleurons car jamais aube un lendemain
ne brillera sur lui le désolé —
et tout autour de sa demeure la gloire
qui empourprait et florissait
est plus une histoire souvenir ténébreux
des vieux âges défunts 



et maintenant les voyageurs dans cette vallée 
À travers les fenêtres rougeâtres voient
de vastes formes qui se meuvent fantastiquement
aux sons une musique discordante 
pendant que comme une rivière rapide et lugubre 
À travers la porte pâle 
une hideuse multitude se rue éternellement 
qui va éclatant de rire —ne pouvant plus sourire 

je me rappelle fort bien que les inspirations naissant de cette ballade
nous jetèrent dans un courant idées au milieu duquel se manifesta une
opinion usher que je cite non pas tant en raison de sa
nouveauté —car autres hommes ont pensé de même à cause de
opiniâtreté avec laquelle il la soutenait cette opinion dans sa
forme générale était autre que la croyance à la sensitivité de tous
les êtres végétaux mais dans son imagination déréglée idée avait
pris un caractère encore plus audacieux et empiétait dans de certaines
conditions jusque sur le règne inorganique les mots me manquent pour
exprimer toute étendue tout le sérieux tout abandon de sa foi
cette croyance toutefois se rattachait—comme je ai déjà donné à
entendre—aux pierres grises du manoir de ses ancêtres ici les
conditions de sensitivité étaient remplies à ce il imaginait par la
méthode qui avait présidé à la construction —par la disposition
respective des pierres aussi bien que de toutes les fongosités dont
elles étaient revêtues et des arbres ruinés qui élevaient à
entour —mais surtout par immutabilité de cet arrangement et par sa
répercussion dans les eaux dormantes de étang la preuve —la preuve
de cette sensitivité se faisait voir—disait et je écoutais alors
avec inquiétude —dans la condensation graduelle mais positive
des eaux autour des murs une atmosphère qui leur était
propre le résultat —ajoutait —se déclarait dans cette influence
muette mais importune et terrible qui depuis des siècles avait pour
ainsi dire moulé les destinées de sa famille et qui le faisait lui
tel que je le voyais maintenant —tel il était de pareilles opinions
ont pas besoin de commentaires et je en ferai pas

nos livres —les livres qui depuis des années constituaient une grande
partie de existence spirituelle du malade —étaient comme on le
suppose bien en accord parfait avec ce caractère de visionnaire nous
analysions ensemble des ouvrages tels que le et la
chartreuse de gresset le belphégor de machiavel les merveilles
du ciel et de enfer de swedenborg le voyage souterrain de nicholas
klimm par holberg la chiromancie de robert flud de jean
indaginé et de de la chambre le voyage dans le bleu de tieck et
la cité du soleil de campanella un de ses volumes favoris était une
petite édition du directorium inquisitorium par le
dominicain eymeric de gironne et il y avait des passages dans pomponius
méla à propos des anciens satyres africains et des Ægipans sur
lesquels usher rêvassait pendant des heures il faisait néanmoins ses
principales délices de la lecture un gothique excessivement
rare et curieux —le manuel une église oubliée —les vigiliae
mortuorum secundum chorum ecclesiae maguntinae

je songeais malgré moi à étrange rituel contenu dans ce livre et à son
influence probable sur hypocondriaque quand un soir ayant informé
brusquement que lady madeline existait plus il annonça intention de
conserver le corps pendant une quinzaine—en attendant enterrement
définitif—dans un des nombreux caveaux situés sous les gros murs du
château la raison humaine il donnait de cette singulière manière
agir était une de ces raisons que je ne me sentais pas le droit de
contredire comme frère—me disait —il avait pris cette résolution
en considération du caractère insolite de la maladie de la défunte
une certaine curiosité importune et indiscrète de la part des hommes
de science et de la situation éloignée et fort exposée du caveau de
famille avouerai que quand je me rappelai la physionomie sinistre de
individu que avais rencontré sur escalier le soir de mon arrivée
au château je eus pas envie de opposer à ce que je regardais comme
une précaution bien innocente sans doute mais certainement fort
naturelle

À la prière usher je aidai personnellement dans les préparatifs de
cette sépulture temporaire nous mîmes le corps dans la bière et à
nous deux nous le portâmes à son lieu de repos le caveau dans lequel
nous le déposâmes —et qui était resté fermé depuis si longtemps que
nos torches à moitié étouffées dans cette atmosphère suffocante ne
nous permettaient guère examiner les lieux —était petit humide et
offrait aucune voie à la lumière du jour il était situé à une grande
profondeur juste de cette partie du bâtiment où se trouvait
ma chambre à coucher il avait rempli probablement dans les vieux temps
féodaux horrible office oubliettes et dans les temps postérieurs
de cave à serrer la poudre ou toute autre matière facilement
inflammable car une partie du sol et toutes les parois un long
vestibule que nous traversâmes pour y arriver étaient soigneusement
revêtues de cuivre la porte de fer massif avait été objet des mêmes
précautions quand ce poids immense roulait sur ses gonds il rendait un
son singulièrement aigu et discordant

nous déposâmes donc notre fardeau funèbre sur des tréteaux dans cette
région horreur nous tournâmes un peu de côté le couvercle de la bière
qui était pas encore vissé et nous regardâmes la face du cadavre une
ressemblance frappante entre le frère et la sœur fixa tout abord mon
attention et usher devinant mes pensées murmura quelques
paroles qui apprirent que la défunte et lui étaient jumeaux et que
des sympathies une nature presque inexplicable avaient toujours existé
entre eux nos regards néanmoins ne restèrent pas longtemps fixés sur
la morte —car nous ne pouvions pas la contempler sans effroi le mal
qui avait mis au tombeau lady madeline dans la plénitude de sa jeunesse
avait laissé comme cela arrive ordinairement dans toutes les maladies
un caractère strictement cataleptique ironie une faible
coloration sur le sein et sur la face et sur la lèvre ce sourire
équivoque et languissant qui est si terrible dans la mort nous
replaçâmes et nous vissâmes le couvercle et après avoir assujetti la
porte de fer nous reprîmes avec lassitude notre chemin vers les
appartements supérieurs qui étaient guère moins mélancoliques

et alors après un laps de quelques jours pleins du chagrin le plus
amer il opéra un changement visible dans les symptômes de la maladie
morale de mon ami ses manières ordinaires avaient disparu ses
occupations habituelles étaient négligées oubliées il errait de
chambre en chambre un pas précipité inégal et sans but la pâleur de
sa physionomie avait revêtu une couleur encore plus
spectrale —mais la propriété lumineuse de son œil avait entièrement
disparu je entendais plus ce ton de voix âpre il prenait autrefois
à occasion et un tremblement on eût dit causé par une extrême
terreur caractérisait habituellement sa prononciation il arrivait
quelquefois en vérité de me figurer que son esprit incessamment
agité était travaillé par quelque suffocant secret et il ne pouvait
trouver le courage nécessaire pour le révéler autres fois étais
obligé de conclure simplement aux bizarreries inexplicables de la folie
car je le voyais regardant dans le vide pendant de longues heures dans
attitude de la plus profonde attention comme il écoutait un bruit
imaginaire il ne faut pas étonner que son état effrayât il
infectât même je sentais se glisser en moi par une gradation lente
mais sûre étrange influence de ses superstitions fantastiques et
contagieuses

ce fut particulièrement une nuit —la septième ou la huitième depuis que
nous avions déposé lady madeline dans le caveau —fort tard avant de me
mettre au lit que éprouvai toute la puissance de ces sensations le
sommeil ne voulait pas approcher de ma couche —les heures une à une
tombaient tombaient toujours je efforçai de raisonner agitation
nerveuse qui me dominait essayai de me persuader que je devais ce que
éprouvais en partie sinon absolument à influence prestigieuse du
mélancolique ameublement de la chambre —des sombres draperies
déchirées qui tourmentées par le souffle un orage naissant
vacillaient çà et là sur les murs comme par accès et bruissaient
douloureusement autour des ornements du lit

mais mes efforts furent vains une insurmontable terreur pénétra
graduellement tout mon être et à la longue une angoisse sans motif un
vrai cauchemar vint asseoir sur mon cœur je respirai violemment je
fis un effort je parvins à le secouer et me soulevant sur les
oreillers et plongeant ardemment mon regard dans épaisse obscurité de
la chambre je prêtai oreille—je ne saurais dire pourquoi si ce
est que y fus poussé par une force instinctive —à certains sons bas
et vagues qui partaient je ne sais où et qui arrivaient à de longs
intervalles à travers les accalmies de la tempête dominé par une
sensation intense horreur inexplicable et intolérable je mis mes
habits à la hâte —car je sentais que je ne pourrais pas dormir de la
nuit —et je efforçai en marchant çà et là à grands pas dans la
chambre de sortir de état déplorable dans lequel étais tombé

avais à peine fait ainsi quelques tours quand un pas léger sur un
escalier voisin arrêta mon attention je reconnus bientôt que était le
pas usher une seconde après il frappa doucement à ma porte et
entra une lampe à la main sa physionomie était comme habitude
une pâleur cadavéreuse —mais il y avait en outre dans ses yeux je ne
sais quelle hilarité insensée —et dans toutes ses manières une espèce
hystérie évidemment contenue son air épouvanta —mais tout était
préférable à la solitude que avais endurée si longtemps et
accueillis sa présence comme un soulagement

—et vous avez pas vu cela —dit brusquement après quelques
minutes de silence et après avoir promené autour de lui un regard
fixe —vous avez donc pas vu cela —mais attendez vous le
verrez —tout en parlant ainsi et ayant soigneusement abrité sa lampe
il se précipita vers une des fenêtres et ouvrit toute grande à la
tempête

impétueuse furie de la rafale nous enleva presque du sol était
vraiment une nuit orage affreusement belle une nuit unique et étrange
dans son horreur et sa beauté un tourbillon était probablement
concentré dans notre voisinage car il y avait des changements fréquents
et violents dans la direction du vent et excessive densité des
nuages maintenant descendus si bas ils pesaient presque sur les
tourelles du château ne nous empêchait pas apprécier la vélocité
vivante avec laquelle ils accouraient un contre autre de tous les
points de horizon au lieu de se perdre dans espace leur excessive
densité ne nous empêchait pas de voir ce phénomène pourtant nous
apercevions pas un brin de lune ni étoiles et aucun éclair ne
projetait sa lueur mais les surfaces inférieures de ces vastes masses
de vapeurs cahotées aussi bien que tous les objets terrestres situés
dans notre étroit horizon réfléchissaient la clarté surnaturelle une
exhalaison gazeuse qui pesait sur la maison et enveloppait dans un
linceul presque lumineux et distinctement visible

—vous ne devez pas voir cela —vous ne contemplerez pas cela —dis
en frissonnant à usher et je le ramenai avec une douce violence de la
fenêtre vers un fauteuil —ces spectacles qui vous mettent hors de vous
sont des phénomènes purement électriques et fort ordinaires —ou
tirent leur funeste origine des miasmes fétides de
étang fermons cette fenêtre air est glacé et dangereux pour votre
constitution voici un de vos romans favoris je lirai et vous
écouterez —et nous passerons ainsi cette terrible nuit ensemble

antique bouquin sur lequel avais mis la main était le mad trist
de sir launcelot canning mais je avais décoré du titre de livre
favori usher par plaisanterie —triste plaisanterie car en vérité
dans sa niaise et baroque prolixité il y avait pas grande pâture pour
la haute spiritualité de mon ami mais était le seul livre que eusse
immédiatement sous la main et je me berçais du vague espoir que
agitation qui tourmentait hypocondriaque trouverait du soulagement
car histoire des maladies mentales est pleine anomalies de ce
genre dans exagération même des folies que allais lui lire À en
juger par air intérêt étrangement tendu avec lequel il écoutait ou
feignait écouter les phrases du récit aurais pu me féliciter du
succès de ma ruse

étais arrivé à cette partie si connue de histoire où ethelred le
héros du livre ayant en vain cherché à entrer à amiable dans la
demeure un ermite se met en devoir de introduire par la force ici
on en souvient le narrateur exprime ainsi

« et ethelred qui était par nature un cœur vaillant et qui maintenant
était aussi en raison de efficacité du vin il avait bu
attendit pas plus longtemps pour parlementer avec ermite qui avait
en vérité esprit tourné à obstination et à la malice mais sentant
la pluie sur ses épaules et craignant explosion de la tempête il leva
bel et bien sa massue et avec quelques coups fraya bien vite un chemin
à travers les planches de la porte à sa main gantée de fer et tirant
avec sa main vigoureusement à lui il fit craquer et se fendre et
sauter le tout en morceaux si bien que le bruit du bois sec et sonnant
le creux porta alarme et fut répercuté un bout à autre de la
forêt »

À la fin de cette phrase je tressaillis et je fis une pause car il
avait semblé —mais je conclus bien vite à une illusion de mon
imagination —il avait semblé que une partie du manoir
était venu confusément à mon oreille un bruit on eût dit à cause de
son exacte analogie écho étouffé amorti de ce bruit de craquement
et arrachement si précieusement décrit par sir launcelot Évidemment
était la coïncidence seule qui avait arrêté mon attention car parmi
le claquement des châssis des fenêtres et tous les bruits confus de la
tempête toujours croissante le son en lui avait rien vraiment
qui pût intriguer ou me troubler je continuai le récit

« mais ethelred le solide champion passant alors la porte fut
grandement furieux et émerveillé de apercevoir aucune trace du
malicieux ermite mais en son lieu et place un dragon une apparence
monstrueuse et écailleuse avec une langue de feu qui se tenait en
sentinelle devant un palais or dont le plancher était argent et
sur le mur était suspendu un bouclier airain brillant avec cette
légende gravée dessus

celui qui entre ici a été le vainqueur 
celui qui tue le dragon il aura gagné le bouclier 

« et ethelred leva sa massue et frappa sur la tête du dragon qui tomba
devant lui et rendit son souffle empesté avec un rugissement si
épouvantable si âpre et si perçant à la fois ethelred fut obligé de
se boucher les oreilles avec ses mains pour se garantir de ce bruit
terrible tel il en avait jamais entendu de semblable »

ici je fis brusquement une nouvelle pause et cette fois avec un
sentiment de violent étonnement —car il y avait pas lieu de douter
que je eusse réellement entendu dans quelle direction il était
impossible de le deviner un son affaibli et comme lointain mais âpre
prolongé singulièrement perçant et grinçant exacte contrepartie du
cri surnaturel du dragon décrit par le romancier et tel que mon
imagination se était déjà figuré

oppressé comme je étais évidemment lors de cette seconde et
coïncidence par mille sensations contradictoires
parmi lesquelles dominaient un étonnement et une frayeur extrêmes je
gardai néanmoins assez de présence esprit pour éviter exciter par
une observation quelconque la sensibilité nerveuse de mon camarade je
étais pas du tout sûr il eût remarqué les bruits en question
quoique bien certainement une étrange altération se fût depuis ces
dernières minutes manifestée dans son maintien de sa position
primitive juste de moi il avait peu à peu tourné son
fauteuil de manière à se trouver assis la face tournée vers la porte de
la chambre en sorte que je ne pouvais pas voir ses traits ensemble
quoique je aperçusse bien que ses lèvres tremblaient comme si elles
murmuraient quelque chose insaisissable sa tête était tombée sur sa
poitrine —cependant je savais il était pas endormi que
entrevoyais de profil était béant et fixe ailleurs le mouvement de
son corps contredisait aussi cette idée —car il se balançait un côté
à autre avec un mouvement mais constant et uniforme je
remarquai rapidement tout cela et repris le récit de sir launcelot qui
continuait ainsi

« et maintenant le brave champion ayant échappé à la terrible furie du
dragon se souvenant du bouclier airain et que enchantement qui
était dessus était rompu écarta le cadavre de devant son chemin et
avança courageusement sur le pavé argent du château vers endroit
du mur où pendait le bouclier lequel en vérité attendit pas il
fût arrivé tout auprès mais tomba à ses pieds sur le pavé argent avec
un puissant et terrible retentissement »

À peine ces dernières syllabes avaient fui mes lèvres que —comme
si un bouclier airain était pesamment tombé en ce moment même sur un
plancher argent en entendis écho distinct profond métallique
retentissant mais comme assourdi étais complètement énervé je
sautai sur mes pieds mais usher avait pas interrompu son balancement
régulier je me précipitai vers le fauteuil où il était toujours assis
ses yeux étaient braqués droit devant lui et toute sa physionomie était
tendue par une rigidité de pierre mais quand je posai la main sur son
épaule un violent frisson parcourut tout son être un sourire malsain
trembla sur ses lèvres et je vis il parlait bas —un
murmure précipité et inarticulé —comme il avait pas conscience de
ma présence je me penchai tout à fait contre lui et enfin je dévorai
horrible signification de ses paroles

—vous entendez pas —moi entends et ai entendu pendant
longtemps —longtemps bien longtemps bien des minutes bien des
heures bien des jours ai entendu —mais je osais pas—oh pitié
pour moi misérable infortuné que je suis je osais pas je osais
pas parler nous avons mise vivante dans la tombe  ne vous ai
pas dit que mes sens étaient je vous dis maintenant que
ai entendu ses premiers faibles mouvements dans le fond de la bière
je les ai entendus —il y a déjà bien des jours bien des jours —mais
je osais pas je osais pas parler  et maintenant —cette
nuit —ethelred —ha ha —la porte de ermite enfoncée et le râle du
dragon et le retentissement du bouclier —dites plutôt le bris de sa
bière et le grincement des gonds de fer de sa prison et son affreuse
lutte dans le vestibule de cuivre oh où fuir ne sera pas ici
tout à heure arrive pas pour me reprocher ma précipitation
ai pas entendu son pas sur escalier est que je ne distingue
pas horrible et lourd battement de son cœur insensé ici il se
dressa furieusement sur ses pieds et hurla ces syllabes comme si dans
cet effort suprême il rendait son âme insensé je vous dis elle
est maintenant derrière la porte 

À instant même comme si énergie surhumaine de sa parole eût acquis
la toute puissance un charme les vastes et antiques panneaux que
désignait usher entrouvrirent lentement leurs lourdes mâchoires ébène
était un furieux coup de vent —mais derrière cette porte
se tenait alors la haute figure de lady madeline usher enveloppée de
son suaire il y avait du sang sur ses vêtements blancs et toute sa
personne amaigrie portait les traces évidentes de quelque horrible
lutte pendant un moment elle resta tremblante et vacillante sur le
seuil —puis avec un cri plaintif et profond elle tomba lourdement en
avant sur son frère et dans sa violente et définitive agonie elle
entraîna à terre —cadavre maintenant et victime de ses terreurs
anticipées

je enfuis de cette chambre et de ce manoir frappé horreur la
tempête était encore dans toute sa rage quand je franchissais la vieille
avenue tout un coup une lumière étrange se projeta sur la route et
je me retournai pour voir où pouvait jaillir une lueur si singulière
car je avais derrière moi que le vaste château avec toutes ses ombres
le rayonnement provenait de la pleine lune qui se couchait rouge de
sang et maintenant brillait vivement à travers cette fissure à peine
visible naguère qui comme je ai dit parcourait en zigzag le
bâtiment depuis le toit à la base pendant que je regardais cette
fissure élargit rapidement —il survint une reprise de vent un
tourbillon furieux —le disque entier de la planète éclata tout à coup à
ma vue la tête me tourna quand je vis les puissantes murailles
écrouler en deux —il se fit un bruit prolongé un fracas tumultueux
comme la voix de mille cataractes —et étang profond et croupi placé à
mes pieds se referma tristement et silencieusement sur les ruines de la
maison usher






impia tortorum longos hic turba furores 
sanguinis innocui non satiata aluit 
sospite nunc patria fracto nunc funeris antro 
mors ubi dira fuit vita salusque patent 

quatrain composé pour les portes un marché qui devait élever sur
emplacement du club des jacobins à paris


étais brisé —brisé à la mort par cette longue agonie et quand
enfin ils me délièrent et il me fut permis de asseoir je sentis
que mes sens abandonnaient la sentence —la terrible sentence de
mort —fut la dernière phrase distinctement accentuée qui frappa mes
oreilles après quoi le son des voix des inquisiteurs me parut se noyer
dans le bourdonnement indéfini un rêve ce bruit apportait dans mon
âme idée une rotation parce que dans mon imagination je
associais avec une roue de moulin mais cela ne dura que fort peu de
temps car tout un coup je entendis plus rien toutefois pendant
quelque temps encore je vis mais avec quelle terrible exagération je
voyais les lèvres des juges en robe noire elles apparaissaient
blanches —plus blanches que la feuille sur laquelle je trace ces
mots —et minces au grotesque amincies par intensité de leur
expression de dureté immuable résolution —de rigoureux mépris de la
douleur humaine je voyais que les décrets de ce qui pour moi
représentait le destin coulaient encore de ces lèvres je les vis se
tordre en une phrase de mort je les vis figurer les syllabes de mon
nom et je frissonnai sentant que le son ne suivait pas le mouvement
je vis aussi pendant quelques moments horreur délirante la molle et
presque imperceptible ondulation des draperies noires qui revêtaient les
murs de la salle et alors ma vue tomba sur les sept grands flambeaux
qui étaient posés sur la table abord ils revêtirent aspect de la
charité et apparurent comme des anges blancs et sveltes qui devaient
me sauver mais alors et tout un coup une nausée mortelle envahit
mon âme et je sentis chaque fibre de mon être frémir comme si avais
touché le fil une pile voltaïque et les formes angéliques devenaient
des spectres insignifiants avec des têtes de flamme et je voyais bien
il y avait aucun secours à espérer eux et alors se glissa dans
mon imagination comme une riche note musicale idée du repos délicieux
qui nous attend dans la tombe idée vint doucement et furtivement et
il me semble il me fallut un long temps pour en avoir une
appréciation complète mais au moment même où mon esprit commençait
enfin à bien sentir et à choyer cette idée les figures des juges
évanouirent comme par magie les grands flambeaux se réduisirent à
néant leurs flammes éteignirent entièrement le noir des ténèbres
survint toutes sensations parurent engloutir comme dans un plongeon
fou et précipité de âme dans hadès et univers ne fut plus que
nuit silence immobilité

étais évanoui mais cependant je ne dirai pas que eusse perdu toute
conscience ce il en restait je essaierai pas de le définir ni
même de le décrire mais enfin tout était pas perdu dans le plus
profond sommeil —non dans le délire —non dans
évanouissement —non dans la mort —non même dans le tombeau tout
est pas perdu autrement il y aurait pas immortalité pour
homme en nous éveillant du plus profond sommeil nous déchirons la
toile aranéeuse de quelque rêve cependant une seconde après —tant
était frêle ce tissu —nous ne nous souvenons pas avoir
rêvé dans le retour de évanouissement à la vie il y a deux degrés
le premier est le sentiment de existence morale ou spirituelle le
second le sentiment de existence physique il semble probable que
si en arrivant au second degré nous pouvions évoquer les impressions
du premier nous y retrouverions tous les éloquents souvenirs du gouffre
transmondain et ce gouffre quel est comment du moins
distinguerons ses ombres de celles de la tombe mais si les
impressions de ce que ai appelé le premier degré ne reviennent pas à
appel de la volonté toutefois après un long intervalle
apparaissent pas sans y être invitées cependant que nous nous
émerveillons où elles peuvent sortir celui qui ne est jamais
évanoui est pas celui qui découvre étranges palais et des visages
bizarrement familiers dans les braises ardentes ce est pas lui qui
contemple flottantes au milieu de air les mélancoliques visions que
le vulgaire ne peut apercevoir ce est pas lui qui médite sur le
parfum de quelque fleur inconnue —ce est pas lui dont le cerveau
égare dans le mystère de quelque mélodie qui alors avait
jamais arrêté son attention

au milieu de mes efforts répétés et intenses de mon énergique
application à ramasser quelque vestige de cet état de néant apparent
dans lequel avait glissé mon âme il y a eu des moments où je rêvais que
je réussissais il y a eu de courts instants de instants où
ai conjuré des souvenirs que ma raison lucide dans une époque
postérieure a affirmé ne pouvoir se rapporter à cet état où la
conscience paraît annihilée ces ombres de souvenirs me présentent
de grandes figures qui enlevaient et
silencieusement me transportaient en bas —et encore en bas —toujours
plus bas au moment où un vertige horrible oppressa à la simple
idée de infini dans la descente elles me rappellent aussi je ne sais
quelle vague horreur que éprouvais au cœur en raison même du calme
surnaturel de ce cœur puis vient le sentiment une immobilité
soudaine dans tous les êtres environnants comme si ceux qui me
portaient —un cortège de spectres —avaient dépassé dans leur descente
les limites de illimité et étaient arrêtés vaincus par infini
ennui de leur besogne ensuite mon âme retrouve une sensation de fadeur
et humidité et puis tout est plus que folie —la folie une
mémoire qui agite dans abominable

revinrent dans mon âme son et mouvement —le mouvement
tumultueux du cœur et dans mes oreilles le bruit de ses battements
puis une pause dans laquelle tout disparaît puis de nouveau le son
le mouvement et le toucher —comme une sensation vibrante pénétrant mon
être puis la simple conscience de mon existence sans
pensée —situation qui dura longtemps puis la
pensée et une terreur frissonnante et un ardent effort de comprendre
au vrai mon état puis un vif désir de retomber dans insensibilité
puis brusque renaissance de âme et tentative réussie de mouvement et
alors le souvenir complet du procès des draperies noires de la
sentence de ma faiblesse de mon évanouissement quant à tout ce qui
suivit oubli le plus complet ce est que plus tard et par
application la plus énergique que je suis parvenu à me le rappeler
vaguement

jusque je avais pas ouvert les yeux je sentais que étais couché
sur le dos et sans liens étendis ma main et elle tomba lourdement
sur quelque chose humide et dur je la laissai reposer ainsi pendant
quelques minutes évertuant à deviner où je pouvais être et ce que
étais devenu étais impatient de me servir de mes yeux mais je
osais pas je redoutais le premier coup sur les objets
environnants ce était pas que je craignisse de regarder des choses
horribles mais étais épouvanté de idée de ne rien voir À la
longue avec une folle angoisse de cœur ouvris vivement les yeux
mon affreuse pensée se trouvait donc confirmée la noirceur de
éternelle nuit enveloppait je fis un effort pour respirer il me
semblait que intensité des ténèbres oppressait et me suffoquait
atmosphère était intolérablement lourde je restai paisiblement
couché et je fis un effort pour exercer ma raison je me rappelai les
procédés de inquisition et partant de là je appliquai à en
déduire ma position réelle la sentence avait été prononcée et il me
semblait que depuis lors il était écoulé un long intervalle de
temps cependant je imaginai pas un seul instant que je fusse
réellement mort une telle idée en dépit de toutes les fictions
littéraires est tout à fait incompatible avec existence réelle —mais
où étais et dans quel état les condamnés à mort je le savais
mouraient ordinairement dans les une solennité de ce genre
avait été célébrée le soir même du jour de mon jugement avais été
réintégré dans mon cachot pour y attendre le prochain sacrifice qui ne
devait avoir lieu que dans quelques mois je vis tout abord que cela
ne pouvait pas être le contingent des victimes avait été mis
immédiatement en réquisition de plus mon premier cachot comme toutes
les cellules des condamnés à tolède était pavé de pierres et la
lumière en était pas tout à fait exclue

tout à coup une idée terrible chassa le sang par torrents vers mon
cœur et pendant quelques instants je retombai de nouveau dans mon
insensibilité en revenant à moi je me dressai un seul coup sur mes
pieds tremblant convulsivement dans chaque fibre étendis follement
mes bras et autour de moi dans tous les sens je ne sentais
rien cependant je tremblais de faire un pas avais peur de me
heurter contre les murs de ma tombe la sueur jaillissait de tous mes
pores et arrêtait en grosses gouttes froides sur mon front agonie
de incertitude devint à la longue intolérable et je avançai avec
précaution étendant les bras et dardant mes yeux hors de leurs orbites
dans espérance de surprendre quelque faible rayon de lumière je fis
plusieurs pas mais tout était noir et vide je respirai plus librement
enfin il me parut évident que la plus affreuse des destinées était pas
celle on avait réservée

et alors comme je continuais à avancer avec précaution mille vagues
rumeurs qui couraient sur ces horreurs de tolède vinrent se presser
dans ma mémoire il se racontait sur ces cachots étranges
choses —je les avais toujours considérées comme des fables —mais
cependant si étranges et si effrayantes on ne les pouvait répéter
à voix basse devais mourir de faim dans ce monde souterrain de
ténèbres —ou quelle destinée plus terrible encore
attendait que le résultat fût la mort et une mort une amertume
choisie je connaissais trop bien le caractère de mes juges pour en
douter le mode et heure étaient tout ce qui occupait et me
tourmentait

mes mains étendues rencontrèrent à la longue un obstacle solide était
un mur qui semblait construit en pierres humide et froid
je le suivis de près marchant avec la soigneuse méfiance que avaient
inspirée certaines anciennes histoires cette opération néanmoins ne me
donnait aucun moyen de vérifier la dimension de mon cachot car je
pouvais en faire le tour et revenir au point où étais parti sans
en apercevoir tant le mur semblait parfaitement uniforme est
pourquoi je cherchai le couteau que avais dans ma poche quand on
avait conduit au tribunal mais il avait disparu mes vêtements ayant
été changés contre une robe de serge grossière avais eu idée
enfoncer la lame dans quelque menue crevasse de la maçonnerie afin de
bien constater mon point de départ la difficulté cependant était bien
vulgaire mais abord dans le désordre de ma pensée elle me sembla
insurmontable je déchirai une partie de ourlet de ma robe et je
plaçai le morceau par terre dans toute sa longueur et à angle droit
contre le mur en suivant mon chemin à tâtons autour de mon cachot je
ne pouvais pas manquer de rencontrer ce chiffon en achevant le circuit
du moins je le croyais mais je avais pas tenu compte de étendue de
mon cachot ou de ma faiblesse le terrain était humide et glissant
allai en chancelant pendant quelque temps puis je trébuchai je
tombai mon extrême fatigue me décida à rester couché et le sommeil me
surprit bientôt dans cet état

en éveillant et en étendant un bras je trouvai à côté de moi un pain
et une cruche eau étais trop épuisé pour réfléchir sur cette
circonstance mais je bus et mangeai avec avidité peu de temps après
je repris mon voyage autour de ma prison et avec beaucoup de peine
arrivai au lambeau de serge au moment où je tombai avais déjà
compté pas et en reprenant ma promenade en comptai
encore —quand je rencontrai mon chiffon donc en tout
cela faisait cent pas et en supposant que deux pas fissent un yard je
présumai que le cachot avait cinquante yards de circuit avais
toutefois rencontré beaucoup angles dans le mur et ainsi il y avait
guère moyen de conjecturer la forme du caveau car je ne pouvais
empêcher de supposer que était un caveau

je ne mettais pas un bien grand intérêt dans ces recherches —à coup
sûr pas espoir mais une vague curiosité me poussa à les continuer
quittant le mur je résolus de traverser la superficie circonscrite
abord avançai avec une extrême précaution car le sol quoique
paraissant fait une matière dure était traître et gluant À la longue
cependant je pris courage et je me mis à marcher avec assurance
appliquant à traverser en ligne aussi droite que possible je étais
ainsi avancé de dix ou douze pas environ quand le reste de ourlet
déchiré de ma robe entortilla dans mes jambes je marchai dessus et
tombai violemment sur le visage

dans le désordre de ma chute je ne remarquai pas tout de suite une
circonstance passablement surprenante qui cependant quelques secondes
après et comme étais encore étendu fixa mon attention voici mon
menton posait sur le sol de la prison mais mes lèvres et la partie
supérieure de ma tête quoique paraissant situées à une moindre
élévation que le menton ne touchaient à rien en même temps il me
sembla que mon front était baigné une vapeur visqueuse et une odeur
particulière de vieux champignons montait vers mes narines étendis le
bras et je frissonnai en découvrant que étais tombé sur le bord même
un puits circulaire dont je avais pour le moment aucun moyen de
mesurer étendue en tâtant la maçonnerie juste de la
margelle je réussis à déloger un petit fragment et je le laissai
tomber dans abîme pendant quelques secondes je prêtai oreille à
ses ricochets il battait dans sa chute les parois du gouffre à la fin
il fit dans eau un lugubre plongeon suivi de bruyants échos au même
instant un bruit se fit de ma tête comme une porte presque
aussitôt fermée ouverte pendant un faible rayon de lumière
traversait soudainement obscurité et éteignait presque en même
temps

je vis clairement la destinée qui avait été préparée et je me
félicitai de accident opportun qui avait sauvé un pas de plus et
le monde ne aurait plus revu et cette mort évitée à temps portait ce
même caractère que avais regardé comme fabuleux et absurde dans les
contes qui se faisaient sur inquisition les victimes de sa tyrannie
avaient pas autre alternative que la mort avec ses plus cruelles
agonies physiques ou la mort avec ses plus abominables tortures
morales avais été réservé pour cette dernière mes nerfs étaient
détendus par une longue souffrance au point que je tremblais au son de
ma propre voix et étais devenu à tous égards un excellent sujet pour
espèce de torture qui attendait

tremblant de tous mes membres je rebroussai chemin à tâtons vers le
mur —résolu à y laisser mourir plutôt que affronter horreur des
puits que mon imagination multipliait maintenant dans les ténèbres de
mon cachot dans une autre situation esprit aurais eu le courage
en finir avec mes misères un seul coup par un plongeon dans un
de ces abîmes mais maintenant étais le plus parfait des lâches et
puis il était impossible oublier ce que avais lu au sujet de ces
puits —que extinction soudaine de la vie était une possibilité
soigneusement exclue par infernal génie qui en avait conçu le plan

agitation de mon esprit me tint éveillé pendant de longues heures
mais à la fin je assoupis de nouveau en éveillant je trouvai à
côté de moi comme la première fois un pain et une cruche eau une
soif brûlante me consumait et je vidai la cruche tout un trait il
faut que cette eau ait été droguée —car à peine eus bue que je
assoupis irrésistiblement un profond sommeil tomba sur moi —un
sommeil semblable à celui de la mort combien de temps dura je
en puis rien savoir mais quand je rouvris les yeux les objets
autour de moi étaient visibles grâce à une lueur singulière
sulfureuse dont je ne pus pas abord découvrir origine je pouvais
voir étendue et aspect de la prison

je étais grandement mépris sur sa dimension les murs ne pouvaient pas
avoir plus de yards de circuit pendant quelques minutes
cette découverte fut pour moi un immense trouble trouble bien puéril
en vérité —car au milieu des circonstances terribles qui
entouraient que pouvait y avoir de moins important que les
dimensions de ma prison mais mon âme mettait un intérêt bizarre dans
des niaiseries et je appliquai fortement à me rendre compte de
erreur que avais commise dans mes mesures À la fin la vérité
apparut comme un éclair dans ma première tentative exploration
avais compté pas au moment où je tombai je
devais être alors à un pas ou deux du morceau de serge dans le fait
avais presque accompli le circuit du caveau je endormis alors —et
en éveillant il faut que je sois retourné sur mes pas —créant ainsi
un circuit presque double du circuit réel la confusion de mon cerveau
avait empêché de remarquer que avais commencé mon tour avec le mur à
ma gauche et que je finissais avec le mur à ma droite

je étais aussi trompé relativement à la forme de enceinte en tâtant
ma route avais trouvé beaucoup angles et en avais déduit idée
une grande irrégularité tant est puissant effet une totale
obscurité sur un qui sort une léthargie ou un sommeil ces
angles étaient simplement produits par quelques légères dépressions ou
retraits à des intervalles inégaux la forme générale de la prison était
un carré ce que avais pris pour de la maçonnerie semblait maintenant
du fer ou tout autre métal en plaques énormes dont les sutures et les
joints occasionnaient les dépressions la surface entière de cette
construction métallique était grossièrement barbouillée de tous les
emblèmes hideux et répulsifs auxquels la superstition sépulcrale des
moines a donné naissance des figures de démons avec des airs de
menace avec des formes de squelettes et autres images une horreur
plus réelle souillaient les murs dans toute leur étendue observai que
les contours de ces monstruosités étaient suffisamment distincts mais
que les couleurs étaient flétries et altérées comme par effet une
atmosphère humide je remarquai alors le sol qui était en pierre au
centre bâillait le puits circulaire à la gueule duquel avais échappé
mais il y en avait un seul dans le cachot

je vis tout cela indistinctement et non sans effort —car ma situation
physique avait singulièrement changé pendant mon sommeil étais
maintenant couché sur le dos tout de mon long sur une espèce de
charpente de bois y étais solidement attaché avec une
longue bande qui ressemblait à une sangle elle enroulait plusieurs
fois autour de mes membres et de mon corps ne laissant de liberté à
ma tête et à mon bras gauche mais encore me fallait faire un effort
des plus pénibles pour me procurer la nourriture contenue dans un plat
de terre posé à côté de moi sur le sol je aperçus avec terreur que la
cruche avait été enlevée je dis avec terreur car étais dévoré une
intolérable soif il me sembla il entrait dans le plan de mes
bourreaux exaspérer cette soif —car la nourriture contenue dans le
plat était une viande cruellement assaisonnée

je levai les yeux et examinai le plafond de la prison il était à une
hauteur de trente ou quarante pieds et par sa construction il
ressemblait beaucoup aux murs latéraux dans un de ses panneaux une
figure des plus singulières fixa toute mon attention était la figure
peinte du temps comme il est représenté ordinaire sauf au lieu
une faux il tenait un objet au premier coup je pris pour
image peinte un énorme pendule comme on en voit dans les horloges
antiques il y avait néanmoins dans aspect de cette machine quelque
chose qui me fit la regarder avec plus attention comme je observais
directement les yeux en air —car elle était placée juste
de moi —je crus la voir remuer un instant après mon idée fut
confirmée son balancement était court et naturellement je
épiai pendant quelques minutes non sans une certaine défiance mais
surtout avec étonnement fatigué à la longue de surveiller son mouvement
fastidieux je tournai mes yeux vers les autres objets de la cellule

un léger bruit attira mon attention et regardant le sol je vis
quelques rats énormes qui le traversaient ils étaient sortis par le
puits que je pouvais apercevoir à ma droite au même instant comme je
les regardais ils montèrent par troupes en toute hâte avec des yeux
voraces affriandés par le fumet de la viande il me fallait beaucoup
efforts et attention pour les en écarter

il pouvait bien être écoulé une même une
heure —car je ne pouvais mesurer le temps que
—quand je levai de nouveau les yeux de
moi ce que je vis alors me confondit et me stupéfia le parcours du
pendule était accru presque un yard sa vélocité conséquence
naturelle était aussi beaucoup plus grande mais ce qui me troubla
principalement fut idée il était visiblement descendu observai
alors —avec quel effroi il est inutile de le dire —que son extrémité
inférieure était formée un croissant acier étincelant ayant environ
un pied de long une corne à autre les cornes dirigées en haut et
le tranchant inférieur évidemment affilé comme celui un rasoir comme
un rasoir aussi il paraissait lourd et massif épanouissant à partir
du fil en une forme large et solide il était ajusté à une lourde verge
de cuivre et le tout sifflait en se balançant à travers espace

je ne pouvais pas douter plus longtemps au sort qui avait été préparé
par atroce ingéniosité monacale ma découverte du puits était devinée
par les agents de inquisition —le puits dont les horreurs avaient
été réservées à un hérétique aussi téméraire que moi le puits
figure de enfer et considéré par opinion comme ultima thule de
tous leurs châtiments avais évité le plongeon par le plus fortuit des
accidents et je savais que art de faire du supplice un piège et une
surprise formait une branche importante de tout ce fantastique système
exécutions secrètes or ayant manqué ma chute dans abîme il
entrait pas dans le plan démoniaque de y précipiter étais donc
voué—et cette fois sans alternative possible —à une destruction
différente et plus douce —plus douce ai presque souri dans mon
agonie en pensant à la singulière application que je faisais un pareil
mot

que sert de raconter les longues longues heures horreur plus que
mortelles durant lesquelles je comptai les oscillations vibrantes de
acier pouce par pouce —ligne par ligne —il opérait une descente
graduée et seulement appréciable à des intervalles qui me paraissaient
des siècles —et toujours il descendait —toujours plus bas —toujours
plus bas il écoula des jours il se peut que plusieurs jours se
soient écoulés avant il vînt se balancer assez près de moi pour
éventer avec son souffle âcre odeur de acier aiguisé
introduisait dans mes narines je priai le ciel —je le fatiguai de ma
prière —de faire descendre acier plus rapidement je devins fou
frénétique et je efforçai de me soulever aller à la rencontre de
ce terrible cimeterre mouvant et puis soudainement je tombai dans un
grand calme —et je restai étendu souriant à cette mort étincelante
comme un enfant à quelque précieux joujou

il se fit un nouvel intervalle de parfaite insensibilité intervalle
car en revenant à la vie je ne trouvai pas que le pendule
fût descendu une quantité appréciable cependant il se pourrait bien
que ce temps eût été long —car je savais il y avait des démons qui
avaient pris note de mon évanouissement et qui pouvaient arrêter la
vibration à leur gré en revenant à moi éprouvai un malaise et une
faiblesse—oh inexprimables —comme par suite une longue inanition
même au milieu des angoisses présentes la nature humaine implorait sa
nourriture avec un effort pénible étendis mon bras gauche aussi loin
que mes liens me le permettaient et je emparai un petit reste que
les rats avaient bien voulu me laisser comme en portais une partie à
mes lèvres une pensée informe de joie espérance —traversa mon
esprit cependant y avait de commun entre moi et espérance
était dis une pensée informe homme en a souvent de semblables
qui ne sont jamais complétées je sentis que était une pensée de
joie espérance mais je sentis aussi elle était morte en
naissant vainement je efforçai de la parfaire —de la rattraper ma
longue souffrance avait presque annihilé les facultés ordinaires de mon
esprit étais un imbécile —un idiot

la vibration du pendule avait lieu dans un plan faisant angle droit avec
ma longueur je vis que le croissant avait été disposé pour traverser la
région du cœur il éraillerait la serge de ma robe —puis il
reviendrait et répéterait son opération —encore —et encore malgré
effroyable dimension de la courbe parcourue quelque chose comme
trente pieds plus et la sifflante énergie de sa descente
qui aurait suffi pour couper même ces murailles de fer en somme tout ce
il pouvait faire pour quelques minutes était érailler ma robe
et sur cette pensée je fis une pause je osais pas aller plus loin que
cette réflexion je appesantis avec une attention opiniâtre
comme si par cette insistance je pouvais arrêter là la descente de
acier je appliquai à méditer sur le son que produirait le croissant
en passant à travers mon vêtement —sur la sensation particulière et
pénétrante que le frottement de la toile produit sur les nerfs je
méditai sur toutes ces futilités à ce que mes dents fussent
agacées

plus bas —plus bas encore —il glissait toujours plus bas je prenais
un plaisir frénétique à comparer sa vitesse de haut en bas avec sa
vitesse latérale À droite —à gauche —et puis il fuyait loin loin et
puis il revenait —avec le glapissement un esprit damné à mon
cœur avec allure furtive du tigre je riais et je hurlais
alternativement selon que une ou autre idée prenait le dessus

plus bas —invariablement impitoyablement plus bas il vibrait à trois
pouces de ma poitrine je efforçai violemment—furieusement —de
délivrer mon bras gauche il était libre seulement depuis le coude
à la main je pouvais faire jouer ma main depuis le plat situé à
côté de moi à ma bouche avec un grand effort —et rien de plus
si avais pu briser les ligatures du coude aurais saisi le
pendule et aurais essayé de arrêter aurais aussi bien essayé
arrêter une avalanche

toujours plus bas —incessamment —inévitablement plus bas je respirais
douloureusement et je agitais à chaque vibration je me rapetissais
convulsivement à chaque balancement mes yeux le suivaient dans sa volée
ascendante et descendante avec ardeur du désespoir le plus insensé
ils se refermaient spasmodiquement au moment de la descente quoique la
mort eût été un soulagement —oh quel indicible soulagement et
cependant je tremblais dans tous mes nerfs quand je pensais il
suffirait que la machine descendît un cran pour précipiter sur ma
poitrine cette hache aiguisée étincelante était espérance qui
faisait ainsi trembler mes nerfs et tout mon être se replier était
espérance espérance qui triomphe même sur le chevalet —qui
chuchote à oreille des condamnés à mort même dans les cachots de
inquisition

je vis que dix ou douze vibrations environ mettraient acier en contact
immédiat avec mon vêtement —et avec cette observation entra dans mon
esprit le calme aigu et condensé du désespoir pour la première fois
depuis bien des heures —depuis bien des jours je pensai
il me vint à esprit que le bandage ou sangle qui enveloppait était
un seul morceau étais attaché par un lien continu la première
morsure du rasoir du croissant dans une partie quelconque de la
sangle devait la détacher suffisamment pour permettre à ma main gauche
de la dérouler tout autour de moi mais combien devenait terrible dans
ce cas la proximité de acier et le résultat de la plus légère
secousse mortel Était vraisemblable ailleurs que les mignons du
bourreau eussent pas prévu et paré cette possibilité Était
probable que le bandage traversât ma poitrine dans le parcours du
pendule tremblant de me voir frustré de ma faible espérance
vraisemblablement ma dernière je haussai suffisamment ma tête pour voir
distinctement ma poitrine la sangle enveloppait étroitement mes membres
et mon corps dans tous les sens excepté dans le chemin du croissant
homicide

À peine avais laissé retomber ma tête dans sa position première que
je sentis briller dans mon esprit quelque chose que je ne saurais mieux
définir que la moitié non formée de cette idée de délivrance dont ai
déjà parlé et dont une moitié seule avait flotté vaguement dans ma
cervelle lorsque je portai la nourriture à mes lèvres brûlantes idée
tout entière était maintenant présente —faible à peine viable à peine
définie —mais enfin complète je me mis immédiatement avec énergie
du désespoir à en tenter exécution

depuis plusieurs heures le voisinage immédiat du châssis sur lequel
étais couché fourmillait littéralement de rats ils étaient
tumultueux hardis voraces —leurs yeux rouges dardés sur moi comme
ils attendaient que mon immobilité pour faire de moi leur proie —À
quelle nourriture —pensai —ont ils été accoutumés dans ce puits

excepté un petit reste ils avaient dévoré en dépit de tous mes efforts
pour les en empêcher le contenu du plat ma main avait contracté une
habitude de de balancement vers le plat et à la longue
uniformité machinale du mouvement lui avait enlevé toute son
efficacité dans sa voracité cette vermine fixait souvent ses dents
aiguës dans mes doigts avec les miettes de la viande huileuse et épicée
qui restait encore je frottai fortement le bandage partout où je pus
atteindre puis retirant ma main du sol je restai immobile et sans
respirer

abord les voraces animaux furent saisis et effrayés du changement —de
la cessation du mouvement ils prirent alarme et tournèrent le dos
plusieurs regagnèrent le puits mais cela ne dura un moment je
avais pas compté en vain sur leur gloutonnerie observant que je
restais sans mouvement un ou deux des plus hardis grimpèrent sur le
châssis et flairèrent la sangle cela me parut le signal une invasion
générale des troupes fraîches se précipitèrent hors du puits ils
accrochèrent au bois —ils escaladèrent et sautèrent par centaines
sur mon corps le mouvement régulier du pendule ne les troublait pas le
moins du monde ils évitaient son passage et travaillaient activement
sur le bandage huilé ils se pressaient —ils fourmillaient et
amoncelaient incessamment sur moi ils se tortillaient sur ma gorge
leurs lèvres froides cherchaient les miennes étais à moitié suffoqué
par leur poids multiplié un dégoût qui a pas de nom dans le monde
soulevait ma poitrine et glaçait mon cœur comme un pesant vomissement
encore une minute et je sentais que horrible opération serait finie
je sentais positivement le relâchement du bandage je savais il
devait être déjà coupé en plus un endroit avec une résolution
surhumaine je restai immobile je ne étais pas trompé dans mes
calculs —je avais pas souffert en vain À la longue je sentis que
étais libre la sangle pendait en lambeaux autour de mon corps mais
le mouvement du pendule attaquait déjà ma poitrine il avait fendu la
serge de ma robe il avait coupé la chemise de dessous il fit encore
deux oscillations —et une sensation de douleur aiguë traversa tous mes
nerfs mais instant du salut était arrivé À un geste de ma main mes
libérateurs enfuirent tumultueusement avec un mouvement tranquille et
résolu —prudent et oblique —lentement et en aplatissant —je me
glissai hors de étreinte du bandage et des atteintes du cimeterre
pour le moment du moins étais libre

libre —et dans la griffe de inquisition étais à peine sorti de mon
grabat horreur avais à peine fait quelques pas sur le pavé de la
prison que le mouvement de infernale machine cessa et que je la vis
attirée par une force invisible à travers le plafond ce fut une leçon
qui me mit le désespoir dans le cœur tous mes mouvements étaient
indubitablement épiés libre —je avais échappé à la mort sous une
espèce agonie que pour être livré à quelque chose de pire que la mort
sous quelque autre espèce À cette pensée je roulai mes yeux
convulsivement sur les parois de fer qui enveloppaient quelque chose
de singulier—un changement que abord je ne pus apprécier
distinctement—se produisit dans la chambre était évident durant
quelques minutes une distraction pleine de rêves et de frissons je me
perdis dans de vaines et incohérentes conjectures pendant ce temps je
aperçus pour la première fois de origine de la lumière sulfureuse
qui éclairait la cellule elle provenait une fissure large à peu près
un qui étendait tout autour de la prison à la base des
murs qui paraissaient ainsi et étaient en effet complètement séparés du
sol je tâchai mais bien en vain comme on le pense de regarder par
cette ouverture

comme je me relevais découragé le mystère de altération de la chambre
se dévoila tout un coup à mon intelligence avais observé que bien
que les contours des figures murales fussent suffisamment distincts les
couleurs semblaient altérées et indécises ces couleurs venaient de
prendre et prenaient à chaque instant un éclat saisissant et
qui donnait à ces images fantastiques et diaboliques un
aspect dont auraient frémi des nerfs plus solides que les miens des
yeux de démons une vivacité féroce et sinistre étaient dardés sur
moi de mille endroits où primitivement je en soupçonnais aucun et
brillaient de éclat lugubre un feu que je voulais absolument mais
en vain regarder comme imaginaire

imaginaire —il me suffisait de respirer pour attirer dans mes
narines la vapeur du fer chauffé une odeur suffocante se répandit dans
la prison une ardeur plus profonde se fixait à chaque instant dans les
yeux dardés sur mon agonie une teinte plus riche de rouge étalait sur
ces horribles peintures de sang étais haletant je respirais avec
effort il y avait pas à douter du dessein de mes bourreaux —oh les
plus impitoyables oh les plus démoniaques des hommes je reculai loin
du métal ardent vers le centre du cachot en face de cette destruction
par le feu idée de la fraîcheur du puits surprit mon âme comme un
baume je me précipitai vers ses bords mortels je tendis mes regards
vers le fond éclat de la voûte enflammée illuminait ses plus secrètes
cavités toutefois pendant un instant égarement mon esprit se refusa
à comprendre la signification de ce que je voyais À la fin cela entra
dans mon âme —de force victorieusement cela imprima en feu sur ma
raison frissonnante oh une voix une voix pour parler —oh
horreur—oh toutes les horreurs excepté celle —avec un cri je me
rejetai loin de la margelle et cachant mon visage dans mes mains je
pleurai amèrement

la chaleur augmentait rapidement et une fois encore je levai les yeux
frissonnant comme dans un accès de fièvre un second changement avait eu
lieu dans la cellule —et maintenant ce changement était évidemment dans
la forme comme la première fois ce fut abord en vain que je
cherchai à apprécier ou à comprendre ce qui se passait mais on ne me
laissa pas longtemps dans le doute la vengeance de inquisition
marchait grand train déroutée deux fois par mon bonheur et il y
avait pas à jouer plus longtemps avec le roi des Épouvantements la
chambre avait été carrée je apercevais que deux de ses angles de fer
étaient maintenant aigus —deux conséquemment obtus le terrible
contraste augmentait rapidement avec un grondement un gémissement
sourd en un instant la chambre avait changé sa forme en celle un
losange mais la transformation ne arrêta pas là je ne désirais pas
je espérais pas elle arrêtât aurais appliqué les murs rouges
contre ma poitrine comme un vêtement éternelle paix —la mort —me
dis importe quelle mort excepté celle du puits —insensé
comment avais pas compris il fallait le puits que ce puits
seul était la raison du fer brûlant qui assiégeait pouvais
résister à son ardeur et même en le supposant pouvais me roidir
contre sa pression et maintenant le losange aplatissait
aplatissait avec une rapidité qui ne me laissait pas le temps de la
réflexion son centre placé sur la ligne de sa plus grande largeur
coïncidait juste avec le gouffre béant essayai de reculer —mais les
murs en se resserrant me pressaient irrésistiblement enfin il vint
un moment où mon corps brûlé et contorsionné trouvait à peine sa place
où il y avait à peine place pour mon pied sur le sol de la prison je ne
luttais plus mais agonie de mon âme exhala dans un grand et long
cri suprême de désespoir je sentis que je chancelais sur le bord —je
détournai les yeux …

mais voilà comme un bruit discordant de voix humaines une explosion un
ouragan de trompettes un puissant rugissement comme celui un millier
de tonnerres les murs de feu reculèrent précipitamment un bras étendu
saisit le mien comme je tombais défaillant dans abîme était le
bras du général lasalle armée française était entrée à tolède
inquisition était dans les mains de ses ennemis …







je ai jamais connu personne qui eût plus entrain et qui fût plus
porté à la facétie que ce brave roi il ne vivait que pour les farces
raconter une bonne histoire dans le genre bouffon et la bien raconter
était le plus sûr chemin pour arriver à sa faveur est pourquoi ses
sept ministres étaient tous gens distingués par leurs talents de
farceurs ils étaient tous taillés après le patron royal —vaste
corpulence adiposité inimitable aptitude pour la bouffonnerie que les
gens engraissent par la farce ou il y ait dans la graisse quelque
chose qui prédispose à la farce est une question que je ai jamais
pu décider mais il est certain un farceur maigre peut appeler
rara avis in terris

quant aux raffinements ou ombres de esprit comme il les appelait
lui le roi en souciait médiocrement il avait une admiration
spéciale pour la largeur dans la facétie et il la digérait même en
longueur pour amour elle les délicatesses ennuyaient il
aurait préféré le gargantua de rabelais au zadig de voltaire et
tout les bouffonneries en action accommodaient son goût bien
mieux encore que les plaisanteries en paroles

À époque où se passe cette histoire les bouffons de profession
étaient pas tout à fait passés de mode à la cour des
grandes puissances continentales gardaient encore leurs fous
étaient des malheureux bariolés ornés de bonnets à sonnettes et qui
devaient être toujours prêts à livrer à la minute des bons mots
subtils en échange des miettes qui tombaient de la table royale

notre roi naturellement avait son fou le fait est il sentait le
besoin de quelque chose dans le sens de la folie —ne fût que pour
contrebalancer la pesante sagesse des sept hommes sages qui lui
servaient de ministres —pour ne pas parler de lui

néanmoins son fou son bouffon de profession était pas seulement un
fou sa valeur était triplée aux yeux du roi par le fait il était en
même temps nain et boiteux dans ce temps les nains étaient à la
cour aussi communs que les fous et plusieurs monarques auraient trouvé
difficile de passer leur temps —le temps est plus long à la cour que
partout ailleurs —sans un bouffon pour les faire rire et un nain pour
en rire mais comme je ai déjà remarqué tous ces bouffons dans
cas sur cent sont gras ronds et massifs —de
sorte que était pour notre roi une ample source orgueil de posséder
dans était le nom du fou —un triple trésor en une seule
personne

je crois que le nom de était pas celui dont avaient baptisé
ses parrains mais il lui avait été conféré par assentiment unanime
des sept ministres en raison de son impuissance à marcher comme les
autres hommes dans le fait ne pouvait se mouvoir avec
une sorte allure interjectionnelle —quelque chose entre le saut et
le tortillement —une espèce de mouvement qui était pour le roi une
récréation perpétuelle et naturellement une jouissance car
nonobstant la proéminence de sa panse et une bouffissure
constitutionnelle de la tête le roi passait aux yeux de toute sa cour
pour un fort bel homme

mais bien que grâce à la distorsion de ses jambes ne pût se
mouvoir que dans un chemin ou sur un parquet la
prodigieuse puissance musculaire dont la nature avait doué ses bras
comme pour compenser imperfection de ses membres inférieurs le
rendait apte à accomplir maints traits une étonnante dextérité quand
il agissait arbres de cordes ou de quoi que ce soit où on pût
grimper dans ces exercices il avait plutôt air un écureuil ou
un petit singe que une grenouille

je ne saurais dire précisément de quel pays était originaire
il venait sans doute de quelque région barbare dont personne avait
entendu parler —à une vaste distance de la cour de notre roi
et une jeune fille un peu moins naine que lui —mais admirablement bien
proportionnée et excellente danseuse —avaient été enlevés à leurs
foyers respectifs dans des provinces limitrophes et envoyés en présent
au roi par un de ses généraux chéris de la victoire

dans de pareilles circonstances il y avait rien étonnant à ce
une étroite intimité se fût établie entre les deux petits captifs en
réalité ils devinrent bien vite deux amis jurés qui bien
il se mît en grands frais de bouffonnerie était nullement
populaire ne pouvait pas rendre à tripetta de grands services mais
elle en raison de sa grâce et de son exquise beauté—de naine —elle
était universellement admirée et choyée elle possédait donc beaucoup
influence et ne manquait jamais en user en toute occasion au
profit de son cher

dans une grande occasion solennelle —je ne sais plus laquelle —le roi
résolut de donner un bal masqué et chaque fois une mascarade ou
toute autre fête de ce genre avait lieu à la cour les talents de
et de tripetta étaient à coup sûr mis en réquisition
particulièrement était si inventif en matière de décorations de types
nouveaux et de travestissements pour les bals masqués il semblait
que rien ne pût se faire sans son assistance

la nuit marquée par la fête était arrivée une salle splendide avait été
disposée sous de tripetta avec toute ingéniosité possible
pour donner de éclat à une mascarade toute la cour était dans la
fièvre de attente quant aux costumes et aux rôles chacun on le
pense bien avait fait son choix en cette matière beaucoup de personnes
avaient déterminé les rôles elles adopteraient une semaine ou même
un mois avance et en somme il y avait incertitude ni indécision
nulle part —excepté chez le roi et ses sept ministres pourquoi
hésitaient je ne saurais le dire —à moins que ce ne fût encore une
manière de farce plus vraisemblablement il leur était difficile
attraper leur idée à cause ils étaient si gros quoi il en
soit le temps fuyait et comme dernière ressource ils envoyèrent
chercher tripetta et

quand les deux petits amis obéirent à ordre du roi ils le trouvèrent
prenant royalement le vin avec les sept membres de son conseil privé
mais le monarque semblait de fort mauvaise humeur il savait que
craignait le vin car cette boisson excitait le pauvre boiteux
à la folie et la folie est pas une manière de sentir bien
réjouissante mais le roi aimait ses propres charges et prenait plaisir
à forcer à boire et —suivant expression royale —à être
gai

—viens ici —dit comme le bouffon et son amie entraient
dans la chambre cette rasade à la santé de vos amis absents
ici soupira et sers de ton imaginative nous avons
besoin de types —de caractères mon brave —de quelque chose de
extraordinaire nous sommes fatigués de cette éternelle
monotonie allons bois —le vin allumera ton génie

efforça comme habitude de répondre par un bon mot aux
avances du roi mais effort fut trop grand était justement le jour
de naissance du pauvre nain et ordre de boire à ses amis absents
fit jaillir les larmes de ses yeux quelques larges gouttes amères
tombèrent dans la coupe pendant il la recevait humblement de la main
de son tyran

—ha ha ha —rugit ce dernier comme le nain épuisait la coupe avec
répugnance —vois ce que peut faire un verre de bon vin eh tes yeux
brillent déjà

pauvre garçon ses larges yeux étincelaient plutôt ils ne brillaient
car effet du vin sur son excitable cervelle était aussi puissant
instantané il plaça nerveusement le gobelet sur la table et promena
sur assistance un regard fixe et presque fou ils semblaient tous
amuser prodigieusement du succès de la farce royale

—et maintenant à ouvrage —dit le premier ministre un
homme

—oui —dit le roi —allons prête ton assistance des
types mon beau garçon des caractères nous avons besoin de
caractère —nous en avons tous besoin —ha ha ha

et comme ceci visait sérieusement au bon mot ils firent tous sept
chorus au rire royal rit aussi mais faiblement et un rire
distrait

—allons allons —dit le roi impatienté —est que tu ne trouves
rien

—je tâche de trouver quelque chose de nouveau —répéta le nain un
air perdu car il était tout à fait égaré par le vin

—tu tâches —cria le tyran férocement entends par ce mot ah
je comprends vous boudez et il vous faut encore du vin tiens avale
ça —et il remplit une nouvelle coupe et la tendit toute pleine au
boiteux qui la regarda et respira comme essoufflé

—bois te dis —cria le monstre —ou par les démons …

le nain hésitait le roi devint pourpre de rage les courtisans
souriaient cruellement tripetta pâle comme un cadavre avança
au siège du monarque et agenouillant devant lui elle le
supplia épargner son ami

le tyran la regarda pendant quelques instants évidemment stupéfait
une pareille audace il semblait ne savoir que dire ni que faire —ni
comment exprimer son indignation une manière suffisante À la fin
sans prononcer une syllabe il la repoussa violemment loin de lui et
lui jeta à la face le contenu de la coupe pleine aux bords

la pauvre petite se releva du mieux elle put et osant pas même
soupirer elle reprit sa place au pied de la table

il y eut pendant une un silence de mort pendant lequel on
aurait entendu tomber une feuille une plume ce silence fut interrompu
par une espèce de grincement sourd mais rauque et prolongé qui sembla
jaillir tout un coup de tous les coins de la chambre

—pourquoi —pourquoi —pourquoi faites ce bruit —demanda le roi
se retournant avec fureur vers le nain

ce dernier semblait être revenu à peu près de son ivresse et regardant
fixement mais avec tranquillité le tyran en face il écria
simplement

—moi —moi comment pourrait être moi

—le son a semblé venir du dehors —observa un des
courtisans imagine que est le perroquet à la fenêtre qui aiguise
son bec aux barreaux de sa cage

est vrai —répliqua le monarque comme par cette
idée —mais sur mon honneur de chevalier aurais juré que était le
grincement des dents de ce misérable

le nain se mit à rire le roi était un farceur trop déterminé
pour trouver à redire au rire de qui que ce fût et déploya une large
puissante et épouvantable rangée de dents bien mieux il déclara il
était tout disposé à boire autant de vin on voudrait le monarque
apaisa et ayant absorbé une nouvelle rasade sans le moindre
inconvénient entra tout de suite et avec chaleur dans le plan de la
mascarade

—je ne puis expliquer —observa fort tranquillement et comme il
avait jamais goûté de vin de sa vie —comment est faite cette
association idées mais juste après que votre majesté eut frappé la
petite et lui eut jeté le vin à la face juste après que votre
majesté eut fait cela et pendant que le perroquet faisait ce singulier
bruit derrière la fenêtre il est revenu à esprit un merveilleux
divertissement est un des jeux de mon pays et nous introduisons
souvent dans nos mascarades mais ici il sera absolument nouveau
malheureusement ceci demande une société de huit personnes et …

—eh nous sommes huit écria le roi riant de sa subtile
découverte —huit juste —moi et mes sept ministres voyons quel est
ce divertissement

—nous appelons cela —dit le boiteux —les huit
enchaînés et est vraiment un jeu charmant quand il est bien
exécuté

nous exécuterons —dit le roi en se redressant et abaissant les
paupières

—la beauté du jeu —continua —consiste dans effroi il
cause parmi les femmes

—excellent —rugirent en chœur le monarque et son ministère

est moi qui vous habillerai en —continua le
nain —fiez à moi pour tout cela la ressemblance sera si frappante
que tous les masques vous prendront pour de véritables bêtes —et
naturellement ils seront aussi terrifiés étonnés

—oh est ravissant écria le roi nous ferons de toi un
homme

—les chaînes ont pour but augmenter le désordre par leur tintamarre
vous êtes censés avoir échappé en masse à vos gardiens votre majesté ne
peut se figurer effet produit dans un bal masqué par huit
enchaînés que la plupart des assistants prennent pour de
véritables bêtes se précipitant avec des cris sauvages à travers une
foule hommes et de femmes coquettement et somptueusement vêtus le
contraste a pas son pareil

—cela sera —dit le roi et le conseil se leva en toute hâte —car il
se faisait tard —pour mettre à exécution le plan de

sa manière arranger tout ce monde en était
mais pour son dessein À époque où se passe cette
histoire on voyait rarement des animaux de cette espèce dans les
différentes parties du monde civilisé et comme les imitations faites
par le nain étaient suffisamment bestiales et plus que suffisamment
hideuses on crut pouvoir se fier à la ressemblance

le roi et ses ministres furent abord insinués dans des chemises et des
caleçons de tricot collants puis on les enduisit de goudron À cet
endroit de opération un de la bande suggéra idée de plumes
mais elle fut tout abord rejetée par le nain qui convainquit bien
vite les huit personnages par une démonstration oculaire que le poil
un animal tel que était bien plus fidèlement représenté
par du lin en conséquence on en étala une couche épaisse la
couche de goudron on se procura alors une longue chaîne abord on la
passa autour de la taille du roi et on y assujettit puis autour
un autre individu de la bande et on y assujettit également puis
successivement autour de chacun et de la même manière quand tout cet
arrangement de chaîne fut achevé en écartant un de autre aussi
loin que possible ils formèrent un cercle et pour achever la
vraisemblance fit passer le reste de la chaîne à travers le
cercle en deux diamètres à angles droits après la méthode adoptée
par les chasseurs de bornéo qui prennent des chimpanzés ou
autres grosses espèces

la grande salle dans laquelle le bal devait avoir lieu était une pièce
circulaire et recevant la lumière du soleil par une
fenêtre unique au plafond la nuit était le temps où cette salle
trouvait sa destination spéciale elle était principalement éclairée
par un vaste lustre suspendu par une chaîne au centre du châssis et
qui élevait ou abaissait au moyen un contrepoids ordinaire mais
pour ne pas nuire à élégance ce dernier passait en dehors de la
coupole et le toit

la décoration de la salle avait été abandonnée à la surveillance de
tripetta mais dans quelques détails elle avait probablement été guidée
par le calme jugement de son ami le nain était après son conseil
que pour cette occasion le lustre avait été enlevé écoulement de la
cire il eût été impossible empêcher dans une atmosphère aussi
chaude aurait causé un sérieux dommage aux riches toilettes des
invités qui vu encombrement de la salle auraient pas pu tous
éviter le centre la région du lustre de nouveaux
candélabres furent ajustés dans différentes parties de la salle hors de
espace rempli par la foule et un flambeau où échappait un parfum
agréable fut placé dans la main droite de chacune des cariatides qui
élevaient contre le mur au nombre de cinquante ou soixante en tout

les huit prenant conseil de attendirent
patiemment pour faire leur entrée que la salle fût complètement
remplie de masques à minuit mais horloge avait à
peine cessé de sonner ils se précipitèrent ou plutôt ils
roulèrent tous en masse —car empêchés comme ils étaient dans leurs
chaînes tombèrent et tous trébuchèrent en entrant

la sensation parmi les masques fut prodigieuse et remplit de joie le
cœur du roi comme on y attendait le nombre des invités fut grand
qui supposèrent que ces êtres de mine féroce étaient de véritables bêtes
une certaine espèce sinon précisément des plusieurs
femmes évanouirent de frayeur et si le roi avait pas pris la
précaution interdire toutes les armes lui et sa bande auraient pu
payer leur plaisanterie de leur sang bref ce fut une déroute générale
vers les portes mais le roi avait donné ordre on les fermât
aussitôt après son entrée et après le conseil du nain les clefs
avaient été remises entre ses mains

pendant que le tumulte était à son comble et que chaque masque ne
pensait à son propre salut —car en somme dans cette panique et
cette cohue il y avait un danger réel —on aurait pu voir la chaîne qui
servait à suspendre le lustre et qui avait été également retirée
descendre descendre à ce que son extrémité recourbée en crochet
fût arrivée à trois pieds du sol

peu instants après le roi et ses sept amis ayant roulé à travers la
salle dans toutes les directions se trouvèrent enfin au centre et en
contact immédiat avec la chaîne pendant ils étaient dans cette
position le nain qui avait toujours marché sur leurs talons les
engageant à prendre garde à la commotion se saisit de leur chaîne à
intersection des deux parties diamétrales alors avec la rapidité de
la pensée il y ajusta le crochet qui servait ordinaire à suspendre le
lustre et en un instant retirée comme par un agent invisible la
chaîne remonta assez haut pour mettre le crochet hors de toute portée
et conséquemment enleva les tous ensemble les uns contre
les autres et face à face

les masques pendant ce temps étaient à peu près revenus de leur
alarme et comme ils commençaient à prendre tout cela pour une
plaisanterie adroitement concertée ils poussèrent un immense éclat de
rire en voyant la position des singes

—gardez moi —cria alors et sa voix perçante se faisait
entendre à travers le tumulte je crois que je les
connais moi si je peux seulement les bien voir moi je vous dirai
tout de suite qui ils sont

alors chevauchant des pieds et des mains sur les têtes de la foule il
manœuvra de manière à atteindre le mur puis arrachant un flambeau à
une des cariatides il retourna comme il était venu vers le centre
de la salle —bondit avec agilité un singe sur la tête du roi —et
grimpa de quelques pieds après la chaîne —abaissant la torche pour
examiner le groupe des et criant toujours —je
découvrirai bien vite qui ils sont

et alors pendant que toute assemblée —y compris les singes —se
tordait de rire le bouffon poussa soudainement un sifflement aigu la
chaîne remonta vivement de trente pieds environ —tirant avec elle les
terrifiés qui se débattaient et les laissant suspendus
en air entre le châssis et le plancher cramponné à la
chaîne était remonté avec elle et gardait toujours sa position
relativement aux huit masques rabattant toujours sa torche vers eux
comme il efforçait de découvrir qui ils pouvaient être

toute assistance fut tellement stupéfiée par cette ascension il en
résulta un silence profond une minute environ mais il fut interrompu
par un bruit sourd une espèce de grincement rauque comme celui qui
avait déjà attiré attention du roi et de ses conseillers quand
celui avait jeté le vin à la face de tripetta mais dans le cas
présent il y avait pas lieu de chercher où partait le bruit il
jaillissait des dents du nain qui faisait grincer ces crocs comme il
les broyait dans écume de sa bouche et dardait des yeux étincelant
une rage folle vers le roi et ses sept compagnons dont les figures
étaient tournées vers lui

—ah ah —dit enfin le nain furibond —ah ah je commence à voir qui
sont ces gens maintenant

alors sous prétexte examiner le roi de plus près il approcha le
flambeau du vêtement de lin dont celui était revêtu et qui se fondit
instantanément en une nappe de flamme éclatante en moins une
les huit flambaient furieusement au milieu
des cris une multitude qui les contemplait en bas frappée
horreur et impuissante à leur porter le plus léger secours

À la longue les flammes jaillissant soudainement avec plus de
violence contraignirent le bouffon à grimper plus haut sur sa chaîne
hors de leur atteinte et pendant il accomplissait cette manœuvre
la foule retomba pour un instant encore dans le silence le nain
saisit occasion et prit de nouveau la parole

—maintenant —dit —je vois distinctement de quelle espèce sont
ces masques je vois un grand roi et ses sept conseillers privés un roi
qui ne se fait pas scrupule de frapper une fille sans défense et ses
sept conseillers qui encouragent dans son atrocité quant à moi je
suis simplement le bouffon —et ceci est ma dernière
bouffonnerie 

grâce à extrême combustibilité du chanvre et du goudron auquel il
était collé le nain avait à peine fini sa courte harangue que
de vengeance était accomplie les huit cadavres se balançaient sur leurs
chaînes —masse confuse fétide fuligineuse hideuse le boiteux lança
sa torche sur eux grimpa tout à loisir vers le plafond et disparut à
travers le châssis

on suppose que tripetta en sentinelle sur le toit de la salle avait
servi de complice à son ami dans cette vengeance incendiaire et ils
enfuirent ensemble vers leur pays car on ne les a jamais revus







avais supporté du mieux que avais pu les mille injustices de
fortunato mais quand il en vint à insulte je jurai de me venger
vous cependant qui connaissez bien la nature de mon âme vous ne
supposerez pas que aie articulé une seule menace À la longue je
devais être vengé était un point définitivement arrêté —mais la
perfection même de ma résolution excluait toute idée de péril je devais
punir mais punir impunément une injure est pas
redressée quand le châtiment atteint le redresseur elle est pas non
plus redressée quand le vengeur a pas soin de se faire connaître à
celui qui a commis injure

il faut on sache que je avais donné à fortunato aucune raison de
douter de ma bienveillance ni par mes paroles ni par mes actions je
continuai selon mon habitude à lui sourire en face et il ne devinait
pas que mon sourire désormais ne traduisait que la pensée de son
immolation

il avait un côté faible —ce fortunato —bien il fût à tous autres
égards un homme à respecter et même à craindre il se faisait gloire
être connaisseur en vins peu italiens ont le véritable esprit de
connaisseur leur enthousiasme est la plupart du temps emprunté
accommodé au temps et à occasion est un charlatanisme pour agir sur
les millionnaires anglais et autrichiens en fait de peintures et de
pierres précieuses fortunato comme ses compatriotes était un
charlatan —mais en matière de vieux vins il était sincère À cet égard
je ne différais pas essentiellement de lui étais
dans les crus italiens et en achetais considérablement
toutes les fois que je le pouvais

un soir à la brune au fort de la folie du carnaval je rencontrai mon
ami il accosta avec une cordialité car il avait beaucoup
bu mon homme était déguisé il portait un vêtement collant et
et sa tête était surmontée un bonnet conique avec des sonnettes
étais si heureux de le voir que je crus que je ne finirais jamais de
lui pétrir la main je lui dis

—mon cher fortunato je vous rencontre à propos —quelle excellente
mine vous avez —mais ai reçu une pipe amontillado ou
du moins un vin on me donne pour tel et ai des doutes

—comment —dit —de amontillado une pipe pas possible —et au
milieu du carnaval

ai des doutes —répliquai —et ai été assez bête pour payer le
prix total de amontillado sans vous consulter on a pas pu vous
trouver et je tremblais de manquer une occasion

—de amontillado

ai des doutes

—de amontillado

—et je veux les tirer au clair

—de amontillado

—puisque vous êtes invité quelque part je vais chercher luchesi si
un a le sens critique est lui il me dira …

—luchesi est incapable de distinguer amontillado du xérès

—et cependant il y a des imbéciles qui tiennent que son goût est égal
au vôtre

—venez allons



—À vos caves

—mon ami non je ne veux pas abuser de votre bonté je vois que vous
êtes invité luchesi …

—je ne suis pas invité —partons

—mon ami non ce est pas la question de invitation mais est le
cruel froid dont je aperçois que vous souffrez les caves sont
insupportablement humides elles sont tapissées de nitre

importe allons le froid est absolument rien de amontillado
on vous en a imposé —et quant à luchesi il est incapable de distinguer
le xérès de amontillado

en parlant ainsi fortunato empara de mon bras je mis un masque de
soie noire et enveloppant soigneusement un manteau je me laissai
traîner par lui à mon palais

il y avait pas de domestiques à la maison ils étaient cachés pour
faire ripaille en honneur de la saison je leur avais dit que je ne
rentrerais pas avant le matin et je leur avais donné ordre formel de
ne pas bouger de la maison cet ordre suffisait je le savais bien pour
ils décampassent en toute hâte tous au dernier aussitôt que
aurais tourné le dos

je pris deux flambeaux à la glace en donnai un à fortunato et je le
dirigeai complaisamment à travers une enfilade de pièces au
vestibule qui conduisait aux caves je descendis devant lui un long et
tortueux escalier me retournant et lui recommandant de prendre bien
garde nous atteignîmes enfin les derniers degrés et nous nous
trouvâmes ensemble sur le sol humide des catacombes des montrésors

la démarche de mon ami était chancelante et les clochettes de son
bonnet cliquetaient à chacune de ses enjambées

—la pipe amontillado —dit

est plus loin —dis —mais observez cette broderie blanche qui
étincelle sur les murs de ce caveau

il se retourna vers moi et me regarda dans les yeux avec deux globes
vitreux qui distillaient les larmes de ivresse

—le nitre —demanda à la fin

—le nitre —répliquai —depuis combien de temps avez attrapé
cette toux

—euh euh euh —euh euh euh —euh euh euh —euh

il fut impossible à mon pauvre ami de répondre avant quelques minutes

—ce est rien —dit enfin

—venez avec fermeté votre santé est
précieuse vous êtes riche respecté admiré aimé vous êtes heureux
comme je le fus autrefois vous êtes un homme qui laisserait un vide
pour moi ce est pas la même chose vous vous rendrez
malade ailleurs il y a luchesi …

—assez —dit —la toux ce est rien cela ne me tuera pas je ne
mourrai pas un rhume

est vrai est vrai —répliquai —et en vérité je avais pas
intention de vous alarmer inutilement —mais vous devriez prendre des
précautions un coup de ce médoc vous défendra contre humidité

ici enlevai une bouteille à une longue rangée de ses compagnes qui
étaient couchées par terre et je fis sauter le goulot

—buvez —dis en lui présentant le vin

il porta la bouteille à ses lèvres en me regardant du coin de
il fit une pause me salua familièrement les grelots sonnèrent et
dit

—je bois aux défunts qui reposent autour de nous

—et moi à votre longue vie

il reprit mon bras et nous nous remîmes en route

—ces caveaux —dit —sont

—les montrésors —répliquai —étaient une grande et nombreuse
famille

ai oublié vos armes

—un grand pied or sur champ azur le pied écrase un serpent rampant
dont les dents enfoncent dans le talon

—et la devise

nemo me impune lacessit 

—fort beau —dit le vin étincelait dans ses yeux et les sonnettes
tintaient le médoc avait aussi échauffé les idées nous étions
arrivés à travers des murailles ossements empilés entremêlés de
barriques et de pièces de vin aux dernières profondeurs des catacombes
je arrêtai de nouveau et cette fois je pris la liberté de saisir
fortunato par un bras du coude

—le nitre —dis —voyez cela augmente il pend comme de la mousse
le long des voûtes nous sommes sous le lit de la rivière les gouttes
humidité filtrent à travers les ossements venez partons avant il
soit trop tard votre toux …

—ce est rien —dit —continuons mais abord encore un coup de
médoc

je cassai un flacon de vin de graves et je le lui tendis il le vida
un trait ses yeux brillèrent un feu ardent il se mit à rire et
jeta la bouteille en air avec un geste que je ne pus pas comprendre

je le regardai avec surprise il répéta le mouvement —un mouvement
grotesque

—vous ne comprenez pas —dit

—non —répliquai

—alors vous êtes pas de la loge

—comment

—vous êtes pas maçon

—si si —dis —si si

—vous impossible vous maçon

—oui maçon —répondis

—un signe —dit

—voici —répliquai en tirant une truelle de dessous les plis de mon
manteau

—vous voulez rire écria en reculant de quelques pas —mais
allons à amontillado

—soit —dis en replaçant outil sous ma roquelaure et lui offrant
de nouveau mon bras il appuya lourdement dessus nous continuâmes
notre route à la recherche de amontillado nous passâmes sous une
rangée arceaux fort bas nous descendîmes nous fîmes quelques pas
et descendant encore nous arrivâmes à une crypte profonde où
impureté de air faisait rougir plutôt que briller nos flambeaux

tout au fond de cette crypte on en découvrait une autre moins
spacieuse ses murs avaient été revêtus avec les débris humains empilés
dans les caves de nous à la manière des grandes catacombes de
paris trois côtés de cette seconde crypte étaient encore décorés de
cette façon du quatrième les os avaient été arrachés et gisaient
confusément sur le sol formant en un point un rempart une certaine
hauteur dans le mur ainsi mis à nu par le déplacement des os nous
apercevions encore une autre niche profonde de quatre pieds environ
large de trois haute de six ou elle ne semblait pas avoir été
construite pour un usage spécial mais formait simplement intervalle
entre deux des piliers énormes qui supportaient la voûte des catacombes
et appuyait à un des murs de granit massif qui délimitaient
ensemble

ce fut en vain que fortunato élevant sa torche malade efforça de
scruter la profondeur de la niche la lumière affaiblie ne nous
permettait pas en apercevoir extrémité

—avancez —dis est là est amontillado quant à luchesi …

est un être ignare —interrompit mon ami prenant les devants et
marchant tout de travers pendant que je suivais sur ses talons en un
instant il avait atteint extrémité de la niche et trouvant sa
marche arrêtée par le roc il arrêta stupidement ébahi un moment
après je avais enchaîné au granit sur la paroi il y avait deux
crampons de fer à la distance environ deux pieds un de autre
dans le sens horizontal À un des deux était suspendue une courte
chaîne à autre un cadenas ayant jeté la chaîne autour de sa taille
assujettir fut une besogne de quelques secondes il était trop étonné
pour résister je retirai la clef et reculai de quelques pas hors de la
niche

—passez votre main sur le mur —dis —vous ne pouvez pas ne pas
sentir le nitre vraiment il est vous
supplier une fois encore de vous en aller —non —alors il faut
positivement que je vous quitte mais je vous rendrai abord tous les
petits soins qui sont en mon pouvoir

amontillado écria mon ami qui était pas encore revenu de son
étonnement

est vrai —répliquai amontillado

tout en prononçant ces mots attaquais la pile ossements dont ai
déjà parlé je les jetai de côté et je découvris bientôt une bonne
quantité de moellons et de mortier avec ces matériaux et à aide de
ma truelle je commençai activement à murer entrée de la niche

avais à peine établi la première assise de ma maçonnerie que je
découvris que ivresse de fortunato était en grande partie dissipée le
premier indice que en eus fut un cri sourd un gémissement qui sortit
du fond de la niche ce était pas le cri un homme ivre  puis il y
eut un long et obstiné silence je posai la seconde rangée puis la
troisième puis la quatrième et alors entendis les furieuses
vibrations de la chaîne le bruit dura quelques minutes pendant
lesquelles pour en délecter plus à aise interrompis ma besogne
et accroupis sur les ossements À la fin quand le tapage apaisa je
repris ma truelle et achevai sans interruption la cinquième la
sixième et la septième rangée le mur était alors presque à la hauteur
de ma poitrine je fis une nouvelle pause et élevant les flambeaux
de la maçonnerie je jetai quelques faibles rayons sur le
personnage inclus

une suite de grands cris de cris aigus fit soudainement explosion du
gosier de la figure enchaînée et me rejeta pour ainsi dire violemment
en arrière pendant un instant hésitai —je tremblai je tirai mon
épée et je commençai à fourrager à travers la niche mais un instant de
réflexion suffit à me tranquilliser je posai la main sur la maçonnerie
massive du caveau et je fus tout à fait rassuré je me rapprochai du
mur je répondis aux hurlements de mon homme je leur fis écho et
accompagnement —je les surpassai en volume et en force voilà comme je
fis et le braillard se tint tranquille

il était alors minuit et ma tâche tirait à sa fin avais complété ma
huitième ma neuvième et ma dixième rangée avais achevé une partie de
la onzième et dernière il ne restait plus une seule pierre à ajuster
et à plâtrer je la remuai avec effort je la plaçai à peu près dans la
position voulue mais alors échappa de la niche un rire étouffé qui me
fit dresser les cheveux sur la tête À ce rire succéda une voix triste
que je reconnus difficilement pour celle du noble fortunato

la voix disait

—ha ha ha hé —une plaisanterie en vérité —une
excellente farce nous en rirons de bon cœur au palais —hé hé —de
notre bon vin —hé hé hé

—de amontillado —dis

hé —hé hé —oui de amontillado mais ne se fait pas tard
ne nous attendront pas au palais la signora fortunato et les
autres

—oui

pour amour de dieu montrésor 

—oui —dis —pour amour de dieu

mais à ces mots point de réponse je tendis oreille en vain je
impatientai appelai

—fortunato

pas de réponse appelai de nouveau

—fortunato

rien introduisis une torche à travers ouverture qui restait et la
laissai tomber en dedans je ne reçus en manière de réplique un
cliquetis de sonnettes je me sentis mal au cœur —sans doute par suite
de humidité des catacombes je me hâtai de mettre fin à ma besogne je
fis un effort et ajustai la dernière pierre je la recouvris de
mortier contre la nouvelle maçonnerie je rétablis ancien rempart
ossements depuis un aucun mortel ne les a dérangés in
pace requiescat 







la mort rouge avait pendant longtemps dépeuplé la contrée jamais
peste ne fut si fatale si horrible son avatar était le sang —la
rougeur et la hideur du sang étaient des douleurs aiguës un vertige
soudain et puis un suintement abondant par les pores et la dissolution
de être des taches pourpres sur le corps et spécialement sur le
visage de la victime la mettaient au ban de humanité et lui
fermaient tout secours et toute sympathie invasion le progrès le
résultat de la maladie tout cela était affaire une

mais le prince prospero était heureux et intrépide et sagace quand
ses domaines furent à moitié dépeuplés il convoqua un millier amis
vigoureux et allègres de cœur choisis parmi les chevaliers et les
dames de sa cour et se fit avec eux une retraite profonde dans une de
ses abbayes fortifiées était un vaste et magnifique bâtiment une
création du prince un goût excentrique et cependant grandiose un mur
épais et haut lui faisait une ceinture ce mur avait des portes de fer
les courtisans une fois entrés se servirent de fourneaux et de solides
marteaux pour souder les verrous ils résolurent de se barricader contre
les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue
aux frénésies du dedans abbaye fut largement approvisionnée grâce à
ces précautions les courtisans pouvaient jeter le défi à la contagion
le monde extérieur arrangerait comme il pourrait en attendant
était folie de affliger ou de penser le prince avait pourvu à tous
les moyens de plaisir il y avait des bouffons il y avait des
improvisateurs des danseurs des musiciens il y avait le beau sous
toutes ses formes il y avait le vin en dedans il y avait toutes ces
belles choses et la sécurité la mort rouge

ce fut vers la fin du cinquième ou sixième mois de sa retraite et
pendant que le fléau sévissait avec le plus de rage que le
prince prospero gratifia ses mille amis un bal masqué de la plus
insolite magnificence

tableau voluptueux que cette mascarade mais abord vous
décrire les salles où elle eut lieu il y en avait sept —une enfilade
impériale dans beaucoup de palais ces séries de salons forment de
longues perspectives en ligne droite quand les battants des portes sont
rabattus sur les murs de chaque côté de sorte que le regard enfonce
au bout sans obstacle ici le cas était fort différent comme on
pouvait y attendre de la part du duc et de son goût pour le
bizarre les salles étaient si irrégulièrement disposées que
en pouvait guère embrasser plus une à la fois au bout un espace
de vingt à trente yards il y avait un brusque détour et à chaque coude
un nouvel aspect À droite et à gauche au milieu de chaque mur une
haute et étroite fenêtre gothique donnait sur un corridor fermé qui
suivait les sinuosités de appartement chaque fenêtre était faite de
verres coloriés en harmonie avec le ton dominant dans les décorations de
la salle sur laquelle elle ouvrait celle qui occupait extrémité
orientale par exemple était tendue de bleu —et les fenêtres étaient
un bleu profond la seconde pièce était ornée et tendue de pourpre et
les carreaux étaient pourpres la troisième entièrement verte et
vertes les fenêtres la quatrième décorée orange était éclairée par
une fenêtre orangée —la cinquième blanche —la sixième violette

la septième salle était rigoureusement ensevelie de tentures de velours
noir qui revêtaient tout le plafond et les murs et retombaient en
lourdes nappes sur un tapis de même étoffe et de même couleur mais
dans cette chambre seulement la couleur des fenêtres ne correspondait
pas à la décoration les carreaux étaient écarlates une couleur
intense de sang

or dans aucune des sept salles à travers les ornements or éparpillés
à profusion çà et là ou suspendus aux lambris on ne voyait de lampe ni
de candélabre ni lampes ni bougies aucune lumière de cette sorte dans
cette longue suite de pièces mais dans les corridors qui leur
servaient de ceinture juste en face de chaque fenêtre se dressait un
énorme trépied avec un brasier éclatant qui projetait ses rayons à
travers les carreaux de couleur et illuminait la salle une manière
éblouissante ainsi se produisaient une multitude aspects chatoyants
et fantastiques mais dans la chambre de ouest la chambre noire la
lumière du brasier qui ruisselait sur les tentures noires à travers les
carreaux sanglants était épouvantablement sinistre et donnait aux
physionomies des imprudents qui y entraient un aspect tellement étrange
que bien peu de danseurs se sentaient le courage de mettre les pieds
dans son enceinte magique

était aussi dans cette salle que élevait contre le mur de ouest
une gigantesque horloge ébène son pendule se balançait avec un
sourd lourd monotone et quand aiguille des minutes avait
fait le circuit du cadran et que heure allait sonner il élevait des
poumons airain de la machine un son clair éclatant profond et
excessivement musical mais une note si particulière et une énergie
telle que heure en heure les musiciens de orchestre étaient
contraints interrompre un instant leurs accords pour écouter la
musique de heure les valseurs alors cessaient forcément leurs
évolutions un trouble momentané courrait dans toute la joyeuse
compagnie et tant que vibrait le carillon on remarquait que les plus
fous devenaient pâles et que les plus âgés et les plus rassis passaient
leurs mains sur leurs fronts comme dans une méditation ou une rêverie
délirante mais quand écho était tout à fait évanoui une légère
hilarité circulait par toute assemblée les musiciens
et souriaient de leurs nerfs et de leur folie et se
juraient tout bas les uns aux autres que la prochaine sonnerie ne
produirait pas en eux la même émotion et puis après la fuite des
soixante minutes qui comprennent les trois mille six cents secondes de
heure disparue arrivait une nouvelle sonnerie de la fatale horloge
et était le même trouble le même frisson les mêmes rêveries

mais en dépit de tout cela était une joyeuse et magnifique orgie le
goût du duc était tout particulier il avait un œil sûr à endroit des
couleurs et des effets il méprisait le décorum de la mode ses plans
étaient téméraires et sauvages et ses conceptions brillaient une
splendeur barbare il y a des gens qui auraient jugé fou ses
courtisans sentaient bien il ne était pas mais il fallait
entendre le voir le toucher pour être sûr il ne était pas

il avait à occasion de cette grande fête présidé en grande partie à
la décoration mobilière des sept salons et était son goût personnel
qui avait commandé le style des travestissements À coup sûr étaient
des conceptions grotesques était éblouissant étincelant il y avait
du piquant et du fantastique —beaucoup de ce on a vu dans hernani
il y avait des figures vraiment arabesques absurdement équipées
incongrûment bâties des fantaisies monstrueuses comme la folie il y
avait du beau du licencieux du bizarre en quantité tant soit peu du
terrible et du dégoûtant à foison bref était comme une multitude de
rêves qui se pavanaient çà et là dans les sept salons et ces rêves se
contorsionnaient en tous sens prenant la couleur des chambres et on
eût dit ils exécutaient la musique avec leurs pieds et que les airs
étranges de orchestre étaient écho de leurs pas

et de temps en temps on entend sonner horloge ébène de la salle de
velours et alors pour un moment tout arrête tout se tait excepté
la voix de horloge les rêves sont glacés paralysés dans leurs
postures mais les échos de la sonnerie évanouissent —ils ont duré
un instant —et à peine ont fui une hilarité légère et mal
contenue circule partout et la musique enfle de nouveau et les rêves
revivent et ils se tordent çà et là plus joyeusement que jamais
reflétant la couleur des fenêtres à travers lesquelles ruisselle le
rayonnement des trépieds mais dans la chambre qui est tout à
ouest aucun masque ose maintenant aventurer car la nuit avance
et une lumière plus rouge afflue à travers les carreaux couleur de sang
et la noirceur des draperies funèbres est effrayante et à étourdi qui
met le pied sur le tapis funèbre horloge ébène envoie un carillon
plus lourd plus solennellement énergique que celui qui frappe les
oreilles des masques tourbillonnant dans insouciance lointaine des
autres salles

quant à ces pièces elles fourmillaient de monde et le cœur de la
vie y battait fiévreusement et la fête tourbillonnait toujours lorsque
éleva enfin le son de minuit de horloge alors comme je ai dit
la musique arrêta le tournoiement des valseurs fut suspendu il se
fit partout comme naguère une anxieuse immobilité mais le timbre de
horloge avait cette fois douze coups à sonner aussi il se peut bien
que plus de pensée se soit glissée dans les méditations de ceux qui
pensaient parmi cette foule festoyante et ce fut aussi pour
cela que plusieurs personnes parmi cette foule avant que les derniers
échos du dernier coup fussent noyés dans le silence avaient eu le temps
de apercevoir de la présence un masque qui jusque avait
aucunement attiré attention et la nouvelle de cette intrusion
étant répandue en un chuchotement à la ronde il éleva de toute
assemblée un bourdonnement un murmure significatif étonnement et de
désapprobation —puis finalement de terreur horreur et de dégoût

dans une réunion de fantômes telle que je ai décrite il fallait sans
doute une apparition bien extraordinaire pour causer une telle
sensation la licence carnavalesque de cette nuit était il est vrai à
peu près illimitée mais le personnage en question avait dépassé
extravagance un hérode et franchi les bornes—cependant
complaisantes—du décorum imposé par le prince il y a dans les cœurs
des plus insouciants des cordes qui ne se laissent pas toucher sans
émotion même chez les dépravés chez ceux pour qui la vie et la mort
sont également un jeu il y a des choses avec lesquelles on ne peut pas
jouer toute assemblée parut alors sentir profondément le mauvais goût
et inconvenance de la conduite et du costume de étranger le
personnage était grand et décharné et enveloppé un suaire de la tête
aux pieds le masque qui cachait le visage représentait si bien la
physionomie un cadavre raidi que analyse la plus minutieuse aurait
difficilement découvert artifice et cependant tous ces fous auraient
supporté sinon approuvé cette laide plaisanterie mais le
masque avait été à adopter le type de la mort rouge son
vêtement était barbouillé de sang —et son large front ainsi que tous
les traits de sa face étaient aspergés de épouvantable écarlate

quand les yeux du prince prospero tombèrent sur cette figure de
spectre —qui un mouvement lent solennel emphatique comme pour
mieux soutenir son rôle se promenait çà et là à travers les
danseurs —on le vit abord convulsé par un violent frisson de terreur
ou de dégoût mais une seconde après son front empourpra de rage

—qui ose —demanda une voix enrouée aux courtisans debout près
de lui —qui ose nous insulter par cette ironie blasphématoires
emparez de lui et démasquez —que nous sachions qui nous aurons
à pendre aux créneaux au lever du soleil

était dans la chambre de est ou chambre bleue que se trouvait le
prince prospero quand il prononça ces paroles elles retentirent
fortement et clairement à travers les sept salons —car le prince était
un homme impérieux et robuste et la musique était tue à un signe de
sa main

était dans la chambre bleue que se tenait le prince avec un groupe de
pâles courtisans à ses côtés abord pendant il parlait il y eut
parmi le groupe un léger mouvement en avant dans la direction de
intrus qui fut un instant presque à leur portée et qui maintenant
un pas délibéré et majestueux se rapprochait de plus en plus du
prince mais par suite une certaine terreur indéfinissable que
audace insensée du masque avait inspirée à toute la société il ne se
trouva personne pour lui mettre la main dessus si bien que ne trouvant
aucun obstacle il passa à deux pas de la personne du prince et pendant
que immense assemblée comme obéissant à un seul mouvement reculait
du centre de la salle vers les murs il continua sa route sans
interruption de ce même pas solennel et mesuré qui avait tout abord
caractérisé de la chambre bleue à la chambre pourpre —de la chambre
pourpre à la chambre verte —de la verte à orange —de celle à la
blanche —et de celle à la violette avant on eût fait un
mouvement décisif pour arrêter

ce fut alors toutefois que le prince prospero exaspéré par la rage et
la honte de sa lâcheté une minute élança précipitamment à travers
les six chambres où nul ne le suivit car une terreur mortelle était
emparée de tout le monde il brandissait un poignard nu et était
approché impétueusement à une distance de trois ou quatre pieds du
fantôme qui battait en retraite quand ce dernier arrivé à extrémité
de la salle de velours se retourna brusquement et fit face à celui qui
le poursuivait un cri aigu partit —et le poignard glissa avec un
éclair sur le tapis funèbre où le prince prospero tombait mort une
seconde après

alors invoquant le courage violent du désespoir une foule de masques
se précipita à la fois dans la chambre noire et saisissant inconnu
qui se tenait comme une grande statue droit et immobile dans ombre
de horloge ébène ils se sentirent suffoqués par une terreur sans
nom en voyant que sous le linceul et le masque cadavéreux ils
avaient empoignés avec une si violente énergie ne logeait aucune forme
palpable

on reconnut alors la présence de la mort rouge elle était venue comme
un voleur de nuit et tous les convives tombèrent un à un dans les
salles de orgie inondées une rosée sanglante et chacun mourut dans
la posture désespérée de sa chute

et la vie de horloge ébène disparut avec celle du dernier de ces
êtres joyeux et les flammes des trépieds expirèrent et les ténèbres
et la ruine et la mort rouge établirent sur toutes choses leur empire
illimité








les dieux souffrent et autorisent fort bien chez les rois les choses
qui leur font horreur dans les chemins de la canaille 
ferrex et porrex 


vers minuit environ pendant une nuit du mois octobre sous le règne
chevaleresque Édouard deux matelots appartenant à équipage du
goélette de commerce faisant le service entre Écluse
belgique et la tamise et qui était alors à ancre dans cette
rivière furent de se trouver assis dans la salle une
taverne de la paroisse à londres —laquelle taverne portait
pour enseigne la portraiture du joyeux loup de mer

la salle quoique mal construite noircie par la fumée basse de
plafond et ressemblant ailleurs à tous les cabarets de cette époque
était néanmoins dans opinion des groupes grotesques de buveurs
disséminés çà et là suffisamment bien appropriée à sa destination

de ces groupes nos deux matelots formaient je crois le plus
intéressant sinon le plus remarquable

celui qui paraissait être aîné et que son compagnon appelait du nom
caractéristique de legs jambes était aussi de beaucoup le plus
grand des deux il pouvait bien avoir six pieds et demi et une courbure
habituelle des épaules semblait la conséquence nécessaire une aussi
prodigieuse stature —son superflu en hauteur était néanmoins plus que
compensé par des déficits à autres égards il était excessivement
maigre et il aurait pu comme affirmaient ses camarades remplacer
quand il était ivre une flamme de tête de mât et à jeun le
du foc mais évidemment ces plaisanteries et autres analogues
avaient jamais produit aucun effet sur les muscles cachinnatoires du
loup de mer avec ses pommettes saillantes son grand nez de faucon son
menton fuyant sa mâchoire inférieure déprimée et ses énormes yeux
blancs protubérants expression de sa physionomie quoique empreinte
une espèce indifférence bourrue pour toutes choses en était pas
moins solennelle et sérieuse au delà de toute imitation et de toute
description

le plus jeune matelot était dans toute son apparence extérieure
inverse et la réciproque de son camarade une paire de jambes arquées
et trapues supportait sa personne lourde et ramassée et ses bras
singulièrement courts et épais terminés par des poings plus
ordinaires pendillaient et se balançaient à ses côtés comme les
ailerons une tortue de mer de petits yeux une couleur non précise
scintillaient profondément enfoncés dans sa tête son nez restait
enfoui dans la masse de chair qui enveloppait sa face ronde pleine et
pourprée et sa grosse lèvre supérieure se reposait complaisamment sur
inférieure encore plus grosse avec un air de satisfaction
personnelle augmenté par habitude avait le propriétaire desdites
lèvres de les lécher de temps à autre il regardait évidemment son grand
camarade de bord avec un sentiment moitié ébahissement moitié de
raillerie et parfois quand il le contemplait en face il avait air
du soleil empourpré contemplant avant de se coucher le haut des
rochers de

cependant les pérégrinations du digne couple dans les différentes
tavernes du voisinage pendant les premières heures de la nuit avaient
été variées et pleines événements mais les fonds même les plus
vastes ne sont pas éternels et était avec des poches vides que nos
amis étaient aventurés dans le cabaret en question

au moment précis où commence proprement cette histoire legs et son
compagnon hugh tarpaulin étaient assis chacun les deux coudes appuyés
sur la vaste table de chêne au milieu de la salle et les joues entre
les mains À abri un vaste flacon de payé ils
lorgnaient les mots sinistres pas de craie —qui non sans
étonnement et sans indignation de leur part étaient écrits sur la porte
en caractères de craie —cette impudente craie qui osait se déclarer
absente non que la faculté de déchiffrer les caractères
écrits —faculté considérée parmi le peuple de ce temps comme un peu
moins cabalistique que art de les tracer —eût pu en stricte justice
être imputée aux deux disciples de la mer mais il y avait pour dire la
vérité un certain tortillement dans la tournure des lettres —et dans
ensemble je ne sais quelle indescriptible embardée —qui présageaient
dans opinion des deux marins une sacrée secousse et un sale temps et
qui les décidèrent tout un coup suivant le langage métaphorique de
legs à veiller aux pompes à serrer toute la toile et à fuir devant le
vent

en conséquence ayant consommé ce qui restait ale et solidement
agrafé leurs courts pourpoints finalement ils prirent leur élan vers la
rue tarpaulin il est vrai entra deux fois dans la cheminée la
prenant pour la porte mais enfin leur fuite effectua heureusement
et une après minuit nos deux héros avaient paré au grain et
filaient rondement à travers une ruelle sombre dans la direction de
escalier chaudement poursuivis par la tavernière du
joyeux loup de mer 

bien des années avant et après époque où se passe cette dramatique
histoire toute angleterre mais plus particulièrement la métropole
retentissait périodiquement du cri sinistre —la peste la cité était en
grande partie dépeuplée —et dans ces horribles quartiers avoisinant la
tamise parmi ces ruelles et ces passages noirs étroits et immondes
que le démon de la peste avait choisis supposait alors pour le lieu
de sa nativité on ne pouvait rencontrer se pavanant à aise que
effroi la terreur et la superstition

par ordre du roi ces quartiers étaient condamnés et il était défendu à
toute personne sous peine de mort de pénétrer dans leurs affreuses
solitudes cependant ni le décret du monarque ni les énormes barrières
élevées à entrée des rues ni la perspective de cette hideuse mort
qui presque à coup sûr engloutissait le misérable aucun péril ne
pouvait détourner de aventure empêchaient pas les habitations
démeublées et inhabitées être dépouillées par la main une rapine
nocturne du fer du cuivre des plombages enfin de tout article
pouvant devenir objet un lucre quelconque

il fut particulièrement constaté à chaque hiver à ouverture annuelle
des barrières que les serrures les verrous et les caves secrètes
avaient protégé que médiocrement ces amples provisions de vins et
liqueurs que vu les risques et les embarras du déplacement plusieurs
des nombreux marchands ayant boutique dans le voisinage étaient
résignés durant la période de exil à confier à une aussi
insuffisante garantie

mais parmi le peuple frappé de terreur bien peu de gens attribuaient
ces faits à action des mains humaines les esprits et les gobelins de
la peste les démons de la fièvre tels étaient pour le populaire les
vrais suppôts de malheur et il se débitait sans cesse des
contes à glacer le sang si bien que toute la masse des bâtiments
condamnés fut à la longue enveloppée de terreur comme un suaire et
que le voleur lui souvent épouvantés par horreur superstitieuse
avaient créée ses propres déprédations laissait le vaste circuit du
quartier maudit aux ténèbres au silence à la peste et à la mort

ce fut par une des redoutables barrières dont il a été parlé et qui
indiquait que la région située au delà était condamnée que legs et le
digne hugh tarpaulin qui dégringolaient à travers une ruelle
trouvèrent leur course soudainement arrêtée il ne pouvait pas être
question de revenir sur leurs pas et il y avait pas de temps à
perdre car ceux qui leur donnaient la chasse étaient presque sur leurs
talons pour des matelots grimper sur la charpente
grossièrement façonnée était un jeu et exaspérés par la double
excitation de la course et des liqueurs ils sautèrent résolument de
autre côté puis reprenant leur course ivre avec des cris et des
hurlements égarèrent bientôt dans ces profondeurs compliquées et
malsaines

ils avaient pas été ivres au point avoir perdu le sens moral
leurs pas vacillants eussent été paralysés par les horreurs de leur
situation air était froid et brumeux parmi le gazon haut et
vigoureux qui leur montait aux chevilles les pavés déchaussés
gisaient dans un affreux désordre des maisons tombées bouchaient les
rues les miasmes les plus fétides et les plus délétères régnaient
partout —et grâce à cette pâle lumière qui même à minuit émane
toujours une atmosphère vaporeuse et pestilentielle on aurait pu
discerner gisant dans les allées et les ruelles ou pourrissant dans
les habitations sans fenêtres la charogne de maint voleur nocturne
arrêté par la main de la peste dans la perpétration de son exploit

mais il était pas au pouvoir image de sensations et obstacles de
cette nature arrêter la course de deux hommes qui naturellement
braves et cette nuit surtout pleins aux bords de courage et
de auraient intrépidement roulé aussi droit que
aurait permis leur état dans la gueule même de la mort en
avant —toujours en avant allait le sinistre legs faisant retentir les
échos de ce désert solennel de cris semblables au terrible hurlement de
guerre des indiens et avec lui toujours roulait le trapu tarpaulin
accroché au pourpoint de son camarade plus agile et surpassant encore
les plus valeureux efforts de ce dernier dans la musique vocale par des
mugissements de basse tirés des profondeurs de ses poumons
stentoriens

Évidemment ils avaient atteint la place forte de la peste À chaque pas
ou à chaque culbute leur route devenait plus horrible et plus infecte
les chemins plus étroits et plus embrouillés de grosses pierres et des
poutres tombant de temps en temps des toits délabrés rendaient
témoignage par leurs chutes lourdes et funestes de la prodigieuse
hauteur des maisons environnantes et quand il leur fallait faire un
effort énergique pour se pratiquer un passage à travers les fréquents
monceaux de gravats il était pas rare que leur main tombât sur un
squelette ou empêtrât dans les chairs décomposées

tout à coup les marins trébuchèrent contre entrée un vaste bâtiment
apparence sinistre un cri plus aigu que de coutume jaillit du gosier
de exaspéré legs et il y fut répondu de intérieur par une explosion
rapide successive de cris sauvages démoniaques presque des éclats de
rire sans effrayer de ces sons qui par leur nature dans des
poitrines moins irréparablement incendiées et abattirent au milieu
des choses avec une volée imprécations

la salle dans laquelle ils tombèrent se trouva être le magasin un
entrepreneur des pompes funèbres mais une trappe ouverte dans un coin
du plancher près de la porte donnait sur une enfilade de caves dont
les profondeurs comme le proclama un son de bouteilles qui se brisent
étaient bien approvisionnées de leur contenu traditionnel dans le
milieu de la salle une table était dressée —au milieu de la table un
gigantesque bol plein de punch à ce il semblait des bouteilles de
vins et de liqueurs concurremment avec des pots des cruches et des
flacons de toute forme et de toute espèce étaient éparpillées à
profusion sur la table tout autour sur des tréteaux funèbres siégeait
une société de six personnes je vais essayer de vous les décrire une à
une

en face de porte entrée et un peu plus haut que ses compagnons était
assis un personnage qui semblait être le président de la fête était
un être décharné une grande taille et legs fut stupéfié de se
trouver en face un plus maigre que lui sa figure était aussi jaune
que du safran —mais aucun trait à exception un seul était assez
marqué pour mériter une description particulière ce trait unique
consistait dans un front si anormalement et si hideusement haut on
eût dit un bonnet ou une couronne de chair ajoutée à sa tête naturelle
sa bouche grimaçante était plissée par une expression affabilité
spectrale et ses yeux comme les yeux de toutes les personnes
attablées brillaient du singulier vernis que font les fumées de
ivresse ce gentleman était vêtu des pieds à la tête un manteau de
velours de soie noire richement brodé qui flottait négligemment autour
de sa taille à la manière une cape espagnole sa tête était
abondamment hérissée de plumes de corbillard il balançait
de avec un air afféterie consommée et dans sa main droite il
tenait un grand fémur humain avec lequel il venait de frapper à ce
il semblait un des membres de la compagnie pour lui commander une
chanson

en face de lui et le dos tourné à la porte était une dame dont la
physionomie extraordinaire ne lui cédait en rien quoique aussi grande
que le personnage que nous venons de décrire celle avait aucun
droit de se plaindre une maigreur anormale elle en était évidemment
au dernier période de hydropisie et sa tournure ressemblait beaucoup
à celle de énorme pièce de bière octobre qui se dressait défoncée
par le haut juste à côté elle dans un coin de la chambre sa figure
était singulièrement ronde rouge et pleine et la même particularité
ou plutôt absence de particularité que ai déjà mentionnée dans le
cas du président marquait sa physionomie un seul
trait de sa face méritait une caractérisation spéciale le fait est que
le clairvoyant tarpaulin vit tout de suite que la même remarque pouvait
appliquer à toutes les personnes de la société chacune semblait avoir
accaparé pour elle seule un morceau de physionomie dans la dame en
question ce morceau était la bouche —une bouche qui commençait à
oreille droite et courait à la gauche en dessinant un abîme
terrifique —ses pendants oreilles trempant à chaque
instant dans le gouffre la dame néanmoins faisait tous ses efforts pour
garder cette bouche fermée et se donnait un air de dignité sa toilette
consistait en un suaire fraîchement empesé et repassé qui lui montait
jusque sous le menton avec une collerette plissée en mousseline de
batiste

À sa droite était assise une jeune dame minuscule elle semblait
patronner cette délicate petite créature laissait voir dans le
tremblement de ses doigts émaciés dont le ton livide de ses lèvres et
dans la légère tache hectique plaquée sur son teint ailleurs plombé
des symptômes évidents une phtisie effrénée un air de haute
distinction néanmoins était répandu sur toute sa personne elle
portait une manière gracieuse et tout à fait dégagée un vaste et beau
linceul en linon des indes ses cheveux tombaient en boucles
sur son cou un doux sourire se jouait sur sa bouche mais son nez
extrêmement long mince sinueux flexible et pustuleux pendait
beaucoup plus bas que sa lèvre inférieure et cette trompe malgré la
façon délicate dont elle la déplaçait de temps à autre et la mouvait à
droite et à gauche avec sa langue donnait à sa physionomie une
expression tant soit peu équivoque

de autre côté à la gauche de la dame hydropique était assis un vieux
petit homme enflé asthmatique et goutteux ses joues reposaient sur
ses épaules comme deux énormes outres de vin oporto avec ses bras
croisés et une de ses jambes entourée de bandages et reposant sur la
table il semblait se regarder comme ayant droit à quelque
considération il tirait évidemment beaucoup orgueil de chaque pouce
de son enveloppe personnelle mais prenait un plaisir plus spécial à
attirer les yeux par son surtout de couleur voyante il est vrai que ce
surtout avait pas dû lui coûter peu argent et il était de nature
à lui aller parfaitement bien —il était fait une de ces housses de
soie curieusement brodées appartenant à ces glorieux écussons on
suspend en angleterre et ailleurs dans un endroit bien visible
des maisons des grandes familles absentes

À côté de lui à la droite du président était un gentleman avec des
grands bas blancs et un caleçon de coton tout son être était secoué
une manière risible par un tic nerveux que tarpaulin appelait les
affres de ivresse ses mâchoires fraîchement rasées étaient
étroitement serrées dans un bandage de mousseline et ses bras liés de
la même manière par les poignets ne lui permettaient pas de se servir
lui trop librement des liqueurs de la table précaution rendue
nécessaire dans opinion de legs par le caractère singulièrement
abruti de sa face de biberon toutefois une paire oreilles
prodigieuses il était sans doute impossible enfermer surgissaient
dans espace et étaient de temps en temps comme piquées un spasme au
son de chaque bouchon on faisait sauter

sixième et dernier et lui faisant face était placé un personnage qui
avait air singulièrement raide et qui étant affligé de paralysie
devait se sentir pour parler sérieusement fort peu à aise dans ses
vêtements il était habillé habillement
unique dans son genre une belle bière acajou toute neuve le haut
du couvercle portait sur le crâne de homme comme un armet et
enveloppait comme un capuchon donnant à toute la face une physionomie
un intérêt indescriptible des emmanchures avaient été pratiquées des
deux côtés autant pour la commodité que pour élégance mais cette
toilette toutefois empêchait le malheureux qui en était paré de se tenir
droit sur son siège comme ses camarades et comme il était déposé
contre son tréteau et incliné suivant un angle de degrés
ses deux gros yeux à fleur de tête roulaient et dardaient vers le
plafond leurs terribles globes blanchâtres comme dans un absolu
étonnement de leur propre énormité

devant chaque convive était placée une moitié de crâne dont il se
servait en guise de coupe de leurs têtes pendait un squelette
humain au moyen une corde nouée autour une des jambes et fixée à un
anneau du plafond autre jambe qui était pas retenue par un lien
semblable jaillissait du corps à angle droit faisant danser et
pirouetter toute la carcasse éparse et frémissante chaque fois une
bouffée de vent se frayait un passage dans la salle le crâne de
affreuse chose contenait une certaine quantité de charbon enflammé qui
jetait sur toute la scène une lueur vacillante mais vive et les bières
et tout le matériel un entrepreneur de sépultures empilés à une
grande hauteur autour de la chambre et contre les fenêtres empêchaient
tout rayon de lumière de se glisser dans la rue

À la vue de cette extraordinaire assemblée et de son attirail encore
plus extraordinaire nos deux marins ne se conduisirent pas avec tout le
décorum on aurait eu le droit attendre eux legs appuyant
contre le mur auprès duquel il se trouvait laissa tomber sa mâchoire
inférieure encore plus bas que de coutume et déploya ses vastes yeux
dans toute leur étendue pendant que hugh tarpaulin se baissant au
point de mettre son nez de niveau avec la table et posant ses mains sur
ses genoux éclata en un rire immodéré et intempestif en
un long bruyant étourdissant rugissement

cependant sans prendre ombrage une conduite si prodigieusement
grossière le grand président sourit à nos
intrus —leur fit avec sa tête de plumes noires un signe plein de
dignité —et se levant prit chacun par un bras et le conduisit vers
un siège que les autres personnes de la compagnie venaient installer à
son intention legs ne fit pas à tout cela la plus légère résistance et
assit où on le conduisit pendant que le galant hugh enlevant son
tréteau du haut bout de la table porta son installation dans le
voisinage de la petite dame phtisique au linceul abattit à côté
elle en grande joie et se versant un crâne de vin rouge avala en
honneur une plus intime connaissance mais à cette présomption le
raide gentleman à la bière parut singulièrement exaspéré et cela aurait
pu donner lieu à de sérieuses conséquences si le président avait pas
en frappant sur la table avec son spectre ramené attention de tous
les assistants au discours suivant

heureuse occasion qui se présente nous fait un devoir …

—tiens bon là —interrompit legs avec un air de grand sérieux —tiens
bon un bout de temps que je dis et dis qui diable vous êtes
tous et quelle besogne vous faites ici équipés comme de sales démons
et avalant le bon petit de notre honnête camarade will
wimble le et toutes ses provisions arrimées pour hiver

À cet impardonnable échantillon de mauvaise éducation toute étrange
société se dressa à moitié sur ses pieds et proféra rapidement une
foule de cris diaboliques semblables à ceux qui avaient abord attiré
attention des matelots le président néanmoins fut le premier à
recouvrer son et à la longue se tournant vers legs avec
une grande dignité il reprit

est avec un parfait bon vouloir que nous satisferons toute curiosité
raisonnable de la part hôtes aussi illustres bien ils aient pas
été invités sachez donc que je suis le monarque de cet empire et que
je règne ici sans partage sous ce titre le roi peste ier

« cette salle que vous supposez être la boutique de
will wimble entrepreneur de pompes funèbres —un homme que nous ne
connaissons pas et dont appellation plébéienne avait jamais avant
cette nuit écorché nos oreilles royales —cette salle dis est la
salle du trône de notre palais consacrée aux conseils de notre royaume
et à autres destinations un ordre sacré et supérieur

« la noble dame assise en face de nous est la reine peste notre
sérénissime Épouse les autres personnages illustres que vous contemplez
sont tous de notre famille et portent la marque de origine royale
dans leurs noms respectifs sa grâce archiduc sa grâce le
duc sa grâce le duc et son altesse
sérénissime archiduchesse

« en ce qui regarde ajouta votre question relativement aux
affaires que nous traitons ici en conseil il nous serait loisible de
répondre elles concernent notre intérêt royal et privé et ne
concernant que lui ont absolument importance que pour
mais en considération de ces égards que vous pourriez revendiquer en
votre qualité hôtes et étrangers nous daignerons encore vous
expliquer que nous sommes ici cette nuit —préparés par de profondes
recherches et de soigneuses investigations —pour examiner analyser et
déterminer péremptoirement esprit indéfinissable les
incompréhensibles qualités de la nature de ces inestimables trésors de
la bouche vins ales et liqueurs de cette excellente métropole pour
en agissant ainsi atteindre notre but mais aussi
augmenter la véritable prospérité de ce souverain qui est pas de ce
monde qui règne sur nous tous dont les domaines sont sans limites et
dont le nom est la mort

—dont le nom est davy jones écria tarpaulin servant à la dame à
côté de lui un plein crâne de liqueur et en versant un second à


—profane coquin —dit le président tournant alors son attention vers
le digne hugh —profane et exécrable drôle nous avons dit en
considération de ces droits que nous ne nous sentons nullement enclin à
violer même dans ta sale personne nous condescendions à répondre à tes
grossières et intempestives questions néanmoins nous croyons que vu
votre profane intrusion dans nos conseils il est de notre devoir de
vous condamner toi et ton compagnon chacun à un gallon de
—que vous boirez à la prospérité de notre royaume un
seul trait —et à genoux —aussitôt après vous serez libres un et
autre de continuer votre route ou de rester et de partager les
privilèges de notre table selon votre goût personnel et respectif

—ce serait une chose une absolue impossibilité répliqua legs à qui
les grands airs et la dignité du roi peste ier avaient évidemment
inspiré quelques sentiments de respect et qui était levé et appuyé
contre la table pendant que celui parlait —ce serait il plaît à
votre majesté une chose une absolue impossibilité arrimer dans ma
cale le quart seulement de cette liqueur dont vient de parler votre
majesté pour ne rien dire de toutes les marchandises que nous avons
chargées à notre bord dans la matinée en matière de lest et sans
mentionner les diverses ales et liqueurs que nous avons embarquées ce
soir dans différents ports ai pour le moment une forte cargaison de
prise et dûment payée à enseigne du joyeux loup de
mer votre majesté voudra donc bien être assez gracieuse pour prendre
la bonne volonté pour le fait car je ne puis ni ne veux en aucune façon
avaler une goutte de plus encore moins une goutte de cette vilaine eau
de cale qui répond au salut de

—amarre ça —interrompit tarpaulin non moins étonné de la longueur du
speech de son camarade que de la nature de son refus —amarre ça
matelot eau douce —lâcheras bientôt le crachoir que je dis legs
ma coque est encore légère bien que toi je le confesse tu me
paraisses un peu trop chargé par le haut et quand à ta part de
cargaison eh bien plutôt que de faire lever un grain je trouverai
pour elle de la place à mon bord mais …

—cet arrangement —interrompit le président —est en complet désaccord
avec les termes de la sentence ou condamnation qui de sa nature est
médique incommutable et sans appel les conditions que nous avons
imposées seront remplies à la lettre et cela sans une minute
hésitation —faute de quoi nous décrétons que vous serez attachés
ensemble par le cou et les talons et dûment noyés comme rebelles dans
la pièce de bière octobre que voilà

—voilà une sentence quelle sentence —Équitable judicieuse
sentence —un glorieux décret —une et
condamnation —crièrent à la fois tous les membres de la
famille peste le roi fit jouer son front en innombrables rides le
vieux petit homme goutteux souffla comme un soufflet la dame au linceul
de linon fit onduler son nez à droite et à gauche le gentleman au
caleçon convulsa ses oreilles la dame au suaire ouvrit la gueule comme
un poisson à agonie et homme à la bière acajou parut encore plus
raide et roula ses yeux vers le plafond

—hou hou —fit tarpaulin épanouissant de rire sans prendre garde à
agitation générale —hou hou hou —hou hou hou —je disais quand
le roi peste est venu fourrer son épissoir que pour quant à la
question de deux ou trois gallons de de plus ou de moins
était une bagatelle pour un bon et solide bateau comme moi quand il
était pas trop chargé —mais quand il agit de boire à la santé du
diable que dieu puisse absoudre et de me mettre à genoux devant la
vilaine majesté que voilà aussi bien que je me connais pour un pêcheur
être pas autre que tim hurlygurly le paillasse —oh pour cela est
une tout autre affaire et qui dépasse absolument mes moyens et mon
intelligence

il ne lui fut pas accordé de finir tranquillement son discours au nom
de tim hurlygurly tous les convives bondirent sur leurs sièges

—trahison —hurla sa majesté le roi peste ier

—trahison —dit le petit homme à la goutte

—trahison —glapit archiduchesse

—trahison —marmotta le gentleman aux mâchoires attachées

—trahison —grogna homme à la bière

—trahison trahison —cria sa majesté la femme à la gueule et
saisissant par la partie postérieure de ses culottes infortuné
tarpaulin qui commençait justement à remplir pour lui un crâne de
liqueur elle le souleva vivement en air et le fit tomber sans
cérémonie dans le vaste tonneau défoncé plein de son ale favorite
ballotté çà et là pendant quelques secondes comme une pomme dans un bol
de toddy il disparut finalement dans le tourbillon écume que ses
efforts avaient naturellement soulevé dans le liquide déjà fort mousseux
par sa nature

toutefois le grand matelot ne vit pas avec résignation la déconfiture de
son camarade précipitant le roi peste à travers la trappe ouverte le
vaillant legs ferma violemment la porte sur lui avec un juron et courut
vers le centre de la salle arrachant le squelette suspendu
de la table il le tira à lui avec tant énergie et de bon
vouloir il réussit en même temps que les derniers rayons de lumière
éteignaient dans la salle à briser la cervelle du petit homme à la
goutte se précipitant alors de toute sa force sur le fatal tonneau
plein ale octobre et de hugh tarpaulin il le culbuta en un
instant et le fit rouler sur il en jaillit un déluge de
liqueur si furieux si impétueux —si envahissant —que la chambre fut
inondée un mur à autre —la table renversée avec tout ce elle
portait —les tréteaux jetés sens dessus dessous —le baquet de punch
dans la cheminée —et les dames dans des attaques de nerfs des piles
articles funèbres se débattaient çà et là les pots les cruches les
grosses bouteilles habillées de jonc se confondaient dans une affreuse
mêlée et les flacons osier se heurtaient désespérément contre les
gourdes cuirassées de corde homme aux affres fut noyé sur
place —le petit gentleman paralytique naviguait au large dans sa
bière —et le victorieux legs saisissant par la taille la grosse dame
au suaire se précipita avec elle dans la rue et mit le cap tout droit
dans la direction du prenant bien le vent et
remorquant le redoutable tarpaulin qui ayant éternué trois ou quatre
fois haletait et soufflait derrière lui en compagnie de archiduchesse







quelle heure est 
vieille locution


chacun sait une manière vague que le plus bel endroit du monde est—ou
était hélas —le bourg hollandais de vondervotteimittiss cependant
comme il est à quelque distance de toutes les grandes routes dans une
situation pour ainsi dire extraordinaire il y a un petit
nombre de mes lecteurs qui lui aient rendu visite pour agrément de
ceux qui ont pu le faire je juge donc à propos entrer dans quelques
détails à son sujet et est en vérité autant plus nécessaire que si
je me propose de donner un récit des événements calamiteux qui ont fondu
tout récemment sur son territoire est avec espoir de conquérir à
ses habitants la sympathie publique aucun de ceux qui me connaissent ne
doutera que le devoir que je impose ne soit exécuté avec tout ce que
y peux mettre habileté avec cette impartialité rigoureuse cette
scrupuleuse vérification des faits et cette laborieuse collaboration des
autorités qui doivent toujours distinguer celui qui aspire au titre
historien

par le secours réuni des médailles manuscrits et inscriptions je suis
autorisé à affirmer positivement que le bourg de vondervotteimittiss a
toujours existé dès son origine précisément dans la même condition où on
le voit encore mais quant à la date de cette origine il
est pénible de en pouvoir parler avec cette précision
indéfinie dont les mathématiciens sont quelquefois obligés de
accommoder dans certaines formules algébriques la date il est
permis de exprimer ainsi eu égard à sa prodigieuse antiquité ne peut
pas être moindre une quantité déterminable quelconque

relativement à étymologie du nom vondervotteimittiss je me confesse
non sans peine également en défaut parmi une multitude opinions sur
ce point délicat
suffisamment inverses —je en trouve
aucune qui puisse être considérée comme satisfaisante idée
de grogswigg—qui coïncide presque avec celle de
kroutaplenttey —doit être prudemment préférée elle est ainsi
conçue vondervotteimittiss —vonder lege donder —votteimittiss
quasi und bleitziz —bleitziz obsoletum pro blitzen cette étymologie
pour dire la vérité se trouve assez bien confirmée par quelques traces
de fluide électrique qui sont encore visibles au sommet du clocher de
la maison de ville toutefois je ne me soucie pas de me compromettre
dans une thèse une pareille importance et je prierai le lecteur
curieux informations en référer aux oratiunculae de rebus
de dundergutz voyez aussi de
derivationibus de la page à la page édition
gothique caractères rouges et noirs avec réclames et sans
signatures —consultez aussi dans cet ouvrage les notes marginales
autographes de stuffundpuff avec les de
gruntundguzzell

malgré obscurité qui enveloppe ainsi la date de la fondation de
vondervotteimittiss et étymologie de son nom on ne peut douter comme
je ai déjà dit il ait toujours existé tel que nous le voyons
présentement homme le plus vieux du bourg ne se rappelle pas la plus
légère différence dans aspect une partie quelconque de sa patrie et
en vérité la simple suggestion une telle possibilité y serait
considérée comme une insulte le village est situé dans une vallée
parfaitement circulaire dont la circonférence est un quart de mille à
peu près et complètement environnée par de jolies collines dont les
habitants ne se sont jamais avisés de franchir les sommets ils donnent
ailleurs une excellente raison de leur conduite est ils ne
croient pas il y ait quoi que ce soit de autre côté

autour de la lisière de la vallée qui est tout à fait unie et pavée
dans toute son étendue de tuiles plates étend un rang continu de
soixante petites maisons elles sont appuyées par derrière sur les
collines et naturellement elles regardent toutes le centre de la
plaine qui est juste à soixante yards de la porte de face de chaque
habitation chaque maison a devant elle un petit jardin avec une allée
circulaire un cadran solaire et choux les constructions
sont si parfaitement semblables il est impossible de
distinguer une de autre À cause de son extrême antiquité le style
de architecture est quelque peu bizarre mais pour cette raison même
il est que plus remarquablement pittoresque elles sont faites de
petites briques bien durcies au feu rouges avec des coins noirs de
sorte que les murs ressemblent à un échiquier dans de vastes
proportions les pignons sont tournés du côté de la façade et il y a
des corniches aussi grosses que le reste de la maison aux rebords des
toits et aux portes principales les fenêtres sont étroites et
profondes avec de tout petits carreaux et force châssis le toit est
recouvert une multitude de tuiles à oreillettes roulées la charpente
est partout une couleur sombre mais avec peu de
variété dans les dessins car de temps immémorial les sculpteurs en
bois de vondervotteimittiss ont jamais su tailler plus de deux
objets —une horloge et un chou mais ils les font admirablement bien
et ils les prodiguent avec une singulière ingéniosité partout où ils
trouvent une place pour le ciseau

les habitations se ressemblent autant à intérieur au dehors et
ameublement est façonné après un seul modèle le sol est pavé de
tuiles carrées les chaises et les tables sont en bois noir avec des
pieds tors grêles et amincis par le bas les cheminées sont larges et
hautes et ont pas seulement des horloges et des choux sculptés sur la
face de leurs chambranles mais elles supportent au milieu de la
tablette une véritable horloge qui fait un prodigieux avec deux
pots à fleurs contenant chacun un chou qui se tient ainsi à chaque bout
en manière de chasseur ou de piqueur entre chaque chou et horloge il
y a encore un petit magot chinois à grosse panse avec un grand trou au
milieu à travers lequel apparaît le cadran une montre

les foyers sont vastes et profonds avec des chenets farouches et
contournés il y a constamment un grand feu et une énorme marmite
dessus pleine de choucroute et de porc que la bonne femme de la maison
surveille incessamment est une grosse et vieille petite dame aux
yeux bleus et à la face rouge qui porte un immense bonnet semblable à
un pain de sucre agrémenté de rubans de couleur pourpre et jaune sa
robe est de tiretaine orangée par derrière et de
taille—et fort courte en vérité sous autres rapports car elle ne
descend pas à ces jambes sont quelque peu épaisses ainsi que
les chevilles mais elles sont revêtues une belle paire de bas verts
ses souliers—de cuir rose —sont attachés par un nœud de rubans jaunes
épanouis et fripés en forme de chou dans sa main gauche elle tient une
lourde petite montre hollandaise de la droite elle manie une grande
cuiller pour la choucroute et le porc À côté elle se tient un gros
chat moucheté qui porte à sa queue une en cuivre doré à
répétition que les garçons lui ont ainsi attachée en manière de
farce

quant aux garçons ils sont tous trois dans le jardin et
veillent au cochon ils ont chacun deux pieds de haut ils portent des
chapeaux à trois cornes des gilets pourpres qui leur tombent presque
sur les cuisses des culottes en peau de daim des bas rouges drapés de
lourds souliers avec de grosses boucles argent et de longues vestes
avec de larges boutons de nacre chacun porte aussi une pipe à la
bouche et une petite montre ventrue dans la main droite une bouffée de
fumée un coup à la montre—un coup à la montre une
bouffée de fumée —ils vont ainsi le cochon—qui est corpulent et
occupe tantôt à glaner les feuilles épaves qui sont tombées
des choux tantôt à ruer contre la montre dorée que ces petits polissons
ont aussitôt attachée à la queue de ce personnage dans le but de le
faire aussi beau que le chat

juste devant la porte entrée dans un fauteuil à grand dossier à fond
de cuir aux pieds tors et grêles comme ceux des tables est installé le
vieux propriétaire de la maison est un vieux petit monsieur
excessivement bouffi avec de gros yeux ronds et un vaste menton double
sa tenue ressemble à celle des petits garçons —et je ai pas besoin
en dire davantage toute la différence est que sa pipe est quelque peu
plus grosse que les leurs et il peut faire plus de fumée comme eux
il a une montre mais il porte sa montre dans sa poche pour dire la
vérité il a quelque chose de plus important à faire une montre à
surveiller —et ce que est je vais expliquer il est assis la
jambe droite sur le genou gauche la physionomie grave et tient
toujours au moins un de ses yeux résolument braqué sur un certain objet
fort intéressant au centre de la plaine

cet objet est situé dans le clocher de la maison de ville les membres
du conseil sont tous hommes
avec des yeux gros comme des saucières et de vastes
mentons doubles et ils ont des habits beaucoup plus longs et des
boucles de souliers beaucoup plus grosses que les vulgaires habitants de
vondervotteimittiss depuis que habite le bourg ils ont tenu
plusieurs séances extraordinaires et ont adopté ces trois importantes
décisions

i

est un crime de changer le bon vieux train des choses 



il existe rien de tolérable en dehors de vondervotteimittiss 



nous jurons fidélité éternelle à nos horloges et à nos choux 

de la chambre des séances est le clocher et dans le clocher
ou beffroi est et a été de temps immémorial orgueil et la merveille du
village —la grande horloge du bourg de vondervotteimittiss et est là
objet vers lequel sont tournés les yeux des vieux messieurs qui sont
assis dans les fauteuils à fond de cuir

la grande horloge a sept cadrans—un sur chacun des sept pans du
clocher —de sorte on peut apercevoir aisément de tous les
quartiers les cadrans sont vastes et blancs les aiguilles lourdes et
noires au beffroi est attaché un homme dont unique fonction est en
avoir soin mais cette fonction est la plus parfaite des
sinécures —car de mémoire homme horloge de vondervotteimittiss
avait jamais réclamé son secours à ces derniers jours la
simple supposition une pareille chose était considérée comme une
hérésie depuis époque la plus ancienne dont fassent mention les
archives les heures avaient été régulièrement sonnées par la grosse
cloche et en vérité il en était de même pour toutes les autres
horloges et montres du bourg jamais il y eut pareil endroit pour bien
marquer heure et en mesure quand le gros battant jugeait le moment
venu de dire midi tous les obéissants serviteurs ouvraient
simultanément leurs gosiers et répondaient comme un même écho bref les
bons bourgeois raffolaient de leur choucroute mais ils étaient fiers de
leurs horloges

tous les gens qui tiennent des sinécures sont tenus en plus ou moins
grande vénération et comme homme du beffroi de vondervotteimittiss a
la plus parfaite des sinécures il est le plus parfaitement respecté de
tous les mortels il est le principal dignitaire du bourg et les
cochons le considèrent avec un sentiment de révérence la
queue de son habit est beaucoup plus longue —sa pipe ses boucles de
souliers ses yeux et son estomac sont beaucoup plus gros que ceux
aucun autre vieux monsieur du village et quant à son menton il
est pas seulement double il est triple

ai peint état heureux de vondervotteimittiss hélas quelle grande
pitié un si ravissant tableau fût condamné à subir un jour un cruel
changement

est depuis bien longtemps un dicton accrédité parmi les plus sages
habitants que rien de bon ne peut venir au delà des collines et
vraiment il faut croire que ces mots contenaient en eux quelque chose de
prophétique il était midi moins cinq —quand apparut un
objet un aspect bizarre au sommet de la crête—du côté de un
tel événement devait attirer attention universelle et chaque vieux
petit monsieur assis dans son fauteuil à fond de cuir tourna un de ses
yeux avec ébahissement de effroi sur le phénomène gardant
toujours autre œil fixé sur horloge du clocher

il était midi moins trois minutes quand on aperçut que le singulier
objet en question était un jeune homme tout petit et qui avait air
étranger il descendait la colline avec une rapidité de
sorte que chacun put bientôt le voir tout à son aise était bien le
plus précieux petit personnage qui se fût jamais fait voir dans
vondervotteimittiss il avait la face un noir de tabac un long nez
crochu des yeux comme des pois une grande bouche et une magnifique
rangée de dents il semblait jaloux de montrer en ricanant une
oreille à autre ajoutez à cela des favoris et des moustaches il y
avait je crois plus rien à voir de sa figure il avait la tête nue et
sa chevelure avait été soigneusement arrangée avec des papillotes sa
toilette se composait un habit noir collant terminé en queue
hirondelle laissant pendiller par une de ses poches un long bout de
mouchoir blanc —de culottes de casimir noir de bas noirs et
escarpins qui ressemblaient à des moitiés de souliers avec énormes
bouffettes de ruban de satin noir pour cordons sous un de ses bras
il portait un vaste claque et sous autre un violon presque cinq fois
gros comme lui dans sa main gauche était une tabatière en or où il
puisait incessamment du tabac de air le plus glorieux du monde
pendant il cabriolait en descendant la colline et dessinait toutes
sortes de pas fantastiques bonté divine était là un spectacle pour
les honnêtes bourgeois de vondervotteimittiss

pour parler nettement le gredin avait en dépit de son ricanement un
audacieux et sinistre caractère dans la physionomie et pendant il
galopait tout droit vers le village aspect bizarrement tronqué de ses
escarpins suffit pour éveiller maints soupçons et plus un bourgeois
qui le contempla ce jour aurait donné quelque chose pour jeter un
coup sous le mouchoir de batiste blanche qui pendait une façon
si irritante de la poche de son habit à queue hirondelle mais ce qui
occasionna principalement une juste indignation fut que ce misérable
freluquet tout en brodant tantôt un fandango tantôt une pirouette
était nullement réglé dans sa danse et ne possédait pas la plus
vague notion de ce on appelle aller en mesure

cependant le bon peuple du bourg avait pas encore eu le temps
ouvrir ses yeux tout grands quand juste une avant midi
le gueux élança comme je vous le dis droit au milieu de ces braves
gens fit ici un chassé là un balancé puis après une pirouette et un
pas de zéphyr partit comme à vers le beffroi de la maison
de ville où le gardien de horloge stupéfait fumait dans une attitude
de dignité et effroi mais le petit garnement empoigna tout abord
par le nez le lui secoua et le lui tira lui flanqua son gros claque
sur la tête le lui enfonça les yeux et la bouche puis
levant son gros violon le battit avec si longtemps et si vigoureusement
que —vu que le gardien était si ballonné et le violon si vaste et si
creux —vous auriez juré que tout un régiment de grosses caisses battait
le rantamplan du diable dans le beffroi de clocher de
vondervotteimittiss

on ne sait pas à quel acte désespéré de vengeance cette attaque
révoltante aurait pu pousser les habitants était ce fait
il manquait une pour il fût midi la
cloche allait sonner et était une affaire absolue et supérieure
nécessité que chacun eût à sa montre il était évident toutefois
que juste en ce moment le gaillard fourré dans le clocher en avait à
la cloche et se mêlait de ce qui ne le regardait pas mais comme elle
commençait à sonner personne avait le temps de surveiller les
manœuvres du traître car chacun était tout oreilles pour compter les
coups

—un —dit la cloche

—hine —répliqua chaque vieux petit monsieur de vondervotteimittiss
dans chaque fauteuil à fond de cuir —hine —dit sa montre hine —dit
la montre de sa phâme et—hine —dirent les montres des garçons et
les petits joujoux dorés pendus aux queues du chat et du cochon

—deux —continua la grosse cloche et

—teusse —répétèrent tous les échos mécaniques

—trois quatre cinq six sept huit neuf dix —dit la cloche

—droisse gâdre zingue zisse zedde vitte neff tisse —répondirent
les autres

—onze —dit la grosse

—honsse —approuva tout le petit personnel de horlogerie inférieure

—douze —dit la cloche

—tousse —répondirent tous parfaitement édifiés et laissant tomber
leurs voix en cadence

—et il aître miti tonc —dirent tous les vieux petits messieurs
rempochant leurs montres mais la grosse cloche en avait pas encore
fini avec eux

—dit

—tarteifle —anhélèrent tous les vieux petits messieurs devenant pâles
et laissant tomber leurs pipes de leurs bouches et leurs jambes droites
de dessus leurs genoux gauches

—tarteifle —gémirent —draisse draisse

—mein gott il aître draisse heires

dois essayer de décrire la terrible scène qui ensuivit tout
vondervotteimittiss éclata un seul coup en un lamentable tumulte

tonc à mon phandre —glapirent tous les petits
garçons vaim tébouis hine heire

tonc à mes joux —crièrent toutes les phâmes —ils
toiffent aître en pouillie tébouis hine heire

tonc à mon bibe —jurèrent tous les vieux petits
messieurs —donnerre et églairs il toit aître édeint tébouis hine
heire

et ils rebourrèrent leurs pipes en grande rage et enfonçant dans
leurs fauteuils ils soufflèrent si vite et si férocement que toute la
vallée fut immédiatement encombrée un impénétrable nuage

cependant les choux tournaient tous au rouge pourpre et il semblait que
le vieux diable lui eût pris possession de tout ce qui avait forme
horloge les pendules sculptées sur les meubles se prenaient à danser
comme si elles étaient ensorcelées pendant que celles qui étaient sur
les cheminées pouvaient à peine se contenir dans leur fureur et
acharnaient dans une si opiniâtre sonnerie de
draisse —draisse —draisse —et dans un tel trémoussement et remuement
de leurs balanciers que était réellement épouvantable à
voir —mais—pire que tout —les chats et les cochons ne pouvaient plus
endurer inconduite des petites montres à répétition attachées à leurs
queues et ils le faisaient bien voir en détalant tous vers la
place —égratignant et farfouillant —criant et hurlant —affreux sabbat
de miaulements et de grognements —et élançant à la figure des gens
et se fourrant sous les cotillons et créant le plus épouvantable
charivari et la plus hideuse confusion il soit possible à une
personne raisonnable imaginer et le misérable petit vaurien installé
dans le clocher faisait évidemment tout son possible pour rendre les
choses encore plus navrantes on a pu de temps à autre apercevoir le
scélérat à travers la fumée il était toujours là dans le beffroi
assis sur homme du beffroi qui gisait à plat sur le dos dans ses
dents infâme tenait la corde de la cloche il secouait
incessamment de droite et de gauche avec sa tête faisant un tel
vacarme que mes oreilles en tintent encore rien que y penser sur ses
genoux reposait énorme violon il raclait sans accord ni mesure
avec les deux mains faisant affreusement infâme
paillasse —de jouer air de judy et paddy

les affaires étant dans ce misérable état de dégoût je quittai la
place et maintenant je fais un appel à tous les amants de heure
exacte et de la fine choucroute marchons en masse sur le bourg et
restaurons ancien ordre de choses à vondervotteimittiss en précipitant
ce petit drôle du clocher






tout le populaire se dressa
sur ses dix doigts de pied dans un étrange ébahissement 
satires


je suis étais un grand homme mais je ne suis ni
auteur du junius ni homme au masque de fer car mon nom est je
crois robert jones et je suis né quelque part dans la cité de


la première action de ma vie fut empoigner mon nez à deux mains ma
mère vit cela et appela un génie —mon père pleura de joie et me fit
cadeau un traité de nosologie je le possédais à fond avant de porter
des culottes

je commençai dès lors à pressentir ma voie dans la science et je
compris bientôt que tout homme pourvu il ait un nez suffisamment
marquant peut en se laissant conduire par lui arriver à la dignité de
lion mais mon attention ne se confina pas dans les pures théories
chaque matin je tirais deux fois ma trompe et avalai une
de petits verres

quand je fus arrivé à ma majorité mon père me demanda un jour si je
voulais le suivre dans son cabinet

—mon fils —dit quand nous fûmes assis —quel est le but principal
de votre existence

—mon père —répondis est étude de la nosologie

—et est que la nosologie robert

—monsieur —dis est la science des nez

—et pouvez me dire —demanda —quel est le sens du mot nez

—un nez mon père —répliquai en baissant le ton —a été défini
diversement par un millier auteurs ici je tirai ma montre il est
maintenant midi ou peu en faut —nous avons donc le temps ici à
minuit de les passer tous en revue je commence donc —le nez suivant
bartholinus est cette protubérance —cette bosse —cette
excroissance —cette …

—cela va bien robert —interrompit le bon vieux gentleman —je suis
foudroyé par immensité de vos connaissances —positivement je le
suis —oui sur mon âme ici il ferma les yeux et posa la main sur son
cœur approchez puis il me prit par le bras votre éducation peut
être considérée maintenant comme achevée —il est grandement temps que
vous vous poussiez dans le monde —et vous avez rien de mieux à faire
que de suivre simplement votre nez ainsi—ainsi … alors il me
conduisit à coups de pied tout le long des escaliers à la porte
ainsi sortez de chez moi et que dieu vous assiste

comme je sentais en moi afflatus divin je considérai cet accident
presque comme un bonheur je jugeai que avis paternel était bon je
résolus de suivre mon nez je le tirai tout abord deux ou trois fois
et écrivis incontinent une brochure sur la nosologie

tout fut sens dessus dessous

—Étonnant génie —dit le quarterly

—admirable physiologiste —dit le westminster

—habile gaillard —dit le foreign

—bel écrivain —dit edinburgh

—profond penseur —dit le dublin

—grand homme —dit bentley

—Âme divine —dit fraser

—un des nôtres —dit blackwood

—qui peut être —dit mistress

—que peut être —dit la grosse miss

peut être —dit la petite miss

mais je accordai aucune attention à toute cette populace allai
tout droit à atelier un artiste

la duchesse de posait pour son portrait le marquis de
tenait le caniche de la duchesse le comte de
jouait avec le flacon de sels de la dame et son
altesse royale de se penchait sur le dos de son
fauteuil

je approchai de artiste et je dressai mon nez

—oh —soupira sa grâce

—oh au secours —bégaya le marquis

—oh choquant —murmura le comte

—oh abominable —grogna son altesse royale

—combien en voulez —demanda artiste

—de son nez écria sa grâce

—mille livres —dis en asseyant

—mille livres —demanda artiste un air rêveur

—mille livres —dis

est —dit en extase

est mille livres —dis

—le garantissez —demanda en tournant le nez vers le jour

—je le garantis —dis en le mouchant vigoureusement

—est bien un original —demanda en le touchant avec respect

—hein —dis en le tortillant de côté

—il en a pas été fait de copie —demanda en étudiant au
microscope

—jamais —dis en le redressant

—admirable écria tout étourdi par la beauté de la manœuvre

—mille livres —dis

mille livres —dit

—précisément —dis

—mille livres —dit

—juste —dis

—vous les aurez —dit —quel morceau capital

il me fit immédiatement un billet et prit un croquis de mon nez je
louai un appartement dans jermyn street et adressai à sa majesté la
édition de ma nosologie avec un portrait de
la trompe

le prince de galles ce mauvais petit libertin invita à dîner

nous étions tous lions et gens du meilleur ton

il y avait là un il cita porphyre jamblique plotin
proclus hiéroclès maxime de tyr et syrianus

il y avait un professeur de perfectibilité humaine il cita turgot
price priestley condorcet de staël et ambitious student in ill
health

il y avait sir positif paradoxe il remarqua que tous les fous étaient
philosophes et que tous les philosophes étaient fous

il y avait Æsthéticus ethix il parla de feu unité et atomes âme
double et préexistante affinité et antipathie intelligence
primitive et homoeomérie

il y avait théologos théologie il bavarda sur eusèbe et arius sur
hérésie et le concile de nicée sur le puseyisme et le
consubstantialisme sur homoousios et homoiousios

il y avait fricassée du rocher de cancale il parla de langue à
écarlate de à la sauce veloutée de veau à la
de marinade à la et de gelées
orange en mosaïque

il y avait bibulus il dit son mot sur le latour et le
markbrünnen sur le champagne mousseux et le chambertin sur le
richebourg et le sur le le léoville et le
médoc sur le barsac et le preignac sur le graves sur le sauterne sur
le laffite et sur le il hocha la tête à endroit du
et se vanta de distinguer les yeux fermés le xérès de
amontillado

il y avait il signor tintotintino de florence il expliqua cimabuë
arpino carpaccio et agostino il parla des ténèbres du caravage de la
suavité de albane du coloris du titien des vastes commères de rubens
et des polissonneries de jean steen

il y avait le recteur de université de il émit cette
opinion que la lune appelait bendis en thrace bubastis en Égypte
diane à rome et artémis en grèce

il y avait un grand turc de stamboul il ne pouvait empêcher de croire
que les anges étaient des chevaux des coqs et des taureaux il
existait dans le sixième ciel un qui avait soixante et dix mille
têtes et que la terre était supportée par une vache bleu de ciel ornée
un nombre incalculable de cornes vertes

il y avait delphinus polyglotte il nous dit ce étaient devenus les
tragédies perdues eschyle les
oraisons isæus les trois cent discours de lysias
les cent traités de théophraste le huitième livre des
sections coniques apollonius les hymnes et dithyrambes de pindare et
les tragédies homère le jeune

il y avait ferdinand feldspar il nous renseigna sur les
feux souterrains et les couches tertiaires sur les aériformes les
fluidiformes et les solidiformes sur le quartz et la marne sur le
schiste et le schorl sur le gypse et le trapp sur le talc et le
calcaire sur la blende et la sur le et le
poudingue sur le cyanite et le lépidolithe sur hæmatite et la
trémolite sur antimoine et la calcédoine sur le manganèse et sur
tout ce il vous plaira

il y avait je parlai de moi —de moi de moi et de moi —de
nosologie de ma brochure et de moi je dressai mon nez et je parlai de
moi

—heureux homme homme miraculeux —dit le prince

—superbe —dirent les convives et le matin qui suivit sa grâce de
me fit une visite

—viendrez à almack mignonne créature —dit en me donnant
une petite tape sous le menton

—oui sur mon honneur —dis

—avec tout votre nez sans exception —demanda

—aussi vrai que je vis —répliquai

—voici donc une carte invitation bel ange dirai que vous
viendrez

—chère duchesse de tout mon cœur

—qui vous parle de votre cœur —mais avec votre nez avec tout votre
nez est pas

—pas un brin de moins mon amour —dis —je le tortillai donc une ou
deux fois et je me rendis à almack

les salons étaient pleins à étouffer

—il arrive —dit un sur escalier

—il arrive —dit un autre un peu plus haut

—il arrive —dit un autre encore un peu plus haut

—il est arrivé écria la duchesse —il est arrivé le petit
amour —et emparant fortement de moi avec ses deux mains elle me
baisa trois fois sur le nez

une sensation marquée parcourut immédiatement assemblée

diavolo —cria le comte de capricornutti

dios guarda —murmura don stiletto

mille tonnerres —jura le prince de grenouille

mille tiaples —grogna électeur de bluddennuff

cela ne pouvait pas passer ainsi je me fâchai je me tournai
brusquement vers bluddennuff

—monsieur —lui dis —vous êtes un babouin

—monsieur —répliqua après une pause donnerre et églairs 

je en demandais pas davantage nous échangeâmes nos cartes À
le lendemain matin je lui abattis le nez —et puis je me
présentai chez mes amis

—bête —dit le premier

—sot —dit le second

—butor —dit le troisième

—Âne —dit le quatrième

—benêt —dit le cinquième

—nigaud —dit le sixième

—sortez —dit le septième

je me sentis de tout cela et allai voir mon père

—mon père —lui demandai —quel est le but principal de mon
existence

—mon fils —répliqua est toujours étude de la nosologie
mais en frappant électeur au nez vous avez dépassé votre but vous
avez un fort beau nez est vrai mais bluddennuff en a plus vous
êtes sifflé et il est devenu le héros du jour je vous accorde que
dans la grandeur un lion est proportionnée à la dimension
de sa trompe —mais bonté divine il y a pas de rivalité possible
avec un lion qui en a pas du tout








chacun a ses vertus 
crébillon xerxès


antiochus Épiphanes est généralement considéré comme le gog du prophète
Ézéchiel cet honneur toutefois revient plus naturellement à cambyse le
fils de cyrus et ailleurs le caractère du monarque syrien a
vraiment aucun besoin enjolivures supplémentaires son avènement au
trône ou plutôt son usurpation de la souveraineté cent soixante et
onze ans avant la venue du christ sa tentative pour piller le temple de
diane à Éphèse son implacable inimitié contre les juifs la violation
du saint des saints et sa mort misérable à taba après un règne
tumultueux de onze ans sont des circonstances une nature saillante
et qui ont dû généralement attirer attention des historiens de son
temps plus que les impies lâches cruels absurdes et fantasques
exploits il faut ajouter pour faire le total de sa vie privée et de
sa réputation



supposons gracieux lecteur que nous sommes en an du monde trois mil
huit cent trente et pour quelques minutes transportés dans le plus
fantastique des habitacles humains dans la remarquable cité antioche
il est certain il y avait en syrie et dans autres contrées seize
villes de ce nom sans compter celle dont nous avons spécialement à nous
occuper mais la nôtre est celle on appelait antiochia Épidaphné à
cause elle était tout proche du petit village de daphné où élevait
un temple consacré à cette divinité elle fut bâtie bien que la chose
soit controversée par séleucus nicator le premier roi du pays après
alexandre le grand en mémoire de son père antiochus et devint
immédiatement la capitale de la monarchie syrienne dans les temps
prospères de empire romain elle était la résidence ordinaire du
préfet des provinces orientales et plusieurs empereurs de la
parmi lesquels peuvent être mentionnés spécialement vérus et valens y
passèrent la plus grande partie de leur vie mais je aperçois que nous
sommes arrivés à la ville montons sur cette et jetons nos
yeux sur la ville et le pays circonvoisin

—quelle est cette large et rapide rivière qui se fraye un passage
accidenté innombrables cascades à travers le chaos des montagnes et
enfin à travers le chaos des constructions

est oronte et est la seule eau on aperçoive à exception
de la méditerranée qui étend comme un vaste miroir à douze
milles environ vers le sud tout le monde a vu la méditerranée mais
de vous le dire de gens ont joui du coup
antioche de ceux veux dire qui comme vous et moi
ont eu en même temps le bénéfice une éducation moderne ainsi laissez
là la mer et portez toute votre attention sur cette masse de maisons
qui étend à nos pieds vous vous rappellerez que nous sommes en an
du monde trois mil huit cent trente si était plus tard —si était
par exemple en an de mil huit cent nous
serions privés de cet extraordinaire spectacle au siècle
antioche antioche sera dans un lamentable état de
délabrement ici là antioche aura été complètement détruite à trois
époques différentes par trois tremblements de terre successifs À vrai
dire le peu qui restera de sa première condition se trouvera dans un
tel état de désolation et de ruine que le patriarche aura transporté
alors sa résidence à damas est bien je vois que vous suivez mon
conseil et que vous mettez votre temps à profit pour inspecter les
lieux pour

 … rassasier vos yeux
des souvenirs et des objets fameux
qui font la grande gloire de cette cité 

je vous demande pardon avais oublié que shakespeare ne fleurira pas
avant cent cinquante ans mais aspect Épidaphné ne
justifie pas cette épithète de fantastique que je lui ai donnée

—elle est bien fortifiée à cet égard elle doit autant à la nature à
art



—il y a une quantité prodigieuse imposants palais

—en effet

—et les temples nombreux somptueux magnifiques peuvent soutenir la
comparaison avec les plus célèbres de antiquité

—je dois reconnaître tout cela cependant il y a une infinité de huttes
de bousillage et abominables baraques il nous faut bien constater une
merveilleuse abondance ordures dans tous les ruisseaux et était la
fumée de encens idolâtre à coup sûr nous trouverions
une intolérable puanteur vîtes jamais des rues si
insupportablement étroites ou des maisons si miraculeusement hautes
quelle noirceur leurs ombres jettent sur le sol il est heureux que les
lampes suspendues dans ces interminables colonnades restent allumées
toute la journée autrement nous aurions ici les ténèbres de Égypte au
temps de sa désolation

est certainement un étrange lieu que signifie ce singulier
bâtiment regardez il domine tous les autres et étend au loin
à est de celui que je crois être le palais du roi

est le nouveau temple du soleil qui est adoré en syrie sous le nom
elah gabalah plus tard un empereur romain instituera ce
culte dans rome et en tirera son surnom heliogabalus ose vous
affirmer que la vue de la divinité de ce temple vous plairait fort vous
avez pas besoin de regarder au ciel sa majesté le soleil est pas
là —du moins le soleil adoré par les syriens cette déité se trouve
dans intérieur du bâtiment situé elle est adorée sous la forme
un large pilier de pierre dont le sommet se termine en un cône ou
pyramide par quoi est signifié le pyr le feu

—Écoutez —regardez —quels peuvent être ces ridicules êtres à moitié
nus à faces peintes qui adressent à la canaille avec force gestes et
vociférations

en petit nombre sont des saltimbanques autres
appartiennent plus particulièrement à la race des philosophes la
plupart toutefois —spécialement ceux qui travaillent la populace à
coups de bâton —sont les principaux courtisans du palais qui
exécutent comme est leur devoir quelque excellente drôlerie de
invention du roi

—mais voilà du nouveau ciel la ville fourmille de bêtes féroces quel
terrible spectacle —quelle dangereuse singularité

—terrible si vous voulez mais pas le moins du monde dangereuse
chaque animal si vous voulez vous donner la peine observer marche
tranquillement derrière son maître sans doute sont menés
avec une corde autour du cou mais ce sont principalement les espèces
plus petites ou plus timides le lion le tigre et le léopard sont
entièrement libres ils ont été formés à leur présente profession sans
aucune difficulté et suivent leurs propriétaires respectifs en manière
de valets de chambre il est vrai il y a des cas où la nature
revendique son empire usurpé —mais un héraut armes dévoré un taureau
sacré étranglé sont des circonstances beaucoup trop vulgaires pour
faire sensation dans Épidaphné

—mais quel extraordinaire tumulte entends À coup sûr voilà un
grand bruit même pour antioche cela dénote quelque incident un
intérêt inusité

—oui indubitablement le roi a ordonné quelque nouveau
spectacle —quelque exhibition de gladiateurs à hippodrome —ou
le massacre des prisonniers scythes —ou incendie de son
nouveau palais —ou la démolition de quelque temple superbe —ou bien
ma foi un beau feu de joie de quelques juifs le vacarme augmente des
éclats hilarité montent vers le ciel air est déchiré par les
instruments à vent et par la clameur un million de gosiers
descendons pour amour de la joie et voyons ce qui se passe par
ici —prenez garde nous sommes ici dans la rue principale on
appelle la rue de timarchus cette mer de populace arrive de ce côté et
il nous sera difficile de remonter le courant elle se répand à travers
avenue héraclides qui part directement du palais —ainsi le roi
fait partie de la bande oui entends les cris du
héraut qui proclame sa venue dans la pompeuse phraséologie de orient
nous aurons le coup de sa personne quand il passera devant le
temple ashimah mettons à abri dans le vestibule du sanctuaire
il sera ici tout à heure pendant ce temps considérons cette
figure est oh est le dieu ashimah en personne vous voyez
bien que ce est ni un agneau ni un bouc ni un satyre il a guère
plus de ressemblance avec le pan des arcadiens et cependant tous ces
caractères ont été —pardon seront attribués par les érudits des
siècles futurs à ashimah des syriens mettez vos lunettes et
ce que est

—dieu me pardonne est un singe

—oui vraiment —un babouin —mais pas le moins du monde une déité son
nom est une dérivation du grec simia —quels terribles sots que les
antiquaires mais voyez —voyez courir ce petit polisson en
guenilles va que braille que dit oh il dit que le
roi arrive en triomphe il est dans son costume des grands jours
il vient à instant même de mettre à mort de sa propre main
mille prisonniers israélites enchaînés pour cet exploit le petit
misérable le porte aux nues attention voici venir une troupe de gens
tous semblablement attifés ils ont fait un hymne latin sur la vaillance
du roi et le chantent en marchant

mille mille mille 
mille mille mille
decollavimus unus homo 
mille mille mille mille decollavimus 
mille mille mille 
vivat qui mille mille occidit 
tantum vini habet nemo
quantum sanguinis effudit

ce qui peut être ainsi paraphrasé

mille mille mille 
mille mille mille 
avec un seul guerrier nous en avons égorgé mille 
mille mille mille mille 
chantons mille à jamais 
hurrah —chantons
longue vie à notre roi 
qui a abattu mille hommes si joliment 
hurrah —crions à
il nous a donné une plus copieuse
vendange de sang
que tout le vin que peut fournir la syrie 

—entendez cette fanfare de trompettes

—oui —le roi arrive voyez le peuple est pantelant admiration et
lève les yeux au ciel dans son respectueux attendrissement il
arrive —il arrive —le voilà

—qui —où —le roi —je ne le vois pas —je vous jure que je ne
aperçois pas

—il faut que vous soyez aveugle

est bien possible toujours est que je ne vois une foule
tumultueuse idiots et de fous qui empressent de se prosterner devant
un gigantesque caméléopard et qui évertuent à déposer un baiser sur
le sabot de animal voyez la bête vient justement de cogner rudement
un de la populace —ah encore un autre —et un autre —et un
autre en vérité je ne puis empêcher admirer animal pour
excellent usage il fait de ses pieds

—populace en vérité —mais ce sont les nobles et libres citoyens
Épidaphné la bête avez dit prenez bien garde si un
vous entendait ne voyez pas que animal a une face homme mais
mon cher monsieur ce caméléopard est autre antiochus
Épiphanes —antiochus illustre roi de syrie et le plus puissant de
tous les autocrates de orient il est vrai on le décore quelquefois
du nom antiochus Épimanes —antiochus le fou —mais est à cause que
tout le monde est pas capable apprécier ses mérites il est bien
certain que pour le moment il est enfermé dans la peau une bête et
il fait de son mieux pour jouer le rôle un caméléopard mais est
à dessein de mieux soutenir sa dignité comme roi ailleurs le monarque
est une stature gigantesque et habit conséquemment ne lui va pas
mal et est pas trop grand nous pouvons toutefois supposer que
était une circonstance solennelle il ne en serait pas revêtu
ainsi voici un cas —convenez —le massacre un millier de juifs
avec quelle prodigieuse dignité le monarque se promène sur ses quatre
pattes sa queue comme vous voyez est tenue en air par ses deux
principales concubines elliné et argélaïs et tout son extérieur serait
excessivement prévenant étaient la protubérance de ses yeux qui lui
sortiront certainement de la tête et la couleur étrange de sa face qui
est devenue quelque chose innommable par suite de la quantité de vin
il a engloutie suivons à hippodrome où il se dirige et
écoutons le chant de triomphe il commence à entonner lui

qui est roi si ce est Épiphanes 

dites —le savez 

qui est roi si ce est Épiphanes 

bravo —bravo 

il y a pas autre roi Épiphanes 

non —pas autre 

ainsi jetez à bas les temples

et éteignez le soleil 

bien et bravement chanté la populace le salue prince des poëtes et
gloire de orient puis délices de univers enfin le plus
Étonnant des caméléopards ils lui font bisser son
et—entendez —il le recommence quand il arrivera à hippodrome
il recevra la couronne poétique comme de sa victoire aux
prochains jeux olympiques

—mais bon jupiter que se passe dans la foule derrière nous

—derrière nous avez dit —oh oh —je comprends mon ami il est
heureux que vous ayez parlé à temps mettons en lieu sûr et le
plus vite possible ici —réfugions sous arche de cet aqueduc et
je vous expliquerai origine de cette agitation cela a mal tourné
comme je avais pressenti le singulier aspect de ce caméléopard avec
sa tête homme a il faut croire choqué les idées de logique et
harmonie acceptées par les animaux sauvages domestiques dans la ville
il en est résulté une émeute et comme il arrive toujours en pareil
cas tous les efforts humains pour réprimer le mouvement seront
impuissants quelques syriens ont déjà été dévorés mais les patriotes à
quatre pattes semblent être un accord unanime pour manger le
caméléopard le prince des poëtes est donc dressé sur ses pattes de
derrière car il agit de sa vie ses courtisans ont laissé en plan
et ses concubines ont suivi un si excellent exemple délices de
univers tu es dans une triste passe gloire de orient tu es en
danger être croqué ainsi ne regarde pas si piteusement ta queue
elle traînera indubitablement dans la crotte à cela il y a pas de
remède ne regarde donc pas derrière toi et ne occupe pas de son
inévitable déshonneur mais prends courage joue vigoureusement des
jambes et file vers hippodrome que tu es antiochus
Épiphanes antiochus illustre et aussi le prince des poëtes la
gloire de orient les délices de univers et le plus Étonnant
des caméléopards  juste ciel quelle puissance de vélocité tu déploies
la caution des jambes la meilleure tu la possèdes celle cours
prince —bravo Épiphanes —tu vas bien caméléopard —glorieux
antiochus il court —il bondit —il vole comme un trait détaché par
une catapulte il se rapproche de hippodrome il bondit —il crie —il
y est est heureux car ô gloire de orient si tu avais mis une
de plus à atteindre les portes de amphithéâtre il y
aurait pas eu dans Épidaphné un seul petit ours qui eût grignoté sur
ta carcasse —partons —car nos oreilles modernes sont
trop délicates pour supporter immense vacarme qui va commencer en
honneur de la délivrance du roi —Écoutez il a déjà
commencé—voyez —toute la ville est sens dessus dessous

—voilà certainement la plus pompeuse cité de orient quel
fourmillement de peuple quel de tous les rangs et de tous les
âges quelle multiplicité de sectes et de nations quelle variété de
costumes quelle babel de langues quels cris de bêtes quel tintamarre
instruments quel tas de philosophes

—venez sauvons

—encore un moment je vois un vaste dans hippodrome
je vous en supplie ce que cela signifie

—cela —oh rien les nobles et libres citoyens Épidaphné étant
comme ils le déclarent parfaitement satisfaits de la loyauté de la
bravoure de la sagesse et de la divinité de leur roi et de plus
ayant été témoins de sa récente agilité surhumaine pensent ils ne
font que leur devoir en déposant sur son front en surcroît du laurier
poétique une nouvelle couronne prix de la course à pied —couronne
il faudra bien il obtienne aux fêtes de la prochaine olympiade
et que naturellement ils lui décernent par avance







le symposium de la soirée précédente avait un peu fatigué mes nerfs
avais une déplorable migraine et je tombais de sommeil au lieu de
passer la soirée dehors comme en avais le dessein il me vint donc à
esprit que je avais rien de plus sage à faire que de souper une
bouchée et de me mettre immédiatement au lit

un léger souper naturellement adore les rôties au fromage en
manger plus une livre à la fois cela peut être pas toujours
raisonnable toutefois il ne peut pas y avoir objection matérielle au
chiffre deux et en réalité entre deux et trois il y a que la
différence une simple unité je aventurai à quatre
ma femme tient pour cinq —mais évidemment elle a confondu deux choses
bien distinctes le nombre abstrait cinq je suis disposé à admettre
mais au point de vue concret il se rapporte aux bouteilles de brown
stout sans assaisonnement duquel la rôtie au fromage est une chose à
éviter

ayant ainsi achevé un frugal repas et mis mon bonnet de nuit avec la
sereine espérance en jouir au lendemain midi au moins je plaçai
ma tête sur oreiller et grâce à une excellente conscience je tombai
immédiatement dans un profond sommeil

mais quand les espérances de homme furent remplies je avais
pas achevé mon troisième ronflement quand une furieuse
sonnerie retentit à la porte de la rue et puis impatients coups de
marteau me réveillèrent en sursaut une minute après et comme je me
frottais encore les yeux ma femme me fourra sous le nez un billet de
mon vieil ami le docteur ponnonner il me disait

« venez me trouver et laissez tout mon cher ami aussitôt que vous aurez
reçu ceci venez partager notre joie À la fin grâce à une opiniâtre
diplomatie ai arraché assentiment des directeurs du city museum
pour examen de ma momie —vous savez de laquelle je veux parler ai
la permission de la démailloter et même de ouvrir si je le juge à
propos quelques amis seulement seront présents —vous en êtes cela va
sans dire la momie est présentement chez moi et nous commencerons à la
dérouler à onze heures de la nuit

tout à vous

« ponnonner »

avant arriver à la signature je aperçus que étais aussi éveillé
un homme peut désirer de être je sautai de mon lit dans un état de
délire bousculant tout ce qui me tombait sous la main je habillai
avec une prestesse vraiment miraculeuse et je me dirigeai de toute ma
vitesse vers la maison du docteur

je trouvai réunie une société on avait attendu avec
beaucoup impatience la momie était étendue sur la table à manger et
au moment où entrai examen était commencé

cette momie était une des deux qui furent rapportées il y a quelques
années par le capitaine arthur sabretash un cousin de ponnonner il
les avait prises dans une tombe près Éleithias dans les montagnes de
la libye à une distance considérable de thèbes sur le nil
sur ce point les caveaux quoique moins magnifiques que les sépultures
de thèbes sont un plus haut intérêt en ce ils offrent de plus
nombreuses illustrations de la vie privée des Égyptiens la salle où
avait été tiré notre échantillon passait pour en documents de
cette nature —les murs étaient complètement recouverts de peintures à
fresque et de des statues des vases et une mosaïque un
dessin témoignaient de la puissante fortune des défunts

cette rareté avait été déposée au museum exactement dans le même état
où le capitaine sabretash avait trouvée on avait
laissé la bière intacte pendant huit ans elle était restée ainsi
exposée à la curiosité publique quant à extérieur seulement nous
avions donc la momie complète à notre disposition et ceux qui savent
combien il est rare de voir des antiquités arriver dans nos contrées
sans être saccagées jugeront que nous avions de fortes raisons de nous
féliciter de notre bonne fortune

en approchant de la table je vis une grande boîte ou caisse longue
environ sept pieds large de trois pieds et une
profondeur de deux pieds et demi elle était oblongue —mais pas en
forme de bière nous supposâmes abord que la matière était du bois de
sycomore mais en entamant nous reconnûmes que était du carton ou
plus proprement une pâte dure faite de papyrus elle était
grossièrement décorée de peintures représentant des scènes funèbres et
divers sujets lugubres parmi lesquels serpentait un semis de caractères
hiéroglyphiques disposés en tous sens qui signifiaient évidemment le
nom du défunt par bonheur gliddon était de la partie et il nous
traduisit sans peine les signes qui étaient simplement phonétiques et
composaient le mot allamistakeo

nous eûmes quelque peine à ouvrir cette boîte sans endommager mais
quand enfin nous y eûmes réussi nous en trouvâmes une seconde
en forme de bière et une dimension beaucoup moins considérable que la
caisse extérieure mais lui ressemblant exactement sous tout autre
rapport intervalle entre les deux était comblé de résine qui avait
à un certain point détérioré les couleurs de la boîte intérieure

après avoir ouvert celle —ce que nous fîmes —nous
arrivâmes à une troisième également en forme de bière et ne différant
en rien de la seconde si ce est par la matière qui était du cèdre et
exhalait odeur fortement aromatique qui caractérise ce bois entre la
seconde et la troisième caisse il y avait pas intervalle
adaptant exactement à

en défaisant la troisième caisse nous découvrîmes enfin le corps et
nous enlevâmes nous nous attendions à le trouver enveloppé comme
habitude de nombreux rubans ou bandelettes de lin mais au lieu de
cela nous trouvâmes une espèce de gaine faite de papyrus et revêtue
une couche de plâtre grossièrement peinte et dorée les peintures
représentaient des sujets ayant trait aux divers devoirs supposés de
âme et à sa présentation à différentes divinités puis de nombreuses
figures humaines identiques —sans doute des portraits des personnes
embaumées de la tête aux pieds étendait une inscription columnaire
ou verticale en hiéroglyphes phonétiques donnant de nouveau le nom
et les titres du défunt et les noms et les titres de ses parents

autour du cou que nous débarrassâmes du fourreau était un collier de
grains de verre cylindriques de couleurs différentes et disposés de
manière à figurer des images de divinités image du scarabée et
autres avec le globe ailé la taille dans sa partie la plus mince
était cerclée un collier ou ceinture semblable

ayant enlevé le papyrus nous trouvâmes les chairs parfaitement
conservées et sans aucune odeur sensible la couleur était rougeâtre
la peau ferme lisse et brillante les dents et les cheveux
paraissaient en bon état les yeux à ce il semblait avaient été
enlevés et on leur avait substitué des yeux de verre fort beaux et
simulant merveilleusement la vie sauf leur fixité un peu trop
prononcée les doigts et les ongles étaient brillamment dorés

de la couleur rougeâtre de épiderme gliddon inféra que
embaumement avait été pratiqué uniquement par asphalte mais ayant
gratté la surface avec un instrument acier et jeté dans le feu les
grains de poudre ainsi obtenus nous sentîmes se dégager un parfum de
camphre et autres gommes aromatiques

nous visitâmes soigneusement le corps pour trouver les incisions
habituelles par où on extrait les entrailles mais à notre grande
surprise nous en pûmes découvrir la trace aucune personne de la
société ne savait alors il est pas rare de trouver des momies
entières et non incisées ordinairement la cervelle se vidait par le
nez les intestins par une incision dans le flanc le corps était alors
rasé lavé et salé on le laissait ainsi reposer quelques semaines puis
commençait à proprement parler opération de embaumement

comme on ne pouvait trouver aucune trace ouverture le docteur
ponnonner préparait ses instruments de dissection quand je fis
remarquer il était déjà deux heures passées on accorda
à renvoyer examen interne à la nuit suivante et nous étions au moment
de nous séparer quand un lança idée une ou deux expériences
avec la pile de volta

application de électricité à une momie vieille au moins de trois ou
quatre mille ans était une idée sinon du moins
suffisamment originale et nous la saisîmes au pour ce beau projet
dans lequel il entrait un dixième de sérieux et neuf bons dixièmes de
plaisanterie nous disposâmes une batterie dans le cabinet du docteur
et nous y transportâmes Égyptien

ce ne fut pas sans beaucoup de peine que nous réussîmes à mettre à nu
une partie du muscle temporal qui semblait être une rigidité moins
marmoréenne que le reste du corps mais qui naturellement comme nous
nous y attendions bien ne donna aucun indice de susceptibilité
galvanique quand on le mit en contact avec le fil ce premier essai nous
parut décisif et tout en riant de bon cœur de notre propre absurdité
nous nous souhaitions réciproquement une bonne nuit quand mes yeux
tombant par hasard sur ceux de la momie y restèrent immédiatement
cloués étonnement de fait le premier coup avait suffi pour
assurer que les globes que nous avions tous supposé être de verre et
qui primitivement se distinguaient par une certaine fixité singulière
étaient maintenant si bien recouverts par les paupières une petite
portion de la tunica albuginea restait seule visible

je poussai un cri et attirai attention sur ce fait qui devint
immédiatement évident pour tout le monde

je ne dirai pas que étais alarmé par le phénomène parce que le mot
alarmé dans mon cas ne serait pas précisément le mot propre il aurait
pu se faire toutefois que sans ma provision de brown stout je me
sentisse légèrement ému quant aux autres personnes de la société elle
ne firent vraiment aucun effort pour cacher leur naïve terreur le
docteur ponnonner était un homme à faire pitié gliddon par je ne
sais quel procédé particulier était rendu invisible je présume que
silk buckingham aura pas audace de nier il ne se soit fourré à
quatre pattes sous la table

après le premier choc de étonnement nous résolûmes cela va sans
dire de tenter tout de suite une nouvelle expérience nos opérations
furent alors dirigées contre le gros orteil du pied droit nous fîmes
une incision de la région de os sesamoideum pollicis
pedis et nous arrivâmes ainsi à la naissance du muscle abductor
rajustant la batterie nous appliquâmes de nouveau le fluide aux nerfs
mis à nu —quand avec un mouvement plus vif que la vie elle la
momie retira son genou droit comme pour le rapprocher le plus possible
de abdomen puis redressant le membre avec une force inconcevable
allongea au docteur ponnonner une ruade qui eut pour effet de décocher
ce gentleman comme le projectile une catapulte et de envoyer dans
la rue à travers une fenêtre

nous nous précipitâmes en masse pour rapporter les débris mutilés de
infortuné mais nous eûmes le bonheur de le rencontrer sur escalier
remontant avec une inconcevable diligence bouillant de la plus vive
ardeur philosophique et plus que jamais frappé de la nécessité de
poursuivre nos expériences avec rigueur et avec zèle

ce fut donc après son conseil que nous fîmes une incision
profonde dans le bout du nez du sujet et le docteur y jetant des mains
impétueuses le fourra violemment en contact avec le fil métallique

moralement et physiquement —métaphoriquement et
littéralement effet fut électrique abord le cadavre ouvrit les
yeux et les cligna pendant quelques minutes comme m
barnes dans la pantomime puis il éternua en troisième lieu il se
dressa sur son séant en quatrième lieu il mit son poing sous le nez du
docteur ponnonner enfin se tournant vers gliddon et buckingham il
leur adressa dans égyptien le plus pur le discours suivant

—je dois vous dire gentlemen que je suis aussi surpris que mortifié
de votre conduite du docteur ponnonner je avais rien de mieux à
attendre est un pauvre petit gros sot qui ne sait rien de rien ai
pitié de lui et je lui pardonne mais vous monsieur gliddon —et vous
silk qui avez voyagé et résidé en Égypte à ce point on pourrait
croire que vous êtes né sur nos terres —vous dis qui avez tant
vécu parmi nous que vous parlez égyptien aussi bien je crois que
vous écrivez votre langue maternelle —vous que je étais accoutumé à
regarder comme le plus ferme ami des momies attendais de vous une
conduite plus courtoise que dois penser de votre impassible
neutralité quand je suis traité aussi brutalement que dois supposer
quand vous permettez à pierre et à paul de me dépouiller de mes bières
et de mes vêtements sous cet affreux climat de glace À quel point de
vue pour en finir dois considérer votre fait aider et
encourager ce misérable petit drôle ce docteur ponnonner à me tirer
par le nez

on croira généralement sans aucun doute en entendant un pareil
discours dans de telles circonstances nous avons tous filé vers la
porte ou que nous sommes tombés dans de violentes attaques de nerfs ou
dans un évanouissement unanime une de ces trois choses dis était
probable en vérité chacune de ces trois lignes de conduite et toutes
les trois étaient des plus légitimes et sur ma parole je ne puis
comprendre comment il se fit que nous en suivîmes aucune mais
la vraie raison doit être cherchée dans esprit de ce
siècle qui procède entièrement par la loi des contraires considérée
comme solution de toutes les antinomies et fusion de toutes
les contradictions ou après tout était seulement air
excessivement naturel et familier de la momie qui enlevait à ses paroles
toute puissance terrifique quoi il en soit les faits sont positifs
et pas un membre de la société ne trahit effroi bien caractérisé et ne
parut croire il ne se fût passé quelque chose de particulièrement
irrégulier

pour ma part étais convaincu que tout cela était fort naturel et je
me rangeai simplement de côté hors de la portée du poing de Égyptien
le docteur ponnonner fourra ses mains dans les poches de sa culotte
regarda la momie un air bourru et devint excessivement rouge m
gliddon caressait ses favoris et redressait le col de sa chemise m
buckingham baissa la tête et mit son pouce droit dans le coin gauche de
sa bouche

Égyptien le regarda avec une physionomie sévère pendant quelques
minutes et à la longue lui dit avec un ricanement

—pourquoi ne parlez pas monsieur buckingham avez entendu
oui ou non ce que je vous ai demandé voulez bien ôter votre pouce
de votre bouche

buckingham fit un léger soubresaut ôta son pouce droit du
coin gauche de sa bouche et en manière de compensation inséra son
pouce gauche dans le coin droit de ouverture susdite

ne pouvant pas tirer une réponse de buckingham la momie se tourna
avec humeur vers gliddon et lui demanda un ton péremptoire
expliquer en gros ce que nous voulions tous

gliddon répliqua tout au long en phonétique et était absence
de caractères hiéroglyphiques dans les imprimeries américaines eût
été pour moi un grand plaisir de transcrire intégralement et en langue
originale son excellent speech

je saisirai cette occasion pour faire remarquer que toute la
conversation subséquente à laquelle prit part la momie eut lieu en
égyptien primitif gliddon et buckingham servant interprètes pour
moi et les autres personnes de la société qui avaient pas voyagé ces
messieurs parlaient la langue maternelle de la momie avec une grâce et
une abondance inimitables mais je ne pouvais pas empêcher de
remarquer que les deux voyageurs —sans doute à cause de introduction
images entièrement modernes et naturellement tout à fait nouvelles
pour étranger —étaient quelquefois réduits à employer des formes
sensibles pour traduire à cet esprit un autre âge un sens particulier
il y eut un moment par exemple où gliddon ne pouvant pas faire
comprendre à Égyptien le mot la politique avisa heureusement de
dessiner sur le mur avec un morceau de charbon un petit monsieur au
nez bourgeonné aux coudes troués grimpé sur un piédestal la jambe
gauche tendue en arrière le bras droit projeté en avant le poing
fermé les yeux convulsés vers le ciel et la bouche ouverte sous un
angle de degrés

de même buckingham aurait jamais réussi à lui traduire idée
absolument moderne de whig perruque si à une suggestion du docteur
ponnonner il était devenu et avait consenti à ôter la
sienne

il était tout naturel que le discours de gliddon roulât
principalement sur les immenses bénéfices que la science pouvait tirer
du démaillotement et du déboyautement des momies moyen subtil de nous
justifier de tous les dérangements que nous avions pu lui causer à elle
en particulier momie nommée allamistakeo il conclut en insinuant—car
ce ne fut une insinuation—que puisque toutes ces petites questions
étaient maintenant éclaircies on pouvait aussi bien procéder à examen
projeté ici le docteur ponnonner apprêta ses instruments

relativement aux dernières suggestions de orateur il paraît
allamistakeo avait certains scrupules de conscience sur la nature
desquels je ai pas été clairement renseigné mais il se montra
satisfait de notre justification et descendant de la table donna à
toute la compagnie des poignées de main à la ronde

quand cette cérémonie fut terminée nous nous occupâmes immédiatement de
réparer les dommages que le scalpel avait fait éprouver au sujet nous
recousîmes la blessure de sa tempe nous bandâmes son pied et nous lui
appliquâmes un pouce carré de taffetas noir sur le bout du nez

on remarqua alors que le comte—tel était à ce il paraît le titre
allamistakeo—éprouvait quelques légers frissons —à cause du climat
sans aucun doute le docteur alla immédiatement à sa et
revint bientôt avec un habit noir de la meilleure coupe de jennings un
pantalon de tartan bleu de ciel à une chemise rose de
guingamp un gilet de brocart à revers un blanc une canne
à bec de corbin un chapeau sans bords des bottes en cuir breveté des
gants de chevreau couleur paille un lorgnon une paire de favoris et
une cravate cascade la différence de taille entre le comte et le
docteur —la proportion était comme deux à un —fut cause que nous eûmes
quelque peu de mal à ajuster ces habillements à la personne de
Égyptien mais quand tout fut arrangé au moins pouvait dire il
était bien mis gliddon lui donna donc le bras et le conduisit vers
un bon fauteuil en face du feu pendant ce temps le docteur sonnait
et demandait le vin et les cigares

la conversation anima bientôt on exprima cela va sans dire une
grande curiosité relativement au fait quelque peu singulier
allamistakeo resté vivant

aurais pensé —dit buckingham il y avait déjà beau temps que
vous étiez mort

—comment —répliqua le comte —je ai guère plus de sept
cents ans mon père en a vécu mille et il ne radotait pas le moins du
monde quand il est mort

il ensuivit une série étourdissante de questions et de calculs par
lesquels on découvrit que antiquité de la momie avait été
estimée il y avait cinq mille cinquante ans et
quelques mois elle avait été déposée dans les catacombes Éleithias

—mais ma remarque —reprit buckingham avait pas trait à votre
âge à époque de votre ensevelissement je ne demande pas mieux que
accorder que vous êtes encore un jeune homme et entendais parler
de immensité de temps pendant lequel après votre propre
explication vous êtes resté confit dans asphalte

—dans quoi —dit le comte

—dans asphalte —persista buckingham

—ah oui ai comme une idée vague de ce que vous voulez dire —en
effet cela pourrait réussir —mais de mon temps nous employions
guère autre chose que le bichlorure de mercure

—mais ce il nous est particulièrement impossible de comprendre —dit
le docteur ponnonner— est comment il se fait étant mort et ayant
été enseveli en Égypte il y a cinq mille ans vous soyez
parfaitement vivant et avec un air de santé admirable

—si à cette époque étais mort comme vous dites—répliqua le
comte —il est plus que probable que mort je serais resté car je
aperçois que vous en êtes encore à enfance du galvanisme et que
vous ne pouvez pas accomplir par cet agent ce qui dans le vieux temps
était chez nous chose vulgaire mais le fait est que étais tombé en
catalepsie et que mes meilleurs amis jugèrent que étais mort ou que
je devais être mort est pourquoi ils embaumèrent tout de suite —je
présume que vous connaissez le principe capital de embaumement

—mais pas le moins du monde

—ah je conçois —déplorable condition de ignorance je ne puis donc
pour le moment entrer dans aucun détail à ce sujet mais il est
indispensable que je vous explique en Égypte embaumer à proprement
parler était suspendre indéfiniment toutes les fonctions animales
soumises au procédé je me sers du terme animal dans son sens le plus
large comme impliquant être moral et vital aussi bien que être
physique je répète que le premier principe de embaumement consistait
chez nous à arrêter immédiatement et à tenir perpétuellement en suspens
toutes les fonctions animales soumises au procédé enfin pour être
bref dans quelque état que se trouvât individu à époque de
embaumement il restait dans cet état maintenant comme ai le
bonheur être du sang du scarabée je fus embaumé vivant tel que vous
me voyez présentement

—le sang du scarabée écria le docteur ponnonner

—oui le scarabée était emblème les armes une famille patricienne
et peu nombreuse Être du sang du scarabée est
simplement être de la famille dont le scarabée est emblème je parle
figurativement

—mais a cela de commun avec le fait de votre existence actuelle

—eh bien était la coutume générale en Égypte avant embaumer un
cadavre de lui enlever les intestins et la cervelle la race des
scarabées seule était pas sujette à cette coutume si donc je avais
pas été un scarabée eusse été privé de mes boyaux et de ma cervelle
et sans ces deux viscères vivre est pas chose commode

—je comprends cela —dit buckingham et je présume que toutes les
momies qui nous parviennent entières sont de la race des scarabées

—sans aucun doute

—je croyais —dit gliddon que le scarabée était un
des dieux Égyptiens

—un des quoi Égyptiens écria la momie sautant sur ses pieds

—un des dieux —répéta le voyageur

—monsieur gliddon je suis réellement étonné de vous entendre parler de
la sorte —dit le comte en se rasseyant —aucune nation sur la face de
la terre a jamais reconnu plus un dieu le scarabée ibis
étaient pour nous ce que autres créatures ont été pour autres
nations les symboles les intermédiaires par lesquels nous offrions le
culte au créateur trop auguste pour être approché directement

ici il se fit une pause À la longue entretien fut repris par le
docteur ponnonner

—il est donc pas improbable après vos
explications —dit il puisse exister dans les catacombes qui
sont près du nil autres momies de la race du scarabée dans de
semblables conditions de vitalité

—cela ne peut pas faire objet une question —répliqua le
comte —tous les scarabées qui par accident ont été embaumés vivants
sont vivants même de ceux qui ont été ainsi embaumés à
dessein peuvent avoir été oubliés par leurs exécuteurs testamentaires et
sont encore dans leurs tombes

—seriez assez bon —dis —pour expliquer ce que vous entendez
par embaumés ainsi à dessein

—avec le plus grand plaisir —répliqua la momie après avoir
considéré à loisir à travers son lorgnon car était la première fois
que je me hasardais à lui adresser directement une question

—avec le plus grand plaisir —dit —la durée ordinaire de la vie
humaine de mon temps était de huit cents ans environ peu hommes
mouraient sauf par suite accidents avant âge
de six cents vivaient plus de dix siècles mais huit siècles
étaient considérés comme le terme naturel après la découverte du
principe de embaumement tel que je vous ai expliqué il vint à
esprit de nos philosophes on pourrait satisfaire une louable
curiosité et en même temps servir considérablement les intérêts de la
science en morcelant la durée moyenne et en vivant cette vie naturelle
par acomptes relativement à la science historique expérience a
démontré il y avait quelque chose à faire dans ce sens quelque chose
indispensable un historien par exemple ayant atteint âge de cinq
cents ans écrivait un livre avec le plus grand soin puis il se faisait
soigneusement embaumer laissant commission à ses exécuteurs
testamentaires pro tempore de le ressusciter après un certain laps de
temps —mettons cinq ou six cents ans rentrant dans la vie à
expiration de cette époque il trouvait invariablement son grand
ouvrage converti en une espèce de cahier de notes accumulées au
hasard en une sorte arène littéraire ouverte aux
conjectures contradictoires aux énigmes et aux chamailleries
personnelles de toutes les bandes de commentateurs exaspérés ces
conjectures ces énigmes qui passaient sous le nom annotations ou
corrections avaient si complètement enveloppé torturé écrasé le
texte que auteur était réduit à fureter partout dans ce fouillis avec
une lanterne pour découvrir son propre livre mais une fois retrouvé
ce pauvre livre ne valait jamais les peines que auteur avait prises
pour le ravoir après avoir récrit un bout à autre il restait
encore une besogne pour historien un devoir impérieux était de
corriger après sa science et son expérience personnelles les
traditions du jour concernant époque dans laquelle il avait
primitivement vécu or ce procédé de recomposition et de rectification
personnelle poursuivi de temps à autre par différents sages avait pour
résultat empêcher notre histoire de dégénérer en une pure fable

—je vous demande pardon —dit alors le docteur ponnonner —posant
doucement sa main sur le bras de Égyptien je vous demande pardon
monsieur mais puis me permettre de vous interrompre pour un moment

—parfaitement monsieur —répliqua le comte en écartant un peu

—je désirais simplement vous faire une question —dit le docteur —vous
avez parlé de corrections personnelles de auteur relativement aux
traditions qui concernaient son époque en moyenne monsieur je vous
prie dans quelle proportion la vérité se trouvait généralement
mêlée à ce grimoire

—on trouva généralement que ce grimoire —pour me servir de votre
excellente définition monsieur —était exactement au pair avec les
faits rapportés dans histoire elle non récrite
on ne vit jamais dans aucune circonstance un simple iota de un ou
de autre qui ne fût absolument et radicalement faux

—mais il est parfaitement clair —reprit le docteur —que cinq
mille ans au moins se sont écoulés depuis votre enterrement je tiens
pour sûr que vos annales à cette époque sinon vos traditions étaient
suffisamment explicites sur un sujet un intérêt universel la
création qui eut lieu comme vous le savez sans doute seulement dix
siècles auparavant ou peu en faut

—monsieur —fit le comte allamistakeo

le docteur répéta son observation mais ce ne fut après mainte
explication additionnelle il parvint à se faire comprendre de
étranger À la fin celui dit non sans hésitation

—les idées que vous soulevez sont je le confesse entièrement
nouvelles pour moi de mon temps je ai jamais connu personne qui eût
été frappé une si singulière idée que univers ou ce monde si vous
aimez mieux pouvait avoir eu un commencement je me rappelle une
fois mais rien une fois un homme de grande science me parla une
tradition vague concernant la race humaine et cet homme se servait
comme vous du mot adam ou terre rouge mais il employait dans un sens
générique comme ayant trait à la germination spontanée par le
limon —juste comme un millier animalcules —à la germination
spontanée dis de cinq vastes hordes hommes poussant
simultanément dans cinq parties distinctes du globe presque égales entre
elles

ici la société haussa généralement les épaules et une ou deux
personnes se touchèrent le front avec un air silk
buckingham jetant un léger coup abord sur occiput puis sur
le sinciput allamistakeo prit ainsi la parole

—la longévité humaine dans votre temps unie à cette pratique fréquente
que vous nous avez expliquée consistant à vivre sa vie par acomptes
aurait dû en vérité contribuer puissamment au développement général et
à accumulation des connaissances je présume donc que nous devons
attribuer infériorité marquée des anciens Égyptiens dans toutes les
parties de la science quand on les compare avec les modernes et plus
spécialement avec les yankees uniquement à épaisseur plus
considérable du crâne égyptien

—je confesse de nouveau —répliqua le comte avec une parfaite
urbanité —que je suis quelque peu en peine de vous comprendre
je vous prie de quelles parties de la science voulez
parler

ici toute la compagnie une voix unanime cita les affirmations de la
phrénologie et les merveilles du magnétisme animal

nous ayant écoutés au bout le comte se mit à raconter quelques
anecdotes qui nous prouvèrent clairement que les prototypes de gall et
de spurzheim avaient fleuri et dépéri en Égypte mais dans une époque si
ancienne on en avait presque perdu le souvenir —et que les procédés
de mesmer étaient des tours misérables en comparaison des miracles
positifs opérés par les savants de thèbes qui créaient des poux et une
foule autres êtres semblables

je demandai alors au comte si ses compatriotes étaient capables de
calculer les éclipses il sourit avec une nuance de dédain et affirma
que oui

ceci me troubla un peu cependant je commençais à lui faire autres
questions relativement à leurs connaissances astronomiques quand
un de la société qui avait pas encore ouvert la bouche me
souffla à oreille que si avais besoin de renseignements sur ce
chapitre je ferais mieux de consulter un certain monsieur ptolémée
aussi bien un nommé plutarque à article de facie lunae

je questionnai alors la momie sur les verres ardents et lenticulaires
et généralement sur la fabrication du verre mais je avais pas encore
fini mes questions que le camarade silencieux me poussait doucement par
le coude et me priait pour amour de dieu de jeter un coup
sur diodore de sicile quant au comte il me demanda simplement en
manière de réplique si nous autres modernes nous possédions des
microscopes qui nous permissent de graver des onyx avec la perfection
des Égyptiens pendant que je cherchais la réponse à faire à cette
question le petit docteur ponnonner aventura dans une voie


—voyez notre architecture écria —à la grande indignation des
deux voyageurs qui le pinçaient au bleu mais sans réussir à le
faire taire

—allez voir —criait avec enthousiasme —la fontaine du jeu de boule
à new york ou si est une trop écrasante contemplation regardez un
instant le capitole à washington

et le bon petit homme médical alla à détailler minutieusement les
proportions du bâtiment en question il expliqua que le portique seul
était pas orné de moins de colonnes de cinq pieds de
diamètre et situées à dix pieds de distance une de autre

le comte dit il regrettait de ne pouvoir se rappeler pour le moment
la dimension précise aucune des principales constructions de la cité
aznac dont les fondations plongeaient dans la nuit du temps mais
dont les ruines étaient encore debout à époque de son enterrement
dans une vaste plaine de sable à ouest de thèbes il se souvenait
néanmoins à propos de portiques il y en avait un appliqué à un
palais secondaire dans une espèce de faubourg appelé carnac et formé
de cent colonnes de pieds de circonférence
chacune et distantes de pieds une de autre on arrivait
du nil à ce portique par une avenue de deux milles de long formée par
des sphinx des statues des obélisques de vingt de soixante et de cent
pieds de haut le palais lui autant il pouvait se rappeler
avait dans un sens seulement deux milles de long et pouvait bien
avoir en tout sept milles de circuit ses murs étaient richement décorés
en dedans et en dehors de peintures hiéroglyphiques il ne prétendait
pas affirmer on aurait pu bâtir entre ses murs cinquante ou
soixante des capitoles du docteur mais il ne lui était pas démontré que
deux ou trois cents eussent pas pu y être empilés sans trop
embarras ce palais de carnac était une insignifiante petite bâtisse
après tout le comte néanmoins ne pouvait pas en stricte conscience
se refuser à reconnaître le style ingénieux la magnificence et la
supériorité de la fontaine du jeu de boule telle que le docteur avait
décrite rien de semblable il était forcé de avouer avait jamais
été vu en Égypte ni ailleurs

je demandai alors au comte ce il pensait de nos chemins de fer

—rien de particulier —dit —ils sont un peu faibles assez mal
conçus et grossièrement assemblés ils ne peuvent donc pas être comparés
aux vastes chaussées à rainures de fer horizontales et directes sur
lesquelles les Égyptiens transportaient des temples entiers et des
obélisques massifs de cent cinquante pieds de haut

je lui parlai de nos gigantesques forces mécaniques il convint que nous
savions faire quelque chose dans ce genre mais il me demanda comment
nous nous y serions pris pour dresser les impostes sur les linteaux du
plus petit palais de carnac

je jugeai à propos de ne pas entendre cette question et je lui demandai
il avait quelque idée des puits artésiens mais il releva simplement
les sourcils pendant que gliddon me faisait un clignement yeux
et me disait à voix basse que les ingénieurs chargés de
forer le terrain pour trouver de eau dans la grande oasis en avaient
découvert un tout récemment

alors je citai nos aciers mais étranger leva le nez et me demanda
si notre acier aurait jamais pu exécuter les sculptures si vives et si
nettes qui décorent les obélisques et qui avaient été entièrement
exécutées avec des outils de cuivre

cela nous déconcerta si fort que nous jugeâmes à propos de faire une
diversion sur la métaphysique nous envoyâmes chercher un exemplaire
un ouvrage qui appelle le dial et nous en lûmes un chapitre ou
deux sur un sujet qui est pas mais que les gens de boston
définissent le grand mouvement ou progrès

le comte dit simplement que de son temps les grands mouvements étaient
choses terriblement communes et que quant au progrès il fut à une
certaine époque une vraie calamité mais ne progressa jamais

nous parlâmes alors de la grande beauté et de importance de la
démocratie et nous eûmes beaucoup de peine à bien faire comprendre au
comte la nature positive des avantages dont nous jouissions en vivant
dans un pays où le suffrage était ad libitum et où il y avait pas
de roi

il nous écouta avec un intérêt marqué et en somme il parut réellement
amuser quand nous eûmes fini il nous dit il était passé
il y avait déjà bien longtemps quelque chose de tout à fait semblable
treize provinces égyptiennes résolurent tout un coup être libres et
de donner ainsi un magnifique exemple au reste de humanité elles
rassemblèrent leurs sages et brassèrent la plus ingénieuse constitution
il est possible imaginer pendant quelque temps tout alla le mieux
du monde seulement il y avait là des habitudes de blague qui étaient
quelque chose de prodigieux la chose néanmoins finit ainsi les treize
États avec quelque chose comme quinze ou vingt autres se consolidèrent
dans le plus odieux et le plus insupportable despotisme dont on ait
jamais ouï parler sur la face du globe

je demandai quel était le nom du tyran usurpateur

autant que le comte pouvait se le rappeler ce tyran se nommait la
canaille

ne sachant que dire à cela élevai la voix et je déplorai ignorance
des Égyptiens relativement à la vapeur

le comte me regarda avec beaucoup étonnement mais ne répondit rien
le gentleman silencieux me donna toutefois un violent coup de coude dans
les côtes —me dit que je étais suffisamment compromis pour une
fois —et me demanda si étais réellement assez innocent pour ignorer
que la machine à vapeur moderne descendait de invention de héro en
passant par salomon de caus

nous étions pour lors en grand danger être battus mais notre bonne
étoile fit que le docteur ponnonner étant rallié accourut à notre
secours et demanda si la nation égyptienne prétendait sérieusement
rivaliser avec les modernes dans article de la toilette si important
et si compliqué

À ce mot le comte jeta un regard sur les de son pantalon
puis prenant par le bout une des basques de son habit il examina
curieusement pendant quelques minutes À la fin il la laissa retomber
et sa bouche étendit graduellement une oreille à autre mais je ne
me rappelle pas il ait dit quoi que ce soit en manière de réplique

nous recouvrâmes nos esprits et le docteur approchant de
la momie un air plein de dignité la pria de dire avec candeur sur
son honneur de gentleman si les Égyptiens avaient compris à une époque
quelconque la fabrication soit des pastilles de ponnonner soit des
pilules de brandreth

nous attendions la réponse dans une profonde anxiété —mais bien
inutilement cette réponse arrivait pas Égyptien rougit et baissa
la tête jamais triomphe ne fut plus complet jamais défaite ne fut
supportée de plus mauvaise grâce je ne pouvais vraiment pas endurer le
spectacle de humiliation de la pauvre momie je pris mon chapeau je
la saluai avec un certain embarras et je pris congé

en rentrant chez moi je aperçus il était quatre heures passées et
je me mis immédiatement au lit il est maintenant dix heures du matin
je suis levé depuis sept et écris ces notes pour instruction de ma
famille et de humanité quant à la première je ne la verrai plus ma
femme est une mégère la vérité est que cette vie et généralement tout
le siècle me donnent des nausées je suis convaincu que
tout va de travers en outre je suis anxieux de savoir qui sera élu
président en est pourquoi une fois rasé et mon café avalé je
vais tomber chez ponnonner et je me fais embaumer pour une couple de
siècles







—pardonne agathos à la faiblesse un esprit fraîchement revêtu
immortalité

—tu as rien dit mon cher oinos dont tu aies à demander
pardon la connaissance est pas une chose intuition pas même ici
quant à la sagesse demande avec confiance aux anges elle te soit
accordée

—mais pendant cette dernière existence avais rêvé que
arriverais un seul coup à la connaissance de toutes choses et du
même coup au bonheur absolu

—ah ce est pas dans la science est le bonheur mais dans
acquisition de la science savoir pour toujours est éternelle
béatitude mais tout savoir ce serait une damnation de démon

—mais le ne connaît pas toutes choses

—et est la chose unique il est le qui
doit rester inconnue à

—mais puisque chaque minute augmente notre connaissance
est pas inévitable que toutes choses nous soient connues à la
fin 

—plonge ton regard dans les lointains de abîme que ton œil
efforce de pénétrer ces innombrables perspectives étoiles pendant
que nous glissons lentement à travers —encore —et encore —et
toujours la vision spirituelle elle est pas absolument
arrêtée par les murs or circulaires de univers —ces murs faits de
myriades de corps brillants qui se fondent en une incommensurable unité

—je perçois clairement que infini de la matière est pas un
rêve

—il y a pas de rêves dans le ciel —mais il nous est révélé
ici que unique destination de cet infini de matière est de fournir
des sources infinies où âme puisse soulager cette soif de connaître
qui est en elle —inextinguible à jamais puisque éteindre serait pour
âme anéantissement de donc mon oinos
librement et sans crainte viens nous laisserons à gauche éclatante
harmonie des pléiades et nous irons nous abattre loin de la foule dans
les prairies étoilées au delà orion où au lieu de pensées de
violettes et de pensées sauvages nous trouverons des couches de soleils
triples et de soleils tricolores

—et maintenant agathos tout en planant à travers espace
dans le ton familier de la terre je ai pas
compris ce que tu me donnais tout à heure à entendre sur les modes et
les procédés de création —de ce que nous nommions création dans le
temps que nous étions mortels veux dire que le créateur est pas
dieu

—je veux dire que la divinité ne crée pas



—au commencement seulement elle a créé les créatures —ce
qui apparaît comme créé —qui maintenant un bout de univers à
autre émergent infatigablement à existence ne peuvent être
considérées que comme des résultats médiats ou indirects et non comme
directs ou immédiats de la divine puissance créatrice

—parmi les hommes mon agathos cette idée eût été considérée
comme hérétique au suprême degré

—parmi les anges mon oinos elle est simplement admise comme
une vérité

—je puis te comprendre en tant que tu veuilles dire que
certaines opérations de être que nous appelons nature ou lois
naturelles donneront dans de certaines conditions naissance à ce qui
porte apparence complète de création peu de temps avant la finale
destruction de la terre il se fit je en souviens un grand nombre
expériences réussies que quelques philosophes avec une emphase
puérile désignèrent sous le nom de créations animalcules

—les cas dont tu parles étaient en réalité que des exemples
de création secondaire —de la seule espèce de création qui ait jamais
eu lieu depuis que la parole première a proféré la première loi

—les moindres étoiles qui jaillissent du fond de abîme du
et font à chaque minute explosion dans les cieux —ces astres
agathos ne sont pas immédiate de la main du maître

—je veux essayer mon oinos de amener pas à pas en face de
la conception que ai en vue tu sais parfaitement que comme aucune
pensée ne peut se perdre de même il est pas une seule action qui
ait un résultat infime en agitant nos mains quand nous étions
habitants de cette terre nous causions une vibration dans atmosphère
ambiante cette vibration étendait indéfiniment à tant elle
se fût communiquée à chaque molécule de atmosphère terrestre qui à
partir de ce moment et pour toujours était mise en mouvement par
cette seule action de la main les mathématiciens de notre planète ont
bien connu ce fait les effets particuliers créés dans le fluide par des
impulsions particulières furent de leur part objet un calcul
exact —en sorte il devint facile de déterminer dans quelle période
précise une impulsion une portée donnée pourrait faire le tour du
globe et influencer —pour toujours —chaque atome de atmosphère
ambiante par un calcul rétrograde ils déterminèrent sans peine —étant
donné un effet dans des conditions connues —la valeur de impulsion
originale alors des mathématiciens —qui virent que les résultats
une impulsion donnée étaient absolument sans fin —qui virent une
partie de ces résultats pouvait être rigoureusement suivie dans espace
et dans le temps au moyen de analyse algébrique —qui comprirent aussi
la facilité du calcul rétrograde —ces hommes dis comprirent du
même coup que cette espèce analyse contenait elle aussi une
puissance de progrès indéfini il existait pas de bornes
concevables à sa marche progressive et à son applicabilité excepté
celles de esprit même qui avait poussée ou appliquée mais arrivés
à ce point nos mathématiciens arrêtèrent

—et pourquoi agathos auraient été plus loin

—parce il y avait au delà quelques considérations un
profond intérêt de ce ils savaient ils pouvaient inférer un être
une intelligence infinie —un être à qui absolu de analyse
algébrique serait dévoilé éprouverait aucune difficulté à suivre
tout mouvement imprimé à air —et transmis par air à
éther —jusque dans ses répercussions les plus lointaines et même
dans une époque infiniment reculée il est en effet démontrable que
chaque mouvement de cette nature imprimé à air doit à la fin agir
sur chaque être individuel compris dans les limites de univers —et
être doué une intelligence infinie être que nous avons
imaginé —pourrait suivre les ondulations lointaines du mouvement —les
suivre au delà et toujours au delà dans leurs influences sur toutes
les particules de la matière —au delà et toujours au delà dans les
modifications elles imposent aux vieilles formes —ou en autres
termes dans les créations neuves elles à ce il
les vît se brisant enfin et désormais inefficaces contre le trône de
la divinité et un tel être pourrait faire cela mais si
à une époque quelconque un résultat donné lui était présenté —si une
de ces innombrables comètes par exemple était soumise à son
examen —il pourrait sans aucune peine déterminer par analyse
rétrograde à quelle impulsion primitive elle doit son existence cette
puissance analyse rétrograde dans sa plénitude et son absolue
perfection—cette faculté de rapporter dans toutes les époques tous
les effets à toutes les causes—est évidemment la prérogative de la
divinité seule —mais cette puissance est exercée à tous les degrés de
échelle de absolue perfection par la population entière
des intelligences angéliques

—mais tu parles simplement des mouvements imprimés à air

—en parlant de air ma pensée embrassait que le monde
terrestre mais la proposition généralisée comprend les impulsions
créées dans éther —qui pénétrant et seul pénétrant tout espace se
trouve être ainsi le grand médium de création

—donc tout mouvement de quelque nature il soit est
créateur

—cela ne peut pas ne pas être mais une vraie philosophie nous
a dès longtemps appris que la source de tout mouvement est la
pensée —et que la source de toute pensée est …

—dieu

—je ai parlé oinos—comme je devais parler à un enfant de
cette belle terre qui a péri récemment—des mouvements produits dans
atmosphère de la terre …

—oui cher agathos

—et pendant que je te parlais ainsi as pas sentit ton
esprit traversé par quelque pensée relative à la puissance matérielle
des paroles  chaque parole est pas un mouvement créé dans air

—mais pourquoi pleures agathos —et pourquoi oh pourquoi
tes ailes faiblissent pendant que nous planons de cette
belle étoile —la plus verdoyante et cependant la plus terrible de
toutes celles que nous avons rencontrées dans notre vol ses brillantes
fleurs semblent un rêve féerique —mais ses volcans farouches rappellent
les passions un cœur tumultueux

ils ne semblent pas ils sont ils sont rêves et passions
cette étrange étoile —il y a de cela trois siècles est moi qui les
mains crispées et les yeux ruisselants —aux pieds de ma
ai proférée à la vie avec quelques phrases passionnées
ses brillantes fleurs sont les plus chers de tous les rêves non
réalisés et ses volcans forcenés sont les passions du plus tumultueux
et du plus insulté des cœurs






choses futures 
antigone


ressuscité 

—oui et una ressuscité tel était le
mot sur le sens mystique duquel avais si longtemps médité repoussant
les explications de la prêtraille à tant que la mort
vînt résoudre énigme pour moi

—la mort

—comme tu fais étrangement écho à mes paroles douce una
observe aussi une vacillation dans ta démarche —une joyeuse
inquiétude dans tes yeux tu es troublée oppressée par la majestueuse
nouveauté de la vie Éternelle oui était de la mort que je parlais
et comme ce mot résonne singulièrement ici ce mot qui jadis portait
angoisse dans tous les cœurs —jetait une tache sur tous les
plaisirs

—ah la mort le spectre qui asseyait à tous les festins que de
fois monos nous nous sommes perdus en méditations sur sa nature comme
il se dressait mystérieux contrôleur devant le bonheur humain lui
disant « jusque et pas plus loin » cet ardent amour mutuel mon
monos qui brûlait dans nos poitrines comme vainement nous nous étions
flattés nous sentant si heureux sitôt il prit naissance de voir
notre bonheur grandir de sa force hélas il grandit cet amour et avec
lui grandissait dans nos cœurs la terreur de heure fatale qui
accourait pour nous séparer à jamais ainsi avec le temps aimer devint
une douleur pour lors la haine nous eût été une miséricorde

—ne parle pas ici de ces peines chère una —mienne maintenant
mienne pour toujours

—mais est pas le souvenir du chagrin passé qui fait la joie du
présent je voudrais parler longtemps longtemps encore des choses qui
ne sont plus tout je brûle de connaître les incidents de
ton voyage à travers ombre et la noire vallée

—quand donc la radieuse una demanda en vain quelque chose
à son monos je raconterai tout minutieusement —mais à quel point doit
commencer le récit mystérieux

—À quel point

—oui à quel point

—je te comprends monos la mort nous a révélé à tous deux le
penchant de homme à définir indéfinissable je ne dirai donc pas
commence au point où cesse la vie —mais commence à ce triste triste
moment où la fièvre ayant quitté tu tombas dans une torpeur sans
souffle et sans mouvement et où je fermai tes paupières pâlies avec les
doigts passionnés de amour

—un mot abord mon una relativement à la condition générale de
homme à cette époque tu te rappelles un ou deux sages parmi nos
ancêtres —sages en fait quoique non pas dans estime du
monde —avaient osé douter de la propriété du mot progrès appliqué à
la marche de notre civilisation chacun des cinq ou six siècles qui
précédèrent notre mort vit à un certain moment élever quelque
vigoureuse intelligence luttant bravement pour ces principes dont
évidence illumine maintenant notre raison insolente affranchie remise
à son rang —principes qui auraient dû apprendre à notre race à se
laisser guider par les lois naturelles plutôt à les vouloir
contrôler À de longs intervalles apparaissaient quelques esprits
souverains pour qui tout progrès dans les sciences pratiques était
un recul dans ordre de la véritable utilité parfois esprit
poétique —cette faculté la plus sublime de toutes nous savons cela
maintenant —puisque des vérités de la plus haute importance ne
pouvaient nous être révélées que par cette analogie dont éloquence
irrécusable pour imagination ne dit rien à la raison infirme et
solitaire —parfois dis cet esprit poétique prit les devants sur
une philosophie tâtonnière et entendit dans la parabole mystique de
arbre de la science et de son fruit défendu qui engendre la mort un
avertissement clair à savoir que la science était pas bonne pour
homme pendant la minorité de son âme et ces hommes —les
poëtes —vivant et mourant parmi le mépris des utilitaires rudes
pédants qui usurpaient un titre dont les méprisés seuls étaient dignes
les poëtes reportèrent leurs rêveries et leurs sages regrets vers ces
anciens jours où nos besoins étaient aussi simples que pénétrantes nos
jouissances —où le mot gaieté était inconnu tant accent du bonheur
était solennel et profond —jours saints augustes et bénis où les
rivières azurées coulaient à pleins bords entre des collines intactes et
enfonçaient au loin dans les solitudes des forêts primitives
odorantes inviolées

cependant ces nobles exceptions à absurdité générale ne servirent à
la fortifier par opposition hélas nous étions descendus dans les
pires jours de tous nos mauvais jours le grand mouvement —tel était
argot du temps —marchait perturbation morbide morale et physique
art —les arts veux dire furent élevés au rang suprême et une
fois installés sur le trône ils jetèrent des chaînes sur intelligence
qui les avait élevés au pouvoir homme qui ne pouvait pas ne pas
reconnaître la majesté de la nature chanta niaisement victoire à
occasion de ses conquêtes toujours croissantes sur les éléments de
cette même nature aussi bien pendant il se pavanait et faisait le
dieu une imbécillité enfantine abattait sur lui comme on pouvait le
prévoir depuis origine de la maladie il fut bientôt infecté de
systèmes et abstractions il empêtra dans des généralités entre
autres idées bizarres celle de égalité universelle avait gagné du
terrain et à la face de analogie et de dieu —en dépit de la voix
haute et salutaire des lois de gradation qui pénètrent si vivement
toutes choses sur la terre et dans le ciel —des efforts insensés furent
faits pour établir une démocratie universelle ce mal surgit
nécessairement du mal premier la science homme ne pouvait pas en
même temps devenir savant et se soumettre cependant innombrables
cités élevèrent énormes et fumeuses les vertes feuilles se
recroquevillèrent devant la chaude haleine des fourneaux le beau visage
de la nature fut déformé comme par les ravages de quelque dégoûtante
maladie et il me semble ma douce una que le sentiment même assoupi
du forcé et du cherché trop loin aurait dû nous arrêter à ce point mais
il paraît en pervertissant notre goût ou plutôt en négligeant de
le cultiver dans les écoles nous avions follement parachevé notre
propre destruction car en vérité était dans cette crise que le goût
seul —cette faculté qui marquant le milieu entre intelligence pure
et le sens moral a jamais pu être méprisée impunément était alors
que le goût seul pouvait nous ramener doucement vers la beauté la
nature et la vie mais hélas pur esprit contemplatif et majestueuse
intuition de platon hélas compréhensive mousikê il regardait à
juste titre comme une éducation suffisante pour âme hélas où
étiez était quand vous aviez tous les deux disparu dans oubli
et le mépris universels on avait le plus désespérément besoin de
vous

pascal un philosophe que nous aimons tous deux chère una a dit —avec
quelle vérité —que tout raisonnement se réduit à céder au sentiment
et il eût pas été impossible si époque avait permis que le
sentiment du naturel eût repris son vieil ascendant sur la brutale
raison mathématique des écoles mais cela ne devait pas être
prématurément amenée par des orgies de science la décrépitude du monde
approchait est ce que ne voyait pas la masse de humanité ou ce
que vivant goulûment quoique sans bonheur elle affectait de ne pas
voir mais pour moi les annales de la terre avaient appris à
attendre la ruine la plus complète comme prix de la plus haute
civilisation avais puisé dans la comparaison de la chine simple et
robuste avec assyrie architecte avec Égypte astrologue avec la
nubie plus subtile encore mère turbulente de tous les arts la
prescience de notre destinée dans histoire de ces contrées avais
trouvé un rayon de avenir les spécialités industrielles de ces trois
dernières étaient des maladies locales de la terre et la ruine de
chacune a été application du remède local mais pour le monde infecté
en grand je ne voyais de régénération possible que dans la mort or
homme ne pouvant pas en tant que race être anéanti je vis il lui
fallait renaître

et était alors ma et ma que nous plongions
journellement notre esprit dans les rêves était alors que nous
discourions à heure du crépuscule sur les jours à venir —quand
épiderme de la terre cicatrisé par industrie ayant subi cette
purification qui seule pouvait effacer ses abominations rectangulaires
serait habillé à neuf avec les verdures les collines et les eaux
souriantes du paradis et redeviendrait une habitation convenable pour
homme —pour homme purgé par la mort —pour homme dont
intelligence ennoblie ne trouverait plus un poison dans la
science —pour homme racheté régénéré béatifié désormais immortel
et cependant encore revêtu de matière

—oui je me rappelle bien ces conversations cher monos mais
époque du feu destructeur était pas aussi proche que nous nous
imaginions et que la corruption dont tu parles nous permettait
certainement de le croire les hommes vécurent et ils moururent
individuellement toi vaincu par la maladie tu as passé par la
tombe et ta constante una y a promptement suivi et bien que nos
sens assoupis aient pas été torturés par impatience et aient pas
souffert de la longueur du siècle qui est écoulé depuis et dont la
révolution finale nous a rendus un à autre cependant cher monos
cela a fait encore un siècle

—dis plutôt un point dans le vague infini incontestablement ce
fut pendant la décrépitude de la terre que je mourus le cœur fatigué
angoisses qui tiraient leur origine du désordre et de la décadence
générale je succombai à la cruelle fièvre après un petit nombre de
jours de souffrance après maints jours pleins de délire de rêves et
extases dont tu prenais expression pour celle de la douleur pendant
que je ne souffrais que de mon impuissance à te détromper —après
quelques jours je fus comme tu as dis pris par une léthargie sans
souffle et sans mouvement et ceux qui entouraient dirent que était
la mort

les mots sont choses vagues mon état ne me privait pas de sentiment il
ne me paraissait pas de extrême quiétude de un
qui ayant dormi longtemps et profondément immobile prostré dans
accablement de ardent solstice commence à rentrer lentement dans la
conscience de lui il y glisse pour ainsi dire par le seul fait
de insuffisance de son sommeil et sans être éveillé par le mouvement
extérieur

je ne respirais plus le pouls était immobile le cœur avait cessé de
battre la volition avait point disparu mais elle était sans
efficacité mes sens jouissaient une activité insolite quoique
exerçant une manière irrégulière et usurpant réciproquement leurs
fonctions au hasard le goût et odorat se mêlaient dans une confusion
inextricable et ne formaient plus un seul sens anormal et intense
eau de rose dont ta tendresse avait humecté mes lèvres au moment
suprême me donnait de douces idées de fleurs —fleurs fantastiques
infiniment plus belles aucune de celles de la vieille terre et dont
nous voyons fleurir les modèles autour de nous les
paupières transparentes et exsangues ne faisaient pas absolument
obstacle à la vision comme la volition était suspendue les globes ne
pouvaient pas rouler dans leurs orbites —mais tous les objets situés
dans la portée de hémisphère visuel étaient perçus plus ou moins
distinctement les rayons qui tombaient sur la rétine externe ou dans
le coin de produisant un effet plus vif que ceux qui frappaient
la surface interne ou attaquaient de face toutefois dans le premier
cas cet effet était si anormal que je appréciais seulement comme un
son —un son doux ou discordant suivant que les objets qui se
présentaient à mon côté étaient lumineux ou revêtus ombre —arrondis
ou une forme anguleuse en même temps ouïe quoique surexcitée
avait rien irrégulier dans son action et elle appréciait les sons
réels avec une précision non moins hyperbolique que sa sensibilité le
toucher avait subi une modification plus singulière il ne recevait ses
impressions que lentement mais les retenait opiniâtrement et il en
résultait toujours un plaisir physique des plus prononcés ainsi la
pression de tes doigts si doux sur mes paupières ne fut abord perçue
que par organe de la vision mais à la longue et longtemps après
ils se furent retirés ils remplirent tout mon être un délice
sensuel inappréciable je dis un délice sensuel toutes mes
perceptions étaient purement sensuelles quant aux matériaux fournis par
les sens au cerveau passif intelligence morte inhabile à les mettre
en œuvre ne leur donnait aucune forme il entrait dans tout cela un
peu de douleur et beaucoup de volupté mais de peine ou de plaisir
moraux pas ombre ainsi tes sanglots impétueux flottaient dans mon
oreille avec toutes leurs plaintives cadences et ils étaient appréciés
par elle dans toutes leurs variations de ton mélancolique mais
étaient de suaves notes musicales et rien de plus ils apportaient à
la raison éteinte aucune notion des douleurs qui leur donnaient
naissance pendant que la large et incessante pluie de larmes qui
tombait sur ma face et qui pour tous les assistants témoignait un
cœur brisé pénétrait simplement extase chaque fibre de mon être et
en vérité était bien là la mort dont les témoins parlaient à voix
basse et révérencieusement —et toi ma douce una une voix
convulsive pleine de sanglots et de cris

on habilla pour la bière —trois ou quatre figures sombres qui
voletaient çà et là une manière affairée quand elles traversaient la
ligne directe de ma vision elles affectaient comme formes mais
quand elles passaient à mon côté leurs images se traduisaient dans mon
cerveau en cris gémissements et autres expressions lugubres de
terreur horreur ou de souffrance toi seule avec ta robe blanche
ondoyante dans quelque direction que ce fût tu agitais toujours
musicalement autour de moi

le jour baissait et comme la lumière allait évanouissant je fus
pris un vague malaise une anxiété semblable à celle un homme qui
dort quand des sons réels et tristes tombent incessamment dans son
oreille —des sons de cloche lointains solennels à des intervalles
longs mais égaux et se mariant à des rêves mélancoliques la nuit vint
et avec ses ombres une lourde désolation elle oppressait mes organes
comme un poids énorme et elle était palpable il y avait aussi un son
lugubre assez semblable à écho lointain du ressac de la mer mais
plus soutenu qui commençant dès le crépuscule était accru avec les
ténèbres soudainement des lumières furent apportées dans la chambre et
aussitôt cet écho prolongé interrompit se transforma en explosions
fréquentes inégales du même son mais moins lugubre et moins distinct
écrasante oppression était en grande partie allégée et je sentis
jaillissant de la flamme de chaque lampe —car il y en avait
plusieurs —un chant une monotonie mélodieuse couler incessamment dans
mes oreilles et quand approchant alors chère una du lit sur lequel
étais étendu tu assis gracieusement à mon côté soufflant le parfum
de tes lèvres exquises et les appuyant sur mon front —quelque chose
éleva dans mon sein quelque chose de tremblant de confondu avec les
sensations purement physiques engendrées par les circonstances quelque
chose analogue à la sensibilité elle —un sentiment qui
appréciait à moitié ton ardent amour et ta douleur et leur répondait à
moitié mais cela ne prenait pas racine dans le cœur paralysé cela
semblait plutôt une ombre une réalité cela évanouit promptement
abord dans une extrême quiétude puis dans un plaisir purement sensuel
comme auparavant

et alors du naufrage et du chaos des sens naturels parut élever en
moi un sixième sens absolument parfait je trouvais dans son action un
étrange délice —un délice toujours physique toutefois intelligence
y prenant aucune part le mouvement dans être animal avait
absolument cessé aucune fibre ne tremblait aucun nerf ne vibrait
aucune artère ne palpitait mais il me semblait que dans mon cerveau
était né ce quelque chose dont aucuns mots ne peuvent traduire à une
intelligence purement humaine une conception même confuse
de définir cela vibration du pendule mental était la
personnification morale de idée humaine abstraite du temps est
par absolue égalisation de ce mouvement —ou de quelque autre
analogue —que les cycles des globes célestes ont été réglés est
ainsi que je mesurai les irrégularités de la pendule de la cheminée et
des montres des personnes présentes leurs remplissaient mes
oreilles de leurs sonorités les plus légères déviations de la mesure
juste—et ces déviations étaient obsédantes affectaient exactement
comme parmi les vivants les violations de la vérité abstraite
affectaient mon sens moral il y eût pas dans la chambre deux
mouvements qui marquassent ensemble exactement leurs secondes je
éprouvais aucune difficulté à retenir imperturbablement dans mon
esprit le timbre de chacun et leurs différences relatives et ce
sentiment de la durée vif parfait existant par lui
indépendamment une série quelconque de faits mode existence
inintelligible pour homme —cette idée —ce sixième sens
surgissant de mes ruines était le premier pas sensible décisif de
âme intemporelle sur le seuil de Éternité

il était minuit et tu étais toujours assise à mon côté tous les autres
avaient quitté la chambre de mort ils avaient déposé dans la bière
les lampes brûlaient en vacillant cela se traduisait en moi par le
tremblement des chants monotones mais tout à coup ces chants
diminuèrent de netteté et de volume finalement ils cessèrent le
parfum mourut dans mes narines aucunes formes affectèrent plus ma
vision ma poitrine fut dégagée de oppression des ténèbres une sourde
commotion comme celle de électricité pénétra mon corps et fut suivie
une disparition totale de idée du toucher tout ce qui restait de ce
que homme appelle sens se fondit dans la seule conscience de entité
et dans unique et immuable sentiment de la durée le corps périssable
avait été enfin frappé par la main de irrémédiable destruction

et pourtant toute sensibilité avait pas absolument disparu car la
conscience et le sentiment subsistants suppléaient de ses
fonctions par une intuition léthargique appréciais affreux
changement qui commençait à opérer dans la chair et comme homme
qui rêve a quelquefois conscience de la présence corporelle une
personne qui se penche vers lui ainsi ma douce una je sentais toujours
sourdement que tu étais assise près de moi de même aussi quand vint la
douzième heure du second jour je étais pas tout à fait inconscient
des mouvements qui suivirent tu éloignas de moi on enferma dans la
bière on me déposa dans le corbillard on me porta au tombeau on y
descendit on amoncela pesamment la terre sur moi et on me laissa dans
le noir et la pourriture à mes tristes et solennels sommeils en
compagnie du ver

et là dans cette prison qui a peu de secrets à révéler se déroulèrent
les jours et les semaines et les mois et âme guettait
scrupuleusement chaque seconde qui envolait et sans effort
enregistrait sa fuite —sans effort et sans objet

une année écoula la conscience de être était devenue
graduellement plus confuse et celle de localité avait en grande
partie usurpé sa place idée entité était noyée dans idée de
lieu étroit espace qui confinait ce qui avait été le corps devenait
maintenant le corps À la longue comme il arrive souvent à
homme qui dort le sommeil et le monde du sommeil sont les seules
figurations de la mort à la longue comme il arrivait sur la terre à
homme profondément endormi quand un éclair de lumière le faisait
tressaillir dans un le laissant à moitié roulé dans ses
rêves —de même pour moi dans étroit embrassement de ombre vint
cette lumière qui seule avait pouvoir de me faire
tressaillir —la lumière de amour immortel des hommes vinrent
travailler au tombeau qui enfermait dans sa nuit ils enlevèrent la
terre humide sur mes os poudroyants descendit la bière una

et puis une fois encore tout fut néant cette lueur nébuleuse était
éteinte cet imperceptible frémissement était évanoui dans
immobilité bien des lustres se sont écoulés la poussière est
retournée à la poussière le ver avait plus rien à manger le
sentiment de être avait à la longue entièrement disparu et à sa
place —à la place de toutes choses —régnaient suprêmes et éternels
autocrates le lieu et le temps pour ce qui était pas —pour
ce qui avait pas de forme —pour ce qui avait pas de pensée —pour
ce qui avait pas de sentiment —pour ce qui était sans âme et ne
possédait plus un atome de matière —pour tout ce néant et toute cette
immortalité le tombeau était encore un habitacle —les heures
corrosives une société






je apporterai le feu 
euripide andromaque


—pourquoi appelles eiros

—ainsi appelleras désormais tu dois oublier aussi mon
nom terrestre et me nommer charmion

—ce est vraiment pas un rêve

—de rêves il y en a plus pour nous —mais renvoyons à
tantôt ces mystères je me réjouis de voir que tu as air de posséder
toute ta vie et ta raison la taie de ombre a déjà disparu de tes
yeux prends courage et ne crains rien les jours à donner à la stupeur
sont passés pour toi et demain je veux moi introduire dans les
joies parfaites et les merveilles de ta nouvelle existence

—vraiment —je éprouve aucune stupeur —aucune étrange
vertige et la terrible nuit ont quittée et je entends plus ce bruit
insensé précipité horrible pareil à la voix des grandes eaux
cependant mes sens sont effarés charmion par la pénétrante perception
du nouveau

—peu de jours suffiront à chasser tout cela —mais je te
comprends parfaitement et je sens pour toi il y a maintenant dix
années terrestres que ai éprouvé ce que tu éprouves —et pourtant ce
souvenir ne a pas encore quittée toutefois voilà ta dernière épreuve
subie la seule que tu eusses à souffrir dans le ciel

—dans le ciel

—dans le ciel

—oh dieu —aie pitié de moi charmion —je suis écrasée sous la
majesté de toutes choses —de inconnu maintenant révélé —de avenir
cette conjecture fondu dans le présent auguste et certain

—ne attaque pas pour le moment à de pareilles pensées
demain nous parlerons de cela ton esprit qui vacille trouvera un
allégement à son agitation dans exercice du simple souvenir ne
regarde ni autour de toi ni devant toi —regarde en arrière je brûle
impatience entendre les détails de ce prodigieux événement qui a
jetée parmi nous de cela causons de choses familières dans
le vieux langage familier de ce monde qui a si épouvantablement péri

—Épouvantablement épouvantablement et cela en vérité est
point un rêve

—il y a plus de rêves —fus bien pleurée mon eiros

—pleurée charmion —oh profondément à la dernière de nos
heures un nuage intense mélancolie et de dévotieuse tristesse a pesé
sur ta famille

—et cette heure dernière —parle en en
dehors du simple fait de la catastrophe je ne sais rien quand sortant
des rangs de humanité entrai par la tombe dans le domaine de la
nuit —à cette époque si ai bonne mémoire nul ne pressentait la
catastrophe qui vous a engloutis mais étais il est vrai peu au
courant de la philosophie spéculative du temps

—notre catastrophe était comme tu le dis absolument inattendue
mais des accidents analogues avaient été depuis longtemps un sujet de
discussion parmi les astronomes ai besoin de te dire mon amie que
même quand tu nous quittas les hommes accordaient à interpréter
comme ayant trait seulement au globe de la terre les passages des
Écritures qui parlent de la destruction finale de toutes
choses par le feu mais relativement à agent immédiat de la ruine la
pensée humaine était en défaut depuis époque où la science
astronomique avait dépouillé les comètes de leur effrayant caractère
incendiaire la densité de ces corps avait été bien
démontrée on les avait observés dans leur passage à travers les
satellites de jupiter et ils avaient causé aucune altération sensible
dans les masses ni dans les orbites de ces planètes secondaires nous
regardions depuis longtemps ces voyageurs comme de vaporeuses créations
une inconcevable ténuité incapables endommager notre globe massif
même dans le cas un contact ailleurs ce contact était redouté en
aucune façon car les éléments de toutes les comètes étaient exactement
connus que nous dussions chercher parmi elles agent igné de la
destruction prophétisée cela était depuis de longues années considéré
comme une idée inadmissible mais le merveilleux les imaginations
bizarres avaient dans ces derniers jours singulièrement régné parmi
humanité et une crainte véritable ne pût avoir de prise que
sur quelques ignorants quand les astronomes annoncèrent une nouvelle
comète cette annonce fut généralement reçue avec je ne sais quelle
agitation et quelle méfiance

» les éléments de astre étranger furent immédiatement calculés et
tous les observateurs reconnurent un même accord que sa route à son
périhélie devait amener à une proximité presque immédiate de la
terre il se trouva deux ou trois astronomes une réputation
secondaire qui soutinrent résolument un contact était inévitable il
est difficile de te bien peindre effet de cette communication sur le
monde pendant quelques jours on se refusa à croire à une assertion que
intelligence humaine depuis longtemps appliquée à des considérations
mondaines ne pouvait saisir aucune manière mais la vérité un fait
une importance vitale fait bientôt son chemin dans les esprits même
les plus épais finalement tous les hommes virent que la science
astronomique ne mentait pas et ils attendirent la comète abord son
approche ne fut pas sensiblement rapide son aspect eut pas un
caractère bien inusité elle était un rouge sombre et avait une queue
peu appréciable pendant sept ou huit jours nous ne vîmes pas
accroissement sensible dans son diamètre apparent seulement sa
couleur varia légèrement cependant les affaires ordinaires furent
négligées et tous les intérêts absorbés par une discussion immense qui
ouvrit entre les savants relativement à la nature des comètes les
hommes le plus grossièrement ignorants élevèrent leurs indolentes
facultés vers ces hautes considérations les savants employèrent alors
toute leur intelligence —toute leur âme —non point à alléger la
crainte non plus à soutenir quelque théorie favorite oh ils
cherchèrent la vérité rien que la vérité —ils épuisèrent à la
chercher ils appelèrent à grands cris la science parfaite la vérité
se leva dans la pureté de sa force et de son excessive majesté et les
sages inclinèrent et adorèrent

» un dommage matériel pour notre globe ou pour ses habitants pût
résulter du contact redouté était une opinion qui perdait
journellement du terrain parmi les sages et les sages avaient cette
fois plein pouvoir pour gouverner la raison et imagination de la
foule il fut démontré que la densité du noyau de la comète était
beaucoup moindre que celle de notre gaz le plus rare et le passage
inoffensif une semblable visiteuse à travers les satellites de jupiter
fut un point sur lequel on insista fortement et qui ne servit pas peu à
diminuer la terreur les théologiens avec un zèle enflammé par la peur
insistèrent sur les prophéties bibliques et les expliquèrent au peuple
avec une droiture et une simplicité dont ils avaient pas encore donné
exemple la destruction finale de la terre devait opérer par le
feu est ce ils avancèrent avec une verve qui imposait partout la
conviction mais les comètes étaient pas une nature ignée —et
était là une vérité que tous les hommes possédaient maintenant et qui
les délivrait à un certain point de appréhension de la grande
catastrophe prédite il est à remarquer que les préjugés populaires et
les vulgaires erreurs relatives aux pestes et aux guerres —erreurs qui
reprenaient leur empire à chaque nouvelle comète —furent cette fois
choses inconnues comme par un soudain effort convulsif la raison avait
un seul coup culbuté la superstition de son trône la plus faible
intelligence avait puisé de énergie dans excès de intérêt actuel

» quels désastres une moindre gravité pouvaient résulter du contact
ce fut là le sujet une laborieuse discussion les savants parlaient de
légères perturbations géologiques altérations probables dans les
climats et conséquemment dans la végétation de la possibilité
influences magnétiques et électriques beaucoup entre eux
soutenaient aucun effet visible ou sensible ne se
produirait aucune façon pendant que ces discussions allaient leur
train objet lui avançait progressivement élargissant
visiblement son diamètre et augmentant son éclat À son approche
humanité pâlit toutes les opérations humaines furent suspendues

» il y eut une phase remarquable dans le cours du sentiment général ce
fut quand la comète eut enfin atteint une grosseur qui surpassait celle
aucune apparition dont on eût gardé le souvenir le monde alors privé
de cette espérance traînante que les astronomes pouvaient se tromper
sentit toute la certitude du malheur la terreur avait perdu son
caractère chimérique les cœurs des plus braves parmi notre race
battaient violemment dans les poitrines peu de jours suffirent
toutefois pour fondre ces premières épreuves dans des sensations plus
intolérables encore nous ne pouvions désormais appliquer au météore
étranger aucunes notions ordinaires ses attributs historiques
avaient disparu il nous oppressait par la terrible nouveauté de
émotion nous le voyions non pas comme un phénomène astronomique dans
les cieux mais comme un cauchemar sur nos cœurs et une ombre sur nos
cerveaux il avait pris avec une inconcevable rapidité aspect un
gigantesque manteau de flamme claire toujours étendu à tous les
horizons

» encore un jour —et les hommes respirèrent avec une plus grande
liberté il était évident que nous étions déjà sous influence de la
comète et nous vivions cependant nous jouissions même une élasticité
de membres et une vivacité esprit insolites excessive ténuité de
objet de notre terreur était apparente car tous les corps célestes se
laissaient voir distinctement à travers en même temps notre végétation
était sensiblement altérée et cette circonstance prédite augmenta notre
foi dans la prévoyance des sages un luxe extraordinaire de feuillage
entièrement inconnu alors fit explosion sur tous les végétaux

» un jour encore se passa —et le fléau était pas absolument sur nous
il était maintenant évident que son noyau devait nous atteindre le
premier une étrange altération était emparée de tous les hommes et
la première sensation de douleur fut le terrible signal de la
lamentation et de horreur générales cette première sensation de
douleur consistait dans une constriction rigoureuse de la poitrine et
des poumons et dans une insupportable sécheresse de la peau il était
impossible de nier que notre atmosphère ne fût radicalement affectée la
composition de cette atmosphère et les modifications auxquelles elle
pouvait être soumise furent dès lors les points de la discussion le
résultat de examen lança un frisson électrique de terreur de la plus
intense terreur à travers le cœur universel de homme

» on savait depuis longtemps que air qui nous enveloppait était ainsi
composé sur cent parties vingt et une oxygène et
azote oxygène principe de la combustion et véhicule de la chaleur
était absolument nécessaire à entretien de la vie animale et
représentait agent le plus puissant et le plus énergique de la nature
azote au contraire était impropre à entretenir la vie ou combustion
animale un excès anormal oxygène devait résulter cela avait été
vérifié une élévation des esprits vitaux semblable à celle que nous
avions déjà subie était idée continuée poussée à extrême qui
avait créé la terreur quel devait être le résultat une totale
extraction de azote  une combustion irrésistible dévorante
immédiate entier accomplissement dans tous leurs
moindres et terribles détails des flamboyantes et terrifiantes
prophéties du saint livre

» ai besoin de te peindre charmion la frénésie alors déchaînée de
humanité cette ténuité de matière dans la comète qui nous avait
abord inspiré espérance faisait maintenant toute amertume de
notre désespoir dans sa nature impalpable et gazeuse nous percevions
clairement la consommation de la destinée cependant un jour encore
écoula —emportant avec lui la dernière ombre de espérance nous
haletions dans la rapide modification de air le sang rouge bondissait
tumultueusement dans ses étroits canaux un furieux délire empara de
tous les hommes et les bras roidis vers les cieux menaçants ils
tremblaient et jetaient de grands cris mais le noyau de exterminateur
était maintenant sur nous —même ici dans le ciel je en parle en
frissonnant je serai brève —brève comme la catastrophe pendant un
moment ce fut seulement une lumière étrange lugubre qui visitait et
pénétrait toutes choses puis —prosternons charmion devant
excessive majesté du dieu grand —puis ce fut un son éclatant
pénétrant comme si était qui eût crié par sa bouche et toute
la masse éther environnante au sein de laquelle nous vivions éclata
un seul coup en une espèce de flamme intense dont la merveilleuse
clarté et la chaleur dévorante ont pas de nom même parmi les anges
dans le haut ciel de la science pure ainsi finirent toutes choses »






en vérité quoique je marche à travers de la vallée de ombre … 
psaumesde


vous qui me lisez vous êtes encore parmi les vivants mais moi qui
écris je serai depuis longtemps parti pour la région des ombres car
en vérité étranges choses arriveront bien des choses secrètes seront
révélées et bien des siècles passeront avant que ces notes soient vues
par les hommes et quand ils les auront vues les uns ne croiront pas
les autres douteront et bien peu entre eux trouveront matière à
méditation dans les caractères que je grave sur ces tablettes avec un
stylus de fer

année avait été une année de terreur pleine de sentiments plus
intenses que la terreur pour lesquels il y a pas de nom sur la terre
car beaucoup de prodiges et de signes avaient eu lieu et de tous côtés
sur la terre et sur la mer les ailes noires de la peste étaient
largement déployées ceux néanmoins qui étaient savants dans les
étoiles ignoraient pas que les cieux avaient un aspect de malheur et
pour moi entre autres le grec oinos il était évident que nous
touchions au retour de cette sept cent année
où à entrée du bélier la planète jupiter fait sa conjonction avec le
rouge anneau du terrible saturne esprit particulier des cieux si je
ne me trompe grandement manifestait sa puissance sur le
globe physique de la terre mais aussi sur les âmes les pensées et les
méditations de humanité

une nuit nous étions sept au fond un noble palais dans une sombre
cité appelée ptolémaïs assis autour de quelques flacons un vin
pourpre de chios et notre chambre avait pas autre entrée une
haute porte airain et la porte avait été façonnée par artisan
corinnos et elle était une rare main et fermait en dedans
pareillement de noires draperies protégeant cette chambre
mélancolique nous épargnaient aspect de la lune des étoiles lugubres
et des rues dépeuplées —mais le pressentiment et le souvenir du fléau
avaient pas pu être exclus aussi facilement il y avait autour de
nous auprès de nous des choses dont je ne puis rendre distinctement
compte —des choses matérielles et spirituelles —une pesanteur dans
atmosphère —une sensation étouffement une angoisse —et
tout ce terrible mode de existence que subissent les gens
nerveux quand les sens sont cruellement vivants et éveillés et les
facultés de esprit assoupies et mornes un poids mortel nous écrasait
il étendait sur nos membres —sur ameublement de la salle —sur les
verres dans lesquels nous buvions et toutes choses semblaient opprimées
et prostrées dans cet accablement —tout excepté les flammes des sept
lampes de fer qui éclairaient notre orgie allongeant en minces filets
de lumière elles restaient toutes ainsi et brûlaient pâles et
immobiles et dans la table ronde ébène autour de laquelle nous
étions assis et que leur éclat transformait en miroir chacun des
convives contemplait la pâleur de sa propre figure et éclair inquiet
des yeux mornes de ses camarades cependant nous poussions nos rires
et nous étions gais à notre façon —une façon hystérique et nous
chantions les chansons anacréon —qui ne sont que folie et nous
buvions largement —quoique la pourpre du vin nous rappelât la pourpre
du sang car il y avait dans la chambre un huitième personnage —le
jeune zoïlus mort étendu tout de son long et enseveli il était le
génie et le démon de la scène hélas il avait point sa part de notre
divertissement sauf que sa figure convulsée par le mal et ses yeux
dans lesquels la mort avait éteint à moitié le feu de la peste
semblaient prendre à notre joie autant intérêt que les morts sont
capables en prendre à la joie de ceux qui doivent mourir mais bien
que moi oinos je sentisse les yeux du défunt fixés sur moi cependant
je efforçais de ne pas comprendre amertume de leur expression et
regardant opiniâtrement dans les profondeurs du miroir ébène je
chantais une voix haute et sonore les chansons du poëte de téos mais
graduellement mon chant cessa et les échos roulant au loin parmi les
noires draperies de la chambre devinrent faibles indistincts et
évanouirent et voilà que du fond de ces draperies noires où allait
mourir le bruit de la chanson éleva une ombre sombre indéfinie —une
ombre semblable à celle que la lune quand elle est basse dans le ciel
peut dessiner après le corps un homme mais ce était ombre ni
un homme ni un dieu ni aucun être connu et frissonnant un
instant parmi les draperies elle resta enfin visible et droite sur la
surface de la porte airain mais ombre était vague sans forme
indéfinie ce était ombre ni un homme ni un dieu —ni un dieu
de grèce mi un dieu de chaldée ni aucun dieu égyptien et ombre
reposait sur la grande porte de bronze et sous la corniche cintrée et
elle ne bougeait pas et elle ne prononçait pas une parole mais elle se
fixait de plus en plus et elle resta immobile et la porte sur laquelle
ombre reposait était si je en souviens bien tout contre les pieds
du jeune zoïlus enseveli mais nous les sept compagnons ayant vu
ombre comme elle sortait des draperies nous osions pas la
contempler fixement mais nous baissions les yeux et nous regardions
toujours dans les profondeurs du miroir ébène et à la longue moi
oinos je me hasardai à prononcer quelques mots à voix basse et je
demandai à ombre sa demeure et son nom et ombre répondit

—je suis et ma demeure est à côté des catacombes de ptolémaïs
et tout près de ces sombres plaines infernales qui enserrent impur
canal de charon

et alors tous les sept nous nous dressâmes horreur sur nos sièges
et nous nous tenions tremblants frissonnants effarés car le timbre de
la voix de ombre était pas le timbre un seul individu mais une
multitude êtres et cette voix variant ses inflexions de syllabe en
syllabe tombait confusément dans nos oreilles en imitant les accents
connus et familiers de mille et mille amis disparus






la crête des montagnes sommeille la vallée le rocher et la caverne
sont muets



—dit le démon en plaçant sa main sur ma tête —la contrée
dont je parle est une contrée lugubre en libye sur les bords de la
rivière zaïre et là il y a ni repos ni silence

les eaux de la rivière sont une couleur safranée et malsaine et elles
ne coulent pas vers la mer mais palpitent éternellement sous
rouge du soleil avec un mouvement tumultueux et convulsif de chaque
côté de cette rivière au lit vaseux étend à une distance de plusieurs
milles un pâle désert de gigantesques nénuphars ils soupirent un
vers autre dans cette solitude et tendent vers le ciel leurs longs
cous de spectres et hochent de côté et autre leurs têtes
sempiternelles et il sort eux un murmure confus qui ressemble à celui
un torrent souterrain et ils soupirent un vers autre

mais il y a une frontière à leur empire et cette frontière est une
haute forêt sombre horrible comme les vagues autour des hébrides
les petits arbres sont dans une perpétuelle agitation et cependant il
y a pas de vent dans le ciel et les vastes arbres primitifs vacillent
éternellement de côté et autre avec un fracas puissant et de leurs
hauts sommets filtre goutte à goutte une éternelle rosée et à leurs
pieds étranges fleurs vénéneuses se tordent dans un sommeil agité et
sur leurs têtes avec un retentissant les nuages gris se
précipitent toujours vers ouest à ce ils roulent en
cataracte derrière la muraille enflammée de horizon cependant il y
a pas de vent dans le ciel et sur les bords de la rivière zaïre il y
a ni calme ni silence

était la nuit et la pluie tombait et quand elle tombait était de
la pluie mais quand elle était tombée était du sang et je me tenais
dans le marécage parmi les grands nénuphars et la pluie tombait sur ma
tête —et les nénuphars soupiraient un vers autre dans la solennité
de leur désolation

et tout un coup la lune se leva à travers la trame légère du
brouillard funèbre et elle était une couleur cramoisie et mes yeux
tombèrent sur un énorme rocher grisâtre qui se dressait au bord de la
rivière et éclairait la lueur de la lune et le rocher était
grisâtre sinistre et —et le rocher était grisâtre sur son
front de pierre étaient gravés des caractères et je avançai à travers
le marécage de nénuphars à ce que je fusse tout près du rivage
afin de lire les caractères gravés dans la pierre mais je ne pus pas
les déchiffrer et allais retourner vers le marécage quand la lune
brilla un rouge plus vif et je me retournai et je regardai de nouveau
vers le rocher et les caractères —et ces caractères étaient


et je regardai en haut et sur le faîte du rocher se tenait un homme et
je me cachai parmi les nénuphars afin épier les actions de homme et
homme était une forme grande et majestueuse et des épaules
aux pieds enveloppé dans la toge de ancienne rome et le
contour de sa personne était indistinct —mais ses traits étaient les
traits une divinité car malgré le manteau de la nuit et du
brouillard et de la lune et de la rosée rayonnaient les traits de sa
face et son front était haut et pensif et son œil était effaré par le
souci et dans les sillons de sa joue je lus les légendes du chagrin de
la fatigue du dégoût de humanité et une grande aspiration vers la
solitude

et homme assit sur le rocher et appuya sa tête sur sa main et
promena son regard sur la désolation il regarda les arbrisseaux
toujours inquiets et les grands arbres primitifs il regarda plus haut
le ciel plein de frôlements et la lune cramoisie et étais blotti à
abri des nénuphars et observais les actions de homme et homme
tremblait dans la solitude —cependant la nuit avançait et il restait
assis sur le rocher

et homme détourna son regard du ciel et le dirigea sur la lugubre
rivière zaïre et sur les eaux jaunes et lugubres et sur les pâles
légions de nénuphars et homme écoutait les soupirs des nénuphars et
le murmure qui sortait eux et étais blotti dans ma cachette et
épiais les actions de homme et homme tremblait dans la
solitude —cependant la nuit avançait et il restait assis sur le
rocher

alors je enfonçai dans les profondeurs lointaines du marécage et je
marchai sur la forêt pliante de nénuphars et appelai les hippopotames
qui habitaient les profondeurs du marécage et les hippopotames
entendirent mon appel et vinrent avec les béhémoths au pied du
rocher et rugirent hautement et effroyablement sous la lune étais
toujours blotti dans ma cachette et je surveillais les actions de
homme et homme tremblait dans la solitude —cependant la nuit
avançait et il restait assis sur le rocher

alors je maudis les éléments de la malédiction du tumulte et une
effrayante tempête amassa dans le ciel où naguère il y avait pas un
souffle et le ciel devint livide de la violence de la tempête —et la
pluie battait la tête de homme —et les flots de la rivière
débordaient —et la rivière torturée jaillissait en écume —et les
nénuphars criaient dans leurs lits et la forêt émiettait au vent —et
le tonnerre roulait —et éclair tombait —et le roc vacillait sur ses
fondements et étais toujours blotti dans ma cachette pour épier les
actions de homme et homme tremblait dans la solitude —cependant
la nuit avançait et il restait assis sur le rocher

alors je fus irrité et je maudis de la malédiction du silence la
rivière et les nénuphars et le vent et la forêt et le ciel et le
tonnerre et les soupirs des nénuphars et ils furent frappés de la
malédiction et ils devinrent muets et la lune cessa de faire
péniblement sa route dans le ciel —et le tonnerre expira —et éclair
ne jaillit plus —et les nuages pendirent immobiles —et les eaux
redescendirent dans leur fit et y restèrent —et les arbres cessèrent de
se balancer —les nénuphars ne soupirèrent plus —et il ne éleva plus
de leur foule le moindre murmure ni ombre un son dans tout le vaste
désert sans limites et je regardai les caractères du rocher et ils
étaient changés —et maintenant ils formaient le mot

et mes yeux tombèrent sur la figure de homme et sa figure était pâle
de terreur et précipitamment il leva sa tête de sa main il se dressa
sur le rocher et tendit oreille mais il y avait pas de voix dans
tout le vaste désert sans limites et les caractères gravés sur le
rocher étaient et homme frissonna et il fit et
il enfuit loin loin précipitamment si bien que je ne le vis pas

—or il y a de biens beaux contes dans les livres des mages —dans les
mélancoliques livres des mages qui sont reliés en fer il y a là
dis de splendides histoires du ciel et de la terre et de la
puissante mer —et des génies qui ont régné sur la mer sur la terre et
sur le ciel sublime il y avait aussi beaucoup de science dans les
paroles qui ont été dites par les sybilles et de saintes saintes
choses ont été entendues jadis par les sombres feuilles qui tremblaient
autour de dodone —mais comme il est vrai allah est vivant je tiens
cette fable que a contée le démon quand il assit à côté de moi dans
ombre de la tombe pour la plus étonnante de toutes et quand le démon
eut fini son histoire il se renversa dans la profondeur de la tombe et
se mit à rire et je ne pus pas rire avec le démon et il me maudit
parce que je ne pouvais pas rire et le lynx qui demeure dans la tombe
pour éternité en sortit et il se coucha aux pieds du démon et il le
regarda fixement dans les yeux






nullus enim locus sine genio est 



la musique —dit marmontel dans ces contes moraux que nos
traducteurs persistent à appeler moral tales comme en dérision de
leur esprit la musique est le seul des talents qui jouisse de
lui tous les autres veulent des témoins il confond ici le
plaisir entendre des sons agréables avec la puissance de les créer
pas plus aucun autre talent la musique est capable de donner une
complète jouissance il y a pas une seconde personne pour en
apprécier exécution et cette puissance de produire des effets dont on
jouisse pleinement dans la solitude ne lui est pas particulière elle
est commune à tous les autres talents idée que le conteur a pas pu
concevoir clairement ou il a sacrifiée dans son expression à amour
national du trait est sans doute idée que la
musique du style le plus élevé est la plus complètement sentie quand
nous sommes absolument seuls la proposition sous cette forme sera
admise du premier coup par ceux qui aiment la lyre pour amour de la
lyre et pour ses avantages spirituels mais il est un plaisir toujours à
la portée de humanité déchue —et est unique —qui doit
même plus que la musique à la sensation accessoire de isolement je
veux parler du bonheur éprouvé dans la contemplation une scène de la
nature en vérité homme qui veut contempler en face la gloire de dieu
sur la terre doit contempler cette gloire dans la solitude pour moi du
moins la présence non pas de la vie humaine seulement mais de la vie
sous toute autre forme que celle des êtres verdoyants qui croissent sur
le sol et qui sont sans voix est un opprobre pour le paysage elle est
en guerre avec le génie de la scène oui vraiment aime à contempler
les sombres vallées et les roches grisâtres et les eaux qui sourient
silencieusement et les forêts qui soupirent dans des sommeils anxieux
et les orgueilleuses et vigilantes montagnes qui regardent tout en
haut aime à contempler ces choses pour ce elles sont les membres
gigantesques un vaste tout animé et sensitif —un tout dont la forme
celle de la sphère est la plus parfaite et la plus compréhensive de
toutes les formes dont la route se fait de compagnie avec autres
planètes dont la servante est la lune dont le seigneur
médiatisé est le soleil dont la vie est éternité dont la pensée est
celle un dieu dont la jouissance est connaissance dont les destinées
se perdent dans immensité pour qui nous sommes une notion
correspondante à la notion que nous avons des animalcules qui infestent
le cerveau —un être que nous regardons conséquemment comme inanimé et
purement matériel —appréciation à celle que ces
animalcules doivent faire de nous

nos télescopes et nos recherches mathématiques nous confirment de tout
point —nonobstant la cafarderie de la plus ignorante prêtraille —que
espace et conséquemment le volume est une importante considération
aux yeux du les cercles dans lesquels se meuvent les
étoiles sont le mieux appropriés à évolution sans conflit du plus
grand nombre de corps possible les formes de ces corps sont exactement
choisies pour contenir sous une surface donnée la plus grande quantité
possible de matière —et les surfaces sont disposées de
façon à recevoir une population plus nombreuse que ne auraient pu les
mêmes surfaces disposées autrement et de ce que espace est infini
on ne peut tirer aucun argument contre cette idée que le volume a une
valeur aux yeux de dieu car pour remplir cet espace il peut y avoir
un infini de matière et puisque nous voyons clairement que douer la
matière de vitalité est un principe —et même autant que nous en
pouvons juger le principe capital dans les opérations de la
divinité —est logique de le supposer confiné dans ordre de la
petitesse où il se révèle journellement à nous et de exclure des
régions du grandiose comme nous découvrons des cercles dans des cercles
et toujours sans fin —évoluant tous cependant autour un centre unique
infiniment distant qui est la divinité —ne pouvons pas supposer
analogiquement et de la même manière la vie dans la vie la moindre
dans la plus grande et toutes dans esprit divin bref nous errons
follement par fatuité en nous figurant que homme dans ses destinées
temporelles ou futures est une plus grande importance dans univers
que ce vaste limon de la vallée il cultive et il méprise et à
laquelle il refuse une âme par la raison peu profonde il ne la voit
pas fonctionner

ces idées et autres analogues ont toujours donné à mes méditations
parmi les montagnes et les forêts près des rivières et de océan une
teinte de ce que les gens vulgaires ne manqueront pas appeler
fantastique mes promenades vagabondes au milieu de tableaux de ce genre
ont été nombreuses singulièrement curieuses souvent solitaires et
intérêt avec lequel ai erré à travers plus une vallée profonde et
sombre ou contemplé le ciel de maint lac limpide a été un intérêt
grandement accru par la pensée que errais seul que je contemplais
seul quel est le français bavard qui faisant allusion à ouvrage
bien connu de zimmerman a dit la solitude est une belle chose mais
il faut un pour vous dire que la solitude est une belle chose 
comme épigramme est parfait mais il faut cette nécessité est une
chose qui existe pas

ce fut dans un de mes voyages solitaires dans une région fort
lointaine —montagnes compliquées par des montagnes méandres de
rivières mélancoliques lacs sombres et dormants —que je tombai sur
certain petit ruisseau avec une île y arrivai soudainement dans un
mois de juin le mois du feuillage et je me jetai sur le sol sous les
branches un arbuste odorant qui était inconnu de manière à
assoupir en contemplant le tableau je sentis que je ne pourrais le
bien voir que de cette façon —tant il portait le caractère une
vision

de tous côtés —excepté à ouest où le soleil allait bientôt
plonger élevaient les murailles verdoyantes de la forêt la petite
rivière qui faisait un brusque coude et ainsi se dérobait soudainement
à la vue semblait ne pouvoir pas échapper de sa prison mais on eût
dit elle était absorbée vers est par la verdure profonde des
arbres —et du côté opposé cela apparaissait ainsi couché comme je
étais et les yeux au ciel tombait dans la vallée sans
intermédiaire et sans bruit une splendide cascade or et pourpre vomie
par les fontaines occidentales du ciel

À peu près au centre de étroite perspective embrassait mon regard
visionnaire une petite île circulaire magnifiquement verdoyante
reposait sur le sein du ruisseau

la rive et son image étaient si bien fondues
que le tout semblait suspendu dans air 

eau transparente jouait si bien le miroir il était presque
impossible de deviner à quel endroit du talus émeraude commençait son
domaine de cristal

ma position me permettait embrasser un seul coup les deux
extrémités est et ouest de îlot et observai dans leurs aspects
une différence singulièrement marquée ouest était tout un radieux
harem de beautés de jardin il embrasait et rougissait sous
oblique du soleil et souriait extatiquement par toutes ses fleurs le
gazon était court élastique odorant et parsemé asphodèles les
arbres étaient souples gais droits —brillants sveltes et
gracieux —orientaux par la forme et le feuillage avec une écorce
polie luisante et versicolore on eût dit un sentiment profond de
vie et de joie circulait partout et quoique les cieux ne soufflassent
aucune brise tout cependant semblait agité par innombrables papillons
on aurait pu prendre dans leurs fuites gracieuses et leurs zigzags
pour des tulipes ailées

autre côté le côté est de île était submergé dans ombre la plus
noire une mélancolie sombre mais pleine de calme et de beauté
enveloppait toutes choses les arbres étaient une couleur noirâtre
lugubres de forme et attitude —se tordant en spectres moroses et
solennels traduisant des idées de chagrin mortel et de mort prématurée
le gazon y revêtait la teinte profonde du cyprès et ses brins
baissaient languissamment leurs pointes élevaient éparpillés
plusieurs petits monticules maussades bas étroits pas qui
avaient des airs de tombeaux mais qui en étaient pas quoique
et tout autour grimpassent la rue et le romarin ombre des
arbres tombait pesamment sur eau et semblait y ensevelir imprégnant
de ténèbres les profondeurs de élément je imaginais que chaque
ombre à mesure que le soleil descendait plus bas toujours plus bas se
séparait à regret du tronc qui lui avait donné naissance et était
absorbée par le ruisseau pendant que autres ombres naissaient à
chaque instant des arbres prenant la place de leurs aînées défuntes

cette idée une fois elle se fut emparée de mon imagination excita
fortement et je me perdis immédiatement en rêveries —si jamais île fut
enchantée —me disais —celle est bien sûr est le
rendez des quelques gracieuses fées qui ont survécu à la
destruction de leur race ces vertes tombes sont les leurs
rendent leurs douces vies de la même façon que humanité ou
plutôt leur mort est pas une espèce de dépérissement
mélancolique rendent à dieu leur existence petit à petit
épuisant lentement leur substance à la mort comme ces arbres
rendent leurs ombres une après autre ce que arbre qui épuise
est à eau qui en boit ombre et devient plus noire de la proie
elle avale la vie de la fée ne pourrait pas bien être la même
chose à la mort qui engloutit

comme je rêvais ainsi les yeux à moitié clos tandis que le soleil
descendait rapidement vers son lit et que des tourbillons couraient
tout autour de île portant sur leur sein de grandes lumineuses et
blanches écailles détachées des troncs des sycomores —écailles une
imagination vive aurait pu grâce à leurs positions variées sur eau
convertir en tels objets il lui aurait plu —pendant que je rêvais
ainsi il me sembla que la figure une de ces mêmes fées dont avais
rêvé se détachant de la partie lumineuse et occidentale de île
avançait lentement vers les ténèbres —elle se tenait droite sur un
canot singulièrement fragile et le mouvait avec un fantôme aviron
tant elle fut sous influence des beaux rayons attardés son
attitude parut traduire la joie —mais le chagrin altéra sa physionomie
quand elle passa dans la région de ombre lentement elle glissa tout
le long fit peu à peu le tour de île et rentra dans la région de la
lumière

—la révolution qui vient être accomplie par la fée —continuai
toujours rêvant —est le cycle une brève année de sa vie elle a
traversé son hiver et son été elle est rapprochée de la mort une
année car ai bien vu que quand elle entrait dans obscurité son
ombre se détachait elle et était engloutie par eau sombre rendant
sa noirceur encore plus noire

et de nouveau le petit bateau apparut avec la fée mais dans son
attitude il y avait plus de souci et indécision et moins élastique
allégresse elle navigua de nouveau de la lumière vers obscurité —qui
approfondissait à chaque minute —et de nouveau son ombre se détachant
tomba dans ébène liquide et fut absorbée par les ténèbres —et
plusieurs fois encore elle fit le circuit de île —pendant que le
soleil se précipitait vers son lit —et à chaque fois elle émergeait
dans la lumière il y avait plus de chagrin dans sa personne et elle
devenait plus faible et plus abattue et plus indistincte et à chaque
fois elle passait dans obscurité il se détachait elle un spectre
plus obscur qui était submergé par une ombre plus noire mais à la fin
quand le soleil eut totalement disparu la fée maintenant pur fantôme
elle entra avec son bateau pauvre inconsolable dans la région
du fleuve ébène —et si elle en sortit jamais je ne puis le
dire —car les ténèbres tombèrent sur toutes choses et je ne vis plus
son enchanteresse figure







le château dans lequel mon domestique était avisé de pénétrer de
force plutôt que de me permettre déplorablement blessé comme je
étais de passer une nuit en plein air était un de ces bâtiments
mélange de grandeur et de mélancolie qui ont si longtemps dressé leurs
fronts sourcilleux au milieu des apennins aussi bien dans la réalité
que dans imagination de mistress radcliffe selon toute apparence il
avait été temporairement et tout récemment abandonné nous nous
installâmes dans une des chambres les plus petites et les moins
somptueusement meublées elle était située dans une tour écartée du
bâtiment sa décoration était riche mais antique et délabrée les murs
étaient tendus de tapisseries et décorés de nombreux trophées
héraldiques de toute forme ainsi que une quantité vraiment
prodigieuse de peintures modernes pleines de style dans de riches
cadres or un goût arabesque je pris un profond intérêt —ce fut
mon délire qui commençait qui en fut cause —je pris un
profond intérêt à ces peintures qui étaient suspendues sur
les faces principales des murs mais aussi dans une foule de recoins que
la bizarre architecture du château rendait inévitables si bien que
ordonnai à pedro de fermer les lourds volets de la chambre il
faisait déjà nuit allumer un grand candélabre à plusieurs branches
placé près de mon chevet et ouvrir tout grands les rideaux de velours
noir garnis de crépines qui entouraient le lit je désirais que cela fût
ainsi pour que je pusse au moins si je ne pouvais pas dormir me
consoler alternativement par la contemplation de ces peintures et par la
lecture un petit volume que avais trouvé sur oreiller et qui en
contenait appréciation et analyse

je lus longtemps —longtemps —je contemplai religieusement dévotement
les heures envolèrent rapides et glorieuses et le profond minuit
arriva la position du candélabre me déplaisait et étendant la main
avec difficulté pour ne pas déranger mon valet assoupi je plaçai
objet de manière à jeter les rayons en plein sur le livre

mais action produisit un effet absolument inattendu les rayons des
nombreuses bougies car il y en avait beaucoup tombèrent alors sur une
niche de la chambre que une des colonnes du lit avait
couverte une ombre profonde aperçus dans une vive lumière une
peinture qui avait abord échappé était le portrait une jeune
fille déjà mûrissante et presque femme je jetai sur la peinture un coup
rapide et je fermai les yeux pourquoi —je ne le compris pas
bien moi tout abord mais pendant que mes paupières restaient
closes analysai rapidement la raison qui me les faisait fermer ainsi
était un mouvement involontaire pour gagner du temps et pour
penser —pour assurer que ma vue ne avait pas trompé —pour calmer
et préparer mon esprit à une contemplation plus froide et plus sûre au
bout de quelques instants je regardai de nouveau la peinture fixement

je ne pouvais pas douter quand même je aurais voulu que je y visse
alors car le premier éclair du flambeau sur cette toile
avait dissipé la stupeur rêveuse dont mes sens étaient possédés et
avait rappelé tout un coup à la vie réelle

le portrait je ai déjà dit était celui une jeune fille était
une simple tête avec des épaules le tout dans ce style on appelle
en langage technique style de vignette beaucoup de la manière de
sully dans ses têtes de prédilection les bras le sein et même les
bouts des cheveux rayonnants se fondaient insaisissablement dans
ombre vague mais profonde qui servait de fond à ensemble le cadre
était ovale magnifiquement doré et guilloché dans le goût moresque
comme œuvre art on ne pouvait rien trouver de plus admirable que la
peinture mais il se peut bien que ce ne fût ni exécution de
ni immortelle beauté de la physionomie qui impressionna
si soudainement et si fortement encore moins devais croire que mon
imagination sortant un eût pris la tête pour celle
une personne vivante —je vis tout abord que les détails du dessin
le style de vignette et aspect du cadre auraient immédiatement
dissipé un pareil charme et auraient préservé de toute illusion même
momentanée tout en faisant ces réflexions et je restai
à demi étendu à demi assis une heure entière les yeux rivés
à ce portrait À la longue ayant découvert le vrai secret de son effet
je me laissai retomber sur le lit avais deviné que le charme de la
peinture était une expression vitale absolument adéquate à la vie
elle qui abord avait fait tressaillir et finalement avait
confondu subjugué épouvanté avec une terreur profonde et
respectueuse je replaçai le candélabre dans sa position première ayant
ainsi dérobé à ma vue la cause de ma profonde agitation je cherchai
vivement le volume qui contenait analyse des tableaux et leur
histoire allant droit au numéro qui désignait le portrait ovale y
lus le vague et singulier récit qui suit

— « était une jeune fille une beauté et qui était pas
moins aimable que pleine de gaieté et maudite fut heure où elle vit
et aima et épousa le peintre lui passionné studieux austère et
ayant déjà trouvé une épouse dans son art elle une jeune fille une
beauté et non moins aimable que pleine de gaieté rien que
lumières et sourires et la folâtrerie un jeune faon aimant et
chérissant toutes choses ne haïssant que art qui était son rival ne
redoutant que la palette et les brosses et les autres instruments
fâcheux qui la privaient de la figure de son adoré ce fut une terrible
chose pour cette dame que entendre le peintre parler du désir de
peindre même sa jeune épouse mais elle était humble et obéissante et
elle assit avec douceur pendant de longues semaines dans la sombre et
haute chambre de la tour où la lumière filtrait sur la pâle toile
seulement par le plafond mais lui le peintre mettait sa gloire dans
son œuvre qui avançait heure en heure et de jour en jour —et
était un homme passionné et étrange et pensif qui se perdait en
rêveries si bien il ne voulait pas voir que la lumière qui tombait
si lugubrement dans cette tour isolée desséchait la santé et les esprits
de sa femme qui languissait visiblement pour tout le monde excepté
pour lui cependant elle souriait toujours et toujours sans se
plaindre parce elle voyait que le peintre qui avait un grand renom
prenait un plaisir vif et brûlant dans sa tâche et travaillait nuit et
jour pour peindre celle qui aimait si fort mais qui devenait de jour
en jour plus languissante et plus faible et en vérité ceux qui
contemplaient le portrait parlaient à voix basse de sa ressemblance
comme une puissante merveille et comme une preuve non moins grande
de la puissance du peintre que de son profond amour pour celle il
peignait si miraculeusement bien —mais à la longue comme la besogne
approchait de sa fin personne ne fut plus admis dans la tour car le
peintre était devenu fou par ardeur de son travail et il détournait
rarement ses yeux de la toile même pour regarder la figure de sa femme
et il ne voulait pas voir que les couleurs il étalait sur la toile
étaient tirées des joues de celle qui était assise près de lui et
quand bien des semaines furent passées et il ne restait plus que peu
de chose à faire rien une touche sur la bouche et un glacis sur
esprit de la dame palpita encore comme la flamme dans le bec
une lampe et alors la touche fut donnée et alors le glacis fut
placé et pendant un moment le peintre se tint en extase devant le
travail il avait travaillé mais une minute après comme il
contemplait encore il trembla et il devint et il fut frappé
effroi et criant une voix éclatante —en vérité est la vie
elle —il se retourna brusquement pour regarder sa
—elle était morte »




note formule anglaise —mort subite

note hortulus animae cum oratiunculis aliquibus superadditis de
grünninger

note watson percival spallanzani et particulièrement évêque de
landaff —voir les chemical essays v

note ce marché—marché a jamais eu ni portes ni
inscriptions inscription a existé en projet

note hop sautiller frog grenouille

note pas de crédit

note la même expression signifie être à heure et aller en
mesure il y a donc un mot et ce mot explique indignation de
vondervotteimittiss —pays où on est toujours à heure

note nose nez naseaulogie nosologie

note flavius vopiscus dit que hymne intercalé ici fut chanté par la
populace lors de la guerre des sarmates en honneur aurélien qui
avait tué de sa propre main neuf cent cinquante hommes à ennemi


note en parlant des marées pomponius mela dit dans son traité de
situ orbis ou le monde est un vaste animal ou etc





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edgar allan poe



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